jeune · jeûne

jeune

adjectif, /ʒœnə/

Définitions

  1. Qui est peu avancé en âge.

    Définition Francorium (CC BY-SA 4.0) — validation automatisée · méthode.

Témoignages historiques

Frise des témoins : Littré 1873 (10 sens) — Académie 1935 (11 sens)

Littré (1873)

adj.

  1. Qui n'est guère avancé en âge. Les jeunes gens, les personnes qui sont dans la jeunesse ; se dit des jeunes hommes, et aussi d'un mélange de jeunes hommes et de jeunes filles. Une jeune personne, voy. PERSONNE. De jeunes mains, signifie, en poésie ou dans le style élevé, des jeunes gens. Un jeune cœur, se dit ou d'un jeune homme ou d'une jeune fille. Jeune France, jeune Allemagne, etc. se dit de certains partis politiques, littéraires ou artistiques, qui se jettent avec ardeur dans les innovations. Jeunes détenus, les mineurs de 16 ans qui sont envoyés par le juge dans une maison de correction. Un jeune détenu. Substantivement. Faire le jeune, la jeune, affecter des manières qui ne conviennent qu'à la jeunesse.

    Seize jeunes gentilshommes qui seront entretenus pour être instruits au fait de la marine et de la navigation

    Ces veuves jeunes et riantes que le monde trouve si heureuses — Bossuet (1627-1704)

  2. Qui n'est pas assez avancé en âge pour remplir certains offices. Ce précepteur est bien jeune.

  3. Fig. et familièrement. Une jeune barbe, un jeune homme. Il veut décider de tout et ce n'est qu'une jeune barbe. Vous avez la barbe trop jeune, se dit à celui qui veut reprendre un plus âgé que lui.

  4. Qui appartient à la jeunesse. Par plaisanterie. Un jeune sermon, un sermon prononcé par un jeune homme. Cette couleur est jeune, elle ne convient qu'à des personnes jeunes. Cette couleur est trop jeune pour une femme de son âge. Le jeune âge, l'âge, le temps où l'on est jeune. On dit de même, dans le style relevé et en poésie : jeunes ans ; jeune saison. Familièrement. Dans son jeune temps, alors qu'il était jeune.

    Ce visage si jeune que les traits de l'enfance s'y faisaient remarquer encore — Mme de Staël (1766-1817)

    Nous entendîmes l'autre jour l'abbé de Montmor ; je n'ai jamais ouï un si beau jeune sermon — Mme de Sévigné (1626-1696)

  5. Fig. Jeune se dit de choses morales et intellectuelles.

    Il faudra que je change, et, malgré que j'en aie, Plus soigneux devenu, plus froid et plus rassis, Que mes jeunes pensers cèdent aux vieux soucis — Mathurin Régnier (1573-1613)

    Un jeune esprit facilement s'engage Par la douceur des yeux, du geste et du langage — Jean Mairet (1604-1686)

  6. Cadet, par opposition à aîné. Celui-ci est l'aîné ; celui-là est le jeune frère. Substantivement. Il se dit aussi par opposition à ancien, pour distinguer certains personnages historiques. Pline le jeune. Denys le jeune.

    Sous les lois du plus jeune on vit marcher son frère — Pierre Corneille (1606-1684)

    Et la raison d'État qui rompt votre hyménée Regarde-t-elle plus la jeune que l'aînée ? — Pierre Corneille (1606-1684)

  7. Par extension, qui conserve quelque chose de la vivacité et de l'agrément de la jeunesse. Il ne vieillit point, il est toujours jeune. Dans le même sens, en parlant de choses qui appartiennent aux personnes. Avoir la voix jeune, le visage jeune. C'est un cœur toujours jeune. Avoir encore le goût jeune, les goûts jeunes, conserver, dans un âge avancé, les inclinations de la jeunesse.

