illusion

illusion

nom, féminin, /ilyzjɔ̃/

Témoignages historiques

Frise des témoins : Littré 1873 (6 sens) — Académie 1935 (8 sens)

Littré (1873)

s. f.

  1. Erreur qui semble se jouer de nos sens, les tromper. C'est une illusion, quand, dans un bateau qui marche rapidement, on croit voir le rivage s'enfuir. Illusion d'optique, erreur du sens de la vue sur l'état des corps, naturelle comme le mirage, ou artificielle comme celle que produisent la plupart des instruments d'optique. Terme de médecine. Illusion morbide ou pathologique, trouble des sensations dans lequel il y a pour point de départ une impression réelle, mais dans lequel la transmission ou la perception est irrégulière.

    Elle croit voir encor son volage héros ; Et, cette illusion soulageant sa disgrâce, Elle le rappelle en ces mots.... — Jean-Baptiste Rousseau (1671-1741)

    Zamore aux pieds d'Alzire ! Est-ce une illusion ? — Voltaire (1694-1778)

  2. Dans les beaux-arts, et spécialement au théâtre, état de l'âme qui fait que nous attribuons une certaine réalité à ce que nous savons n'être pas vrai.

    Plus d'intérêt sans illusion, plus d'illusion sans vraisemblance — Marmontel (1723-1799)

    Dans les arts d'imitation, la vérité n'est rien, la vraisemblance est tout, et non-seulement on ne leur demande pas la réalité, mais on ne veut pas même que la feinte en soit l'exacte ressemblance.... en un mot l'illusion ne peut ni ne doit être complète

  3. Fausse apparence que l'on attribuait au démon ou à la magie. Ce sont des illusions du démon.

  4. Erreur qui semble se jouer de notre esprit, le tromper. Faire illusion à quelqu'un, lui faire croire qu'on a plus de mérite, plus de crédit, etc. qu'on n'en a réellement. Se faire illusion à soi-même, s'abuser soi-même. Je cherchai longtemps à me faire illusion sur ses défauts.

    Ainsi la vie humaine n'est qu'une illusion perpétuelle : on ne fait que s'entre-tromper et s'entre-flatter — Pascal (1623-1662)

    L'Ecclésiaste, faisant le dénombrement des illusions qui travaillent les hommes, y comprend la sagesse même, parce qu'il y a une fausse sagesse qui, se renfermant dans l'enceinte des choses mortelles, s'ensevelit avec elle dans le néant — Bossuet (1627-1704)

  5. Sorte de rêves ou de fantômes qui flottent devant l'imagination. De douces illusions.

    Flatteuse illusion, erreur douce et grossière, Que tu sais peu durer et tôt t'évanouir ! — Pierre Corneille (1606-1684)

    L'heur que je t'apporte est sans illusion — Pierre Corneille (1606-1684)

  6. Pensée, imagination chimérique. Les illusions de l'amour-propre. C'est un homme plein d'illusions, sujet à des illusions, qui se repaît d'illusions. Ses prétentions sont une pure illusion.

    Aucune illusion ne doit plus te flatter — Pierre Corneille (1606-1684)

    Par quelle illusion m'oses-tu conseiller... ? — Pierre Corneille (1606-1684)

Étymologie : Provenç. illusio ; espagn. ilusion ; ital. illusione ; du lat. illusionem, de il pour in, dans, et lusum, supin de ludere, jouer : action de jouer dans.

Historique : XIIe s. Fait sumes reproce à nos veisins et illusiun [moquerie] XVIe s. Il eut en dormant une illusion damnable, c'est qu'il luy fut advis qu'il... Et de fait, jamais n'eussent esté si vilainement abusez des illusions de Satan, s'ils n'eussent desjà esté ensorcellez de cest erreur XVIe s. Ajoutez : L'honneur tant désiré n'est qu'une vision, Qui, troublant nos esprits par son illusion, Fait quitter l'heur present....

Émile Littré, Dictionnaire de la langue française — domaine public. Numérisation XMLittré, François Gannaz (CC BY-SA 3.0).

Académie française, 8e édition (1935)

n. f.

  1. Fausse apparence matérielle ou morale qui, en nous faisant voir les choses autrement qu’elles ne sont, semble se jouer de nos sens ou de notre esprit. Illusion d’optique. Illusion théâtrale. Le mirage est une illusion. Le relief dans la peinture fait illusion.

  2. Il signifie aussi Erreur des sens ou de l’esprit produite par ces fausses apparences. Quand on est dans un bateau en marche et que le rivage semble fuir, cette sensation est une illusion des sens. être dans l’illusion. Se prêter à l’illusion.

  3. Il s’est dit spécialement des Fausses apparences que l’on attribuait au démon ou à la magie. Illusion diabolique. Illusion magique.

  4. Il se dit encore de Toute erreur flatteuse qui abuse l’esprit. On a dit que la vie humaine n’est qu’une illusion perpétuelle. L’illusion de l’amour.

  5. Faire illusion à quelqu’un, Lui paraître autre que l’on n’est réellement.

  6. Se faire illusion à soi-même, S’abuser soi- même et à son avantage.

  7. Il se dit aussi des Pensées et des imaginations chimériques. C’est un homme plein d’illusions. Cet échec dissipera toutes ses illusions. Les illusions de l’amour-propre. Ses prétentions sont une pure illusion. être séduit par quelque illusion.

  8. Il se dit pareillement de Certains songes, de certains fantômes qui flattent ou qui troublent l’imagination. Une illusion agréable. De douces illusions. Le jour vint dissiper les illusions qui avaient enchanté mon sommeil.

Dictionnaire de l'Académie française, huitième édition (1932-1935) — domaine public. Numérisation ATILF/Chicago, conversion communautaire.

Grammaire et formes (2)
  • illusions — pluriel — /ilyzjɔ̃/
  • illusion — singulier — /ilyzjɔ̃/

Source de l'entrée : Morphalou 3.1, licence LGPL-LR — entrée illusion#32617.

Entrée morphologique (v0.1). Données JSON : lemme.