il

il

pronom, /il/

Témoignages historiques

Frise des témoins : Littré 1873 (13 sens) — Académie 1935 (8 sens)

Littré (1873) — entrée 1

  1. Pronom masculin qui désigne la troisième personne. Votre père va venir, il est prêt. J'ai lu cet ouvrage, il est bien écrit. Ces gens-là sont pressés, ils courent. Il se met ordinairement avant le verbe, dans les phrases affirmatives, sans qu'il y ait rien entre deux, si ce n'est des particules et des pronoms. Il lui parle. Il ne veut pas. Il se met après le verbe dans les interrogations et dans certaines phrases exclamatives. Que fait-il ? Est-il insensé ! Avec le t euphonique : A-t-il ? parle-t-il ? va-t-il ? Il se met également après le verbe dans certaines phrases affirmatives. Quoi ! dit-il, s'écria-t-il, répondit-il. Vous avez, paraît-il, réussi dans vos projets. Aussi est-il vrai. Toujours est-il certain que je l'avais dit.

    Son cœur, pour se livrer, à peine devant moi S'est-il donné le temps d'en recevoir la loi — Molière (1622-1673)

  2. Quand une phrase interrogative contient le nom masculin qui est le sujet du verbe, on n'en met pas moins le pronom il après le verbe. Ce fruit est-il bon ? Votre père est-il venu ? Dans certaines inversions dubitatives, le même pléonasme est obligatoire. Ce projet dût-il échouer, nous serons loués pour l'avoir conçu.

  3. Dans certaines phrases le verbe est précédé du pronom il et suivi du sujet ; ces phrases sont surtout du style soutenu, et impliquent une certaine passion qui fait qu'on prononce le pronom avant le nom auquel il se rapporte. Il me fuit, l'ingrat. Seront-ils plus heureux ceux qui....

  4. Il se met avec les verbes impersonnels, ou employés impersonnellement. Il faut que.... Ne faut-il pas que... ? Faudra-t-il donc que... ? Il doit s'y attacher de l'intérêt. Quel intérêt ne doit il pas s'y attacher ? Il fait beau temps. Il fut un temps où.... Il pleut à verse. Dans ces constructions, il ne laisse pas de gouverner le verbe au singulier, bien que ce verbe soit suivi d'un nom au pluriel (l'ancienne langue mettait le pluriel en ces circonstances : Il sont six heures). Il est six heures. Il est arrivé deux mille hommes. Il est survenu des circonstances fâcheuses. Un il de ce genre a été sous-entendu par la Fontaine :

    Il m'en doit bien souvenir, ma foi ! — Molière (1622-1673)

    À déboucher la porte il irait trop du vôtre — Molière (1622-1673)

  5. Il se rapportant au mot rien. Il se rapportant à ce que. Il se rapportant à tout. Il se rapportant à cela, ceci.

    Ayant appris dès le collège qu'on ne saurait rien imaginer de si étrange et si peu croyable, qu'il n'ait été dit par quelqu'un des philosophes — Descartes (1596-1650)

    Si ce que je dis ne sert à vous éclairer, il servira au peuple — Pascal (1623-1662)

  6. Il pour cela. Cet emploi, qui tombe en désuétude, est conservé dans : il est vrai. Vous avez dû partir, il est vrai, mais....

    Iris, je vous louerais ; il n'est que trop aisé — La Fontaine (1621-1695)

    Il est trop véritable — Molière (1622-1673)

  7. Il surabondant. Ce pléonasme était reçu des écrivains du XVIIe et du XVIIIe siècle ; aujourd'hui il l'est beaucoup moins. Toutefois ces exemples font voir dans quel cas un il surabondant peut être placé, non sans grâce ou sans clarté.

    Et qui, jeune, n'a pas grande dévotion, Il faut que pour le monde à le feindre il s'exerce — Mathurin Régnier (1573-1613)

    Qui se contraint au monde, il ne vit qu'en torture — Mathurin Régnier (1573-1613)

  8. Ils se dit quelquefois d'une façon indéterminée pour indiquer les gens qu'on a dans l'esprit.

    L'autorité, l'autorité, ils n'ont que ce mot — Diderot (1713-1784)

    Voilà comme ils sont tous ; c'est ainsi qu'ils nous aiment ; s'ils étaient nos ennemis, que feraient-ils de plus ? — Diderot (1713-1784)

  9. Ce qu'il y a, ce dont il s'agit.

    Or sus, mon fils, savez-vous ce qu'il y a ? c'est qu'il faut songer, s'il vous plaît, à vous défaire de votre amour — Molière (1622-1673)

  10. Il n'est que de, la seule chose qui importe, qui soit utile, nécessaire.

    Ma foi, il n'est que de jouer d'adresse en ce monde — Molière (1622-1673)

  11. Il n'est pas que vous n'ayez vu, certainement vous avez vu.

    Mais peut-être il n'est pas que vous n'ayez bien vu Ce jeune astre d'amour, de tant d'attraits pourvu — Molière (1622-1673)

  12. Il suivi du relatif qui ou quiconque, signifiant celui qui ; tournure usitée au XVIIe siècle, qui est tombée en désuétude, mais qui pourrait être reprise.