    Vous n'avez de votre vie été si jeune que vous êtes, et je vois des gens de vingt-cinq ans qui sont plus vieux que vous — Molière (1622-1673)

    Un caractère très sérieux, très appliqué et qui n'avait rien de jeune que le pouvoir de soutenir beaucoup de travail — Fontenelle (1657-1757)

  8. Qui n'a point encore l'esprit mûri par l'expérience. Je crois qu'il sera toujours jeune. Familièrement et par ironie. Naïf, simple, facile à tromper. Vous croyez cela, vous êtes jeune.

  9. Jeune se dit des animaux peu avancés, comme l'homme, dans le cours de leur vie. Un jeune chien. Un jeune chat. Un jeune coq. Il est fou comme un jeune chien, se dit d'une personne folâtre. Jeune se dit également des arbres et des plantes. Un jeune chêne. Un jeune bois. Un jeune plant. Terme de l'administration forestière. Jeunes baliveaux, par opposition aux baliveaux modernes, qui ont deux ou trois âges, et aux baliveaux anciens, qui ont plus de trois âges.

    [Je] trottais comme un jeune rat, Qui cherche à se donner carrière — La Fontaine (1621-1695)

  10. S. m. Les jeunes, les hommes peu avancés en âge. En cet emploi, il ne se dit qu'au pluriel. Jeune de langue, nom de jeunes gens entretenus pour apprendre les langues orientales et devenir drogmans. Un jeune de langue. Des jeunes de langue. Terme de féodalité. Officier subalterne. Les jeunes d'un duc, d'un comte. Terme de physiologie. Le jeune des mammifères, des oiseaux, etc. mammifère, oiseau peu avancé dans la vie, et n'ayant pas encore sa taille, son pelage, son plumage, etc. permanents.

    Tu murmures, vieillard ! vois ces jeunes mourir, Vois-les marcher, vois-les courir à des morts, il est vrai, glorieuses et belles, Mais sûres cependant et quelquefois cruelles — La Fontaine (1621-1695)

    C'est donc à dire Que je ne suis qu'un vieux, dont les jeunes vont rire ? — Victor Hugo (1802-1885)

Étymologie : Berry, jenne ; nivernais, zeune ; wallon, jône ; namur. et picard, jone ; provenç. jove ; espagn. joven ; ital. giovine, giovane ; du lat. juvenis ; allem. jung ; russe, ioúni ; persan, djuvan ; sanscr. yuvan. Yuvan paraît être pour yavan, par assimilation du v sur a ; et on l'a rapproché des yavanas (voy. IONIENS) ; de sorte que les jeunes, juvenes, seraient ceux qui combattent, repoussent, aident.

Historique : XIIe s. Et li viel home et li jone mesquin [les jeunes gens] XIIIe s. Ele estoit joene et tendre com rosée en herbiere Grant duel [deuil] font pour Bertain li joene et li chenu Ains li faisoit la genne dame [Héloïse], Bien entendant et bien letrée Et bien amant et bien amée, Argumens à li chastier Qu'il se gardast de marier XIVe s. Et n'y a point de difference se aucun est jeune de aage ou il est jeune de meurs et assez aagé XVe s. Il [Charles VI] est encore trop jeune d'un an, quant il nous cuide esbahir par ses assemblées Ils me tiennent bien pour jeune et ignorant, quand ainsi me veulent me…

Émile Littré, Dictionnaire de la langue française — domaine public. Numérisation XMLittré, François Gannaz (CC BY-SA 3.0).

Académie française, 8e édition (1935)

adj. des deux genres

  1. Qui n’est guère avancé en âge. Un jeune enfant. Un jeune homme. Une jeune fille. Une jeune personne. Une jeune femme. Je l’ai connu tout jeune. Il s’est marié très jeune. Un jeune ménage. Il fait le jeune homme. Elle fait la jeune, mais elle ne l’est plus. Il commence à n’être plus jeune. Il est jeune d’âge et vieux d’expérience. Un jeune coeur s’enflamme aisément. Ce sont des jeunes gens. C’est un jeune fou, un jeune étourdi. Il est plus jeune, il est moins jeune que moi de deux ans. Un homme jeune n’est pas un jeune homme.

