idée
nom, féminin, /ide/
Définitions
Représentation qu'un esprit se forme d'une chose.
Définition Francorium (CC BY-SA 4.0) — validation automatisée · méthode.
Témoignages historiques
Frise des témoins : Littré 1873 (12 sens) — Académie 1935 (11 sens)
Littré (1873)
s. f.
Représentation qui se fait de quelque chose dans l'esprit, soit que cette chose existe au dehors, ou qu'elle soit purement intellectuelle. Demi-idée, idée incomplète. Familièrement. Le pays des idées, région imaginaire où l'on relègue ce qui n'existe pas réellement. Donner une idée d'une chose, la faire concevoir en gros. Avoir une idée, se représenter. Familièrement. Avoir idée, penser, s'imaginer. N'avoir pas la première idée d'une chose, y être tout à fait ignorant. Familièrement. Avoir peu d'idées d'une chose, n'avoir pas assez d'intelligence, d'esprit pour y songer. Familièrement. Ne pas se faire d'idée, ne pouvoir comprendre. Par exagération et familièrement. On n'a pas d'idée de cela, se dit de ce qui paraît extraordinaire, excessif, offensant, etc.
Quelle idée attachez-vous à ce mot ? Tant de choses en font concevoir une haute idée que... — Pascal (1623-1662)
Il me donnait une grande idée de l'excellence de cet ouvrage — Pascal (1623-1662)
Dans le langage psychologique. Fait intellectuel qui répond dans notre esprit aux objets dont nous avons pris connaissance. L'origine, la génération des idées. Idées innées, voy. INNÉ. Idées générales, les idées les plus étendues auxquelles les idées particulières sont subordonnées, et que l'on obtient par différents procédés intellectuels. Terme de philosophie de Kant. Idées pures et nécessaires, concepts rationnels dont l'objet ne peut être fourni par l'expérience. Idées formelles ou subjectives, idées considérées relativement à leur forme dans l'esprit. Idées objectives, idées considérées relativement à leur matière ou à leur objet.
Par le nom d'idée j'entends cette forme de chacune de nos pensées par la perception immédiate de laquelle nous avons connaissance de ces mêmes pensées — Descartes (1596-1650)
Qu'est-ce qu'une idée, qu'est-ce qu'une sensation, une volonté ? c'est moi apercevant, moi sentant, moi voulant — Voltaire (1694-1778)
Terme de philosophie. Type, modèle éternel des choses. Les idées de toutes choses sont en Dieu. Les idées de Platon, les archétypes qui, suivant ce philosophe, sont les modèles des choses terrestres. Fig. Dans les idées de Platon, c'est-à-dire ce qui est dans les nuages, ce qui est ajourné indéfiniment. Fig. Modèle, type, idéal.
Croyez, ma fille, que ce n'est pas sans une douleur profonde que je vois votre retour dans ces idées de Platon — Mme de Sévigné (1626-1696)
Et [la reine], ternissant le souvenir Des reines qui l'ont précédée, Devient une éternelle idée De celles qui sont à venir — Malherbe (1555-1628)
Souvenir.
En ma présence même en caresser l'idée — Pierre Corneille (1606-1684)
Ce songe, Hydaspe, est donc sorti de son idée — Jean Racine (1639-1699)
Image.
J'en puis voir sa fenêtre ; et de sa chère idée Mon âme à cet aspect sera mieux possédée — Pierre Corneille (1606-1684)
Rempli de votre idée, il m'adresse pour vous Ces mots, où l'amitié règne sur le courroux — Pierre