ivre
adjectif, /ivʁə/
Témoignages historiques
Frise des témoins : Littré 1873 (2 sens) — Académie 1935 (4 sens)
Littré (1873)
adj.
Qui a l'esprit troublé par le vin ou une liqueur alcoolique. Il est ivre, il chancelle. Ivre mort, tellement ivre qu'on semble mort. Populairement. Ivre comme une soupe, très ivre ; locution qui vient de ce que la soupe, qui est proprement une tranche de pain, s'imbibe, s'enivre du bouillon. Fig. Ivre de sang, ivre de carnage, qui s'est plu à répandre le sang, à commettre beaucoup de meurtres.
Toute la Bretagne était ivre ce jour-là — Mme de Sévigné (1626-1696)
Il [Chapelle] jura que, pendant un mois entier, il ne se coucherait jamais sans être ivre, et sans avoir fait une chanson contre elle [Ninon de l'Enclos] — Voltaire (1694-1778)
Fig. Qui a l'esprit troublé par une passion.
En cela toute contraire au pauvre M. Fouquet, qui était ivre de sa faveur, et qui a soutenu héroïquement sa disgrâce — Mme de Sévigné (1626-1696)
Dès que cette reine, ivre d'un fol orgueil, De la porte du temple aura passé le seuil — Jean Racine (1639-1699)
Étymologie : Berry, ébriat ; provenç. ibre, ivre ; espagn. et portug. ebrio ; ital. ebbro, ebro ; du lat. ebrius, qui vient, d'après les étymologistes latins, de e, hors, et bria, sorte de mesure : mot à mot qui est hors de la mesure. Mais ce qui rend cette étymologie peu sûre, c'est que bria est un mot probablement étranger et récent, et peut-être douteux, car on lit aussi ebria et hebria au lieu de bria. Le Berry dit ébriat, qui paraît représenter le latin ebriācus.
Historique : XIIe s. De fol et d'ivre se doit l'en bien garder Turbé sunt e moüd [troublés et émus] sunt si cume ivre, e tute la sapience d'els devorede est XIIIe s. Quant il veulent mener l'olifant [l'éléphant] en bataille, si leur donnent de leur vin assez à boire, si que il sont demi yvre ; et ce font il que, quant il a beu, si devient plus fier et en vaut mieux en la bataille XIVe s. Icellui Guillot, qui estoit tout yvres Icelle Ysabel a esté tousjours yvresse une fois ou deux chascun jour XVIe s. Ivre comme une souppe
Émile Littré, Dictionnaire de la langue française — domaine public. Numérisation XMLittré, François Gannaz (CC BY-SA 3.0).
Académie française, 8e édition (1935)
adj. des deux genres
Qui a le cerveau troublé par l’effet des boissons fermentées, par l’alcool, etc. Il est ivre, il chancelle. Il était tellement ivre qu’il a fallu le ramener chez lui.
être ivre mort, être ivre au point d’avoir perdu tout sentiment.
Fig., Ivre de sang, Qui s’est plu à répandre le sang, qui a commis beaucoup de meurtres. On dit dans un sens analogue Ivre de carnage.
Il signifie figurément Qui a l’âme troublée par le transport, le délire, l’égarement d’une passion. être ivre de joie, d’amour, de bonheur. être ivre d’ambition, de vanité, d’orgueil.
Dictionnaire de l'Académie française, huitième édition (1932-1935) — domaine public. Numérisation ATILF/Chicago, conversion communautaire.
Grammaire et formes (2)
- ivres — pluriel — /ivʁə/
- ivre — singulier — /ivʁə/
Source de l'entrée : Morphalou 3.1, licence LGPL-LR — entrée ivre#35218.