  2. Il se dit quelquefois par rapport aux Emplois, aux dignités qu’on ne donne ordinairement qu’à des hommes faits ou à des personnes déjà avancées en âge. Il est trop jeune pour un emploi si important. Il a été élu académicien bien jeune. Il fut maréchal de France très jeune. Il a été célèbre très jeune.

  3. JEUNE se dit aussi de Ce qui appartient, de ce qui est propre à une personne jeune. De jeunes désirs. De jeunes ardeurs. Cette pensée enflammait son jeune courage.

  4. Le jeune âge, L’âge, le temps où l’on est jeune. Dés son plus jeune âge. Dans mon jeune âge. On dit de même, surtout en poésie, Jeunes ans, jeunes années, jeune saison. On dit encore Cette couleur est jeune, Elle ne convient qu’à des personnes jeunes. Cette couleur est trop jeune pour moi. Fam., Cela fait jeune.

  5. JEUNE se dit particulièrement pour Cadet, par opposition à Aîné. Un tel, le jeune. Dubois jeune, pharmacien.

  6. Il se dit aussi, par opposition à Ancien, pour distinguer certains personnages historiques. Pline le Jeune, Denys le Jeune. La Jeune France, Les nouvelles générations de la France.

  7. JEUNE se dit, par extension, de Celui qui a encore quelque chose de l’ardeur, de la vivacité et de l’agrément de la jeunesse. Il ne vieillit point, il est toujours jeune. On le dit, dans le même sens, de l’Air, du caractère des personnes. Il a le visage aussi jeune que s’il n’avait que vingt ans. Avoir la voix jeune. Il a toujours l’esprit jeune, l’humeur jeune, le coeur jeune.

  8. Avoir encore le goût jeune, les goûts jeunes, se dit d’une Personne avancée en âge qui conserve les inclinations de la jeunesse.

  9. Il signifie quelquefois Qui est étourdi, évaporé, qui n’a point encore l’esprit mûr. Mon Dieu, qu’il est jeune!

  10. JEUNE se dit également en parlant des Animaux, des plantes, des arbres, par rapport à l’âge qu’ils vivent ordinairement. Un jeune chien. Un jeune chat. Un jeune oiseau. Un jeune coq. Un jeune chêne. Un jeune bois. Une jeune plante.

  11. Il se dit particulièrement, dans l’Administration forestière, des Baliveaux de l’âge du taillis, par opposition aux baliveaux modernes, qui ont deux ou trois âges, et aux baliveaux anciens, qui ont plus de trois âges.

Dictionnaire de l'Académie française, huitième édition (1932-1935) — domaine public. Numérisation ATILF/Chicago, conversion communautaire.

Grammaire et formes (2)
  • jeunes — pluriel — /ʒœnə/
  • jeune — singulier — /ʒœnə/

Source de l'entrée : Morphalou 3.1, licence LGPL-LR — entrée jeune#35507.

jeune

nom, /ʒœnə/

Grammaire et formes (2)
  • jeunes — pluriel — /ʒœnə/
  • jeune — singulier — /ʒœnə/

Source de l'entrée : Morphalou 3.1, licence LGPL-LR — entrée jeune#35506.

jeûne

nom, masculin, /ʒønə/

Témoignages historiques

Frise des témoins : Littré 1873 (3 sens) — Académie 1935 (4 sens)

Littré (1873)

s. m.

  1. Abstinence d'aliments. Un trop long jeûne est nuisible à l'estomac. Fig. Toute espèce de privation. Ne pas pouvoir lire est un véritable jeûne pour l'esprit.