    Il passe pour tyran quiconque s'y fait maître — Pierre Corneille (1606-1684)

    Pour la première fois il me dupe qui veut ; Mais, pour une seconde, il m'attrape qui peut — Pierre Corneille (1606-1684)

  13. Terme de chasse. Il bat l'eau, terme pour avertir les chasseurs et les chiens lorsque la bête entre dans l'eau. Il va là, chiens, terme pour parler aux chiens, lorsqu'ils chassent à la discrétion et à la prudence du piqueur. Il perce, l'animal va en avant.

Étymologie : Wallon, i devant une consonne, il devant une voyelle (i se dit pour il et ils) ; Berry, i, il, î, ils ; provenç. il, ils ; catal. ell ; espag. él ; ital. il ; du latin ille, celui-là. La forme archaïque de ille est ollus, qu'on a supposé être un diminutif d'un radical an ou on, rattaché au sanscrit ana, celui-là, qu'on retrouve dans anya, autre, et dans alius. On remarquera que, dans l'ancienne langue, il est toujours nominatif ; on y dit donc : tu et il, et non toi et lui. Le pluriel y est il sans s, comme le singulier ; le singulier vient de ille, le pluriel vient de illi. Au XIVe siècle on

Historique : IXe s. In o quid [pourvu que] il mi altresi fazet [il m'en fasse autant] Xe s. Si cum il semper solt haveir [il a coutume d'avoir] Si astreient [seraient] li Judei perdut, si cum il ore sunt Poscite li que cest fructum que mostret nos habemus, que el nos conservet XIe s. Assez est mielz qu'il i perdent les chiefs [têtes] Ne vous ne il n'i porterez les piez XIIe s. Et s'il i va tels hom qui sagement leur die S'en va Grandoine, il et si compeignon Il n'i fist joie, ne chevelus ne chauz Conviendra il qu'à la fin congié prenne Et s'il ne fust de remanoir viltance XIIIe s. Bele Isabeaus, pucele bie…

Émile Littré, Dictionnaire de la langue française — domaine public. Numérisation XMLittré, François Gannaz (CC BY-SA 3.0).

Académie française, 8e édition (1935)

Pronom personnel masculin

  1. Il désigne la Personne ou la chose dont il est question dans le discours et ne s’emploie que comme sujet d’un verbe. Votre frère va venir, il est prêt. J’ai lu cet ouvrage, il est bien écrit. Ces gens-là sont pressés, ils courent.

  2. Il se met ordinairement avant le verbe, sauf 1° dans les interrogations et dans certaines phrases exclamatives. Que fait-il? Où sont- ils? Dort-il? Boit-il? Est-il barbare? Avec le t euphonique : Qu’a-t-il dit? Viendra-t-il? Aime-t-il le jeu?

  3. 2° Dans certaines phrases affirmatives, telles que : Alors, dit-il, nous résolûmes d’agir. Quoi? s’écria-t-il. Dût-il s’en fâcher. Toujours est-il certain que j’étais excusable. Il aura la place, encore faut-il qu’il travaille.

  4. Il est aussi de sens neutre, par suite invariable et s’emploie :

  5. 1° dans les verbes impersonnels, Il pleut, il vente, il neige, il fait beau;

  6. 2° dans les expressions Il y a, il y avait, il y eut, il faut;

  7. 3° devant les verbes dont le sujet, nom, infinitif ou proposition, est mis après le verbe. Il vient beaucoup de monde. Il est honteux de mentir. Il est douteux qu’il vienne. Le verbe reste au singulier, bien que le véritable sujet soit au pluriel. Il est venu deux personnes. Il est survenu de fâcheux événements.

  8. IL, neutre, a le sens de Cela dans l’expression Il est vrai, intercalée dans une phrase. Je devais partir, il est vrai, mais j’en ai été empêché.

Dictionnaire de l'Académie française, huitième édition (1932-1935) — domaine public. Numérisation ATILF/Chicago, conversion communautaire.

Grammaire et formes (4)
  • elles — 3ᵉ pers. pluriel féminin — /ɛlə/
  • ils — 3ᵉ pers. pluriel masculin — /il/
  • elle — 3ᵉ pers. singulier féminin — /ɛlə/
  • il — 3ᵉ pers. singulier masculin — /il/

Source de l'entrée : Morphalou 3.1, licence LGPL-LR — entrée il#32576.

Entrée morphologique (v0.1). Données JSON : lemme.