jaloux
adjectif, /ʒalu/
Témoignages historiques
Frise des témoins : Littré 1873 (7 sens) — Académie 1935 (5 sens)
Littré (1873)
adj.
Qui est zélé pour, qui tient beaucoup à, qui est fort attaché à quelque chose (sens étymologique et le premier de tous, le mot venant du latin zelosus). Jaloux contre, zélé contre. Qui a à cœur, qui est très désireux de. Je suis jaloux d'acquérir votre estime.
N'attendons pas leur ordre et montrons-nous jaloux De l'honneur qu'ils auraient à disposer de nous — Pierre Corneille (1606-1684)
Vous n'avez qu'à choisir, car chacun est jaloux De l'honneur d'être votre époux — La Fontaine (1621-1695)
Qui est peiné de ne pas obtenir ou posséder ce qu'un autre obtient ou possède. Jaloux sur une chose, qui la dispute par jalousie. Il se dit des choses, dans le même sens. Il s'emploie dans ce sens comme substantif.
Les dieux devinrent jaloux des bergers — Fénelon (1651-1715)
Ne soyez point jaloux du succès des autres — Fénelon (1651-1715)
Particulièrement. Tourmenté par la crainte de l'infidélité, jaloux par amour. Il se dit aussi des sentiments. Substantivement. Un jaloux. Une jalouse.
Pour juste aux yeux de tous qu'en puisse être la cause, Une femme jalouse à cent mépris s'expose — Pierre Corneille (1606-1684)
Un amour si tranquille excite mon courroux ; C'est aimer froidement que n'être point jaloux — Molière (1622-1673)
Dans l'Écriture sainte, le Dieu jaloux, c'est-à-dire le Dieu qui veut être adoré seul.
Je suis le Seigneur votre Dieu, un Dieu jaloux, qui punis l'iniquité des pères sur les enfants jusqu'à la troisième et la quatrième génération de ceux qui me haïssent — Lemaistre de Sacy (1613-1684)
Comme il [Dieu] est beaucoup plus jaloux de nos affections que de nos respects, il est visible qu'il n'y a point de crime qui lui soit plus injurieux ni plus détestable que d'aimer souverainement les créatures, quoiqu'elles le représentent — Pascal (1623-1662)
Fig. et poétiquement. Qui fait obstacle, qui envie. Un voile jaloux dérobait ses charmes à tous les yeux.
Mais depuis le moment que cette frénésie De ses noires vapeurs troubla ma fantaisie, Et qu'un démon jaloux de mon contentement M'inspira le dessein d'écrire poliment — Boileau (1636-1711)
J'accuserai les vents et cette mer jalouse, Qui retient, qui peut-être a ravi Lapeyrouse — André Chénier (1762-1794)
Terme militaire. Qui est en jalousie, exposé aux attaques. Place jalouse, place exposée, et dont on peut facilement s'emparer. Par extension, périlleux.
Lauzun se divertit à s'arrêter dans les endroits les plus jaloux, dès qu'il s'aperçut de la conduite de ces messieurs avec lui — Saint-Simon (1675-1755)
Terme de marine, sur la Méditerranée. Qui souffre des vagues de la mer, qui roule beaucoup en parlant d'un petit bâtiment, d'une barque, etc. dont l'agitation est comparée à celle d'un jaloux. Cette barque est jalouse. Il n'y a point de bâtiments plus jaloux. Il se dit également des berlines et autres voitures semblables, quand elles sont sujettes à pencher d'un côté ou de l'autre.
Étymologie : Bourguig. jaullou, jailou ; Berry, jaleux ; provenç. gelos, gilos ; espagn. zeloso ; portug. cioso ; ital. geloso ; du lat. zelosus (QUICHERAT, Addenda), qui vient de zelus, zèle.
Historique : XIIIe s. Dont [donc] ne morurent vostre ancestre ? Signor, oïl, si ferés vous ; Par coi estes dont si jalous De cest siecle qu'est si malvais ? Pleüst à Diu que chacune de nous Tenist la piau de son mari jalous Jalous n'a pais ne soir ne matinée Atant es-vous sa maistre [duègne] de tost aler jalouse, Isnelement courant toute une voie herbouse.... Or [elle] se prend à sa chamberiere, Dont aucune fois est jalouse Trop se sont cruelment vengié Li jalous ; mais ne mangerons, En tel guise nous vengerons XVe s. L'on dit, grant temps a, que celluy n'ayme guere par amours qui de femme n'est jaloux XVI…
Émile Littré, Dictionnaire de la langue française — domaine public. Numérisation XMLittré, François Gannaz (CC BY-SA 3.0).
Académie française, 8e édition (1935)
adj.
Qui a de la jalousie à propos de quelqu’un ou de quelque chose. être jaloux de son concurrent. Il est jaloux de votre gloire, de votre puissance. Cet enfant est jaloux des caresses que l’on fait aux autres. Coeurs jaloux. âme jalouse. Regarder d’un oeil jaloux, avec des yeux jaloux la prospérité d’autrui. Substantivement, Votre sort fait bien des jaloux.
Il se dit particulièrement en parlant de la Jalousie que cause l’amour. Cet homme est jaloux de sa femme. Elle est jalouse de son mari. Il est jaloux de tous ceux qui parlent à sa maîtresse. Un amant, un mari jaloux. Une femme jalouse. Il est jaloux de son ombre, etc. Substantivement, C’est un jaloux, une jalouse. Un vieux jaloux.
Il signifie encore Qui tient beaucoup, qui est fort attaché à quelque chose. être jaloux de sa réputation, jaloux de son honneur, de ses droits, de ses prérogatives, de son autorité. Un peuple jaloux de sa liberté.
Dans l’écriture sainte, Dieu s’appelle Le Dieu jaloux, Pour faire entendre aux hommes qu’il doit être seul adoré.
Il signifie également Qui a à coeur, qui est très désireux de. Je suis jaloux d’acquérir, de conserver votre estime. Je suis jaloux de vous prouver le désir que j’ai de vous servir. Il est jaloux de lui plaire.
Dictionnaire de l'Académie française, huitième édition (1932-1935) — domaine public. Numérisation ATILF/Chicago, conversion communautaire.
Grammaire et formes (3)
- jaloux — masculin — /ʒalu/
- jalouses — pluriel féminin — /ʒaluzə/
- jalouse — singulier féminin — /ʒaluzə/
Source de l'entrée : Morphalou 3.1, licence LGPL-LR — entrée jaloux#35316.