    Vous leur faites observer [à vos chevaux] des jeûnes si austères que ce ne sont plus rien que des idées ou des fantômes, des façons de chevaux — Molière (1622-1673)

    Nous avons été jusqu'ici dans un jeûne effroyable de divertissements — Molière (1622-1673)

  2. Particulièrement. Pratique religieuse, acte de dévotion qui consiste à s'abstenir d'aliments par mortification.

    Il fit publier un jeûne dans le royaume de Juda — Lemaistre de Sacy (1613-1684)

    Savez vous quel est le jeûne que j'aime, dit le Seigneur : délivrez ceux qui sont détenus dans les prisons ; déchargez.... — Bossuet (1627-1704)

  3. Le jeûne des catholiques, qui consiste à s'abstenir de viande en ne faisant qu'un repas dans toute la journée, soit à dîner avec une légère collation à souper, soit à souper avec une légère collation à dîner. Le jeûne chez les protestants, qui diffère de celui des catholiques en ce que les protestants peuvent manger de la viande, mais ne peuvent manger qu'après le soleil couché. On dit d'une chose qui ennuie, qu'elle est longue comme un jour de jeûne.

    Si j'ai vingt et un ans et qu'il soit demain jeûne — Pascal (1623-1662)

    Vous en pourriez boire sans rompre le jeûne — Pascal (1623-1662)

Étymologie : Lat. jejunium, jeûne, de jejunus. Les étymologistes considèrent jejunus comme un participe comparable à Neptunus (Neptumnus, νιπτόμενος), et répondant à une forme sanscrite fictive yayamana, qui a dompté (sa faim), venant de l'intensif yayam, réduplicatif de yam, dompter.

Historique : XIIe s. Et li reis en out forment grant poür, e out toute sa fiance en nostre seignur, e fist faire junie par tut Juda XVe s. Je suis quitte de chacune jeune qu'un autre feroit pour moi, comme si je la faisois XVIe s. Il n'avoit que la peau seulement animée, Sa bouche d'un long jeun palissoit affamée Ce morceau rompit le jeusne de la trefve, et empescha un plus grand exploict Jours de jeune, quand l'homme est sain, sont très mauvais pour le pain Le liquide ne rompt point le jeune

Émile Littré, Dictionnaire de la langue française — domaine public. Numérisation XMLittré, François Gannaz (CC BY-SA 3.0).

Académie française, 8e édition (1935)

n. m.

  1. Abstention totale d’aliments. Un trop long jeûne affaiblit la santé.

  2. Il se dit quelquefois figurément et familièrement de Toute espèce d’abstention. Depuis un mois, mon médecin m’a défendu de rien lire, c’est un trop long jeûne qu’il m’a imposé.

  3. Il se dit spécialement d’une Pratique religieuse, d’un acte de dévotion, qui consiste à s’abstenir d’aliments par esprit de mortification. L’usage du jeûne est de la plus haute antiquité. Le jeûne des Turcs pendant la fête du Ramadan. Le jeûne des brahmanes. Rompre son jeûne. Jeûne volontaire.

  4. Il se dit particulièrement du Jeûne des catholiques, qui consiste à s’abstenir de viande en ne faisant qu’un repas dans toute la journée, soit à déjeuner avec une légère collation à dîner, soit à dîner avec une légère collation à déjeuner. Le jeûne est de précepte ecclésiastique. Le jeûne du carême. Jours de jeûne. Un jeûne ordonné par l’église. Il y a dans l’année moins de jeûnes qu’autrefois.

Dictionnaire de l'Académie française, huitième édition (1932-1935) — domaine public. Numérisation ATILF/Chicago, conversion communautaire.

Grammaire et formes (2)
  • jeûnes — pluriel — /ʒønə/
  • jeûne — singulier — /ʒønə/

Source de l'entrée : Morphalou 3.1, licence LGPL-LR — entrée jeûne#35514.

Entrée morphologique (v0.1). Données JSON : lemme.