injure
nom, féminin, /ɛ̃ʒyʁə/
Témoignages historiques
Frise des témoins : Littré 1873 (5 sens) — Académie 1935 (4 sens)
Littré (1873)
s. f.
Ce qui est contre le droit, la justice (d'après le sens étymologique), tort, dommage.
S'il y a plusieurs personnes qui n'aient pas plus de droit d'être expédiées l'une que l'autre, le juge qui prendra quelque chose de l'une à condition de l'expédier la première, péchera-t-il ? non certainement, selon Layman ; car il ne fait aucune injure aux autres selon le droit naturel — Pascal (1623-1662)
Je ménage l'une et l'autre [ma santé et ma vie] comme un bien qui est à vous, et que je ne puis altérer sans vous faire une injure — Mme de Sévigné (1626-1696)
Fig. Effets nuisibles produits par les saisons, l'âge, le temps, etc. Les injures du sort, les revers, les malheurs extraordinaires et non mérités. Poétiquement. Ce qui a subi l'injure.
C'est moi qui ai commencé la mode de vous aimer et de vous trouver aimable ; une amitié si bien conditionnée ne craint pas les injures du temps — Mme de Sévigné (1626-1696)
Injures de toutes les saisons, chaleurs de l'été, froids de l'hiver.... — Bourdaloue (1632-1704)
Outrage, ou de fait, ou de parole, ou par écrit. Fig. Faire injure à, avec un nom de chose pour régime, déshonorer, flétrir cette chose. Faire injure signifie aussi soupçonner injustement.
.... le jure Que par ce faux soupçon vous lui faites injure — Pierre Corneille (1606-1684)
On n'est pas où l'on pense en me faisant injure — Molière (1622-1673)
Particulièrement, parole offensante, outrageuse. Vomir des injures. Charger quelqu'un d'injures. Populairement. Se chanter mille injures, se dire toutes sortes d'injures.
Celui qui jette une pierre contre des oiseaux les fera envoler ; ainsi qui dit des injures à son ami rompra l'amitié — Lemaistre de Sacy (1613-1684)
Un homme sage est au-dessus de toutes les injures qu'on peut lui dire — Molière (1622-1673)
À l'injure de, loc. adv.
En insultant, Jovinien et ses sectateurs, qui, à l'injure du fils de Dieu, niaient la virginité de sa mère — Bossuet (1627-1704)
Étymologie : Provenç. injuria, enjuria ; espagn. injuria ; ital. ingiuria ; du latin injuria, de in.... 1, et jus, juris, droit.
Historique : XIIIe s. Par les grans injures et par les grans rapines qui estoient faites en la prevosté, le menu peuple n'osoit demeurer en la terre le roy XIVe s. Que cette injure faicte à vous [Philippe le Bel] et à vostre pueple soit bien et souffisamment amendée Quant à faire venjances ou punicions selon justice, il a moult grant difference se les injures sunt voluntaires ou involuntaires Vous savez que de grant injure vient moult de foiz grant grace XVIe s. Retablir une injure [injustice] Les injures de la fortune Souffrir une injure [outrage] Il fut tout un jour à l'outrager de paroles diffamatoires …
Émile Littré, Dictionnaire de la langue française — domaine public. Numérisation XMLittré, François Gannaz (CC BY-SA 3.0).
Académie française, 8e édition (1935)
n. f.
Insulte, outrage, ou de fait, ou de parole, ou par écrit. Injure sanglante, irréparable. Endurer, souffrir une injure. Oublier, pardonner les injures. Venger l’injure de quelqu’un. Laver une injure dans le sang. L’oubli, le mépris, le pardon des injures. Une injure à l’honneur, faite à l’honneur. Faire satisfaction d’une injure. Réparer l’injure qu’on a faite.
Il se prend, particulièrement, pour une Parole offensante, outrageante. Dire des injures à quelqu’un. Ils en vinrent aux injures. Vomir des injures. éclater en injures contre quelqu’un. Charger quelqu’un d’injures. Une injure grossière. Pop., Se chanter mille injures, et fam., Dire ou se dire de grosses injures.
Il désigne figurément la Dégradation, la ruine, la perte de certaines choses par l’effet des intempéries, de la durée, de l’âge. Ces monuments, ces édifices ont éprouvé, ont ressenti l’injure du temps. Cette statue est exposée aux injures de l’air, du temps. L’injure de l’âge.
INJURE signifiait autrefois Injustice. On dit encore C’est lui faire injure. Vous me faites injure en me supposant de telles intentions. Les injures du sort, Les revers, les malheurs extraordinaires et non mérités.
Dictionnaire de l'Académie française, huitième édition (1932-1935) — domaine public. Numérisation ATILF/Chicago, conversion communautaire.
Grammaire et formes (2)
- injures — pluriel — /ɛ̃ʒyʁə/
- injure — singulier — /ɛ̃ʒyʁə/
Source de l'entrée : Morphalou 3.1, licence LGPL-LR — entrée injure#34060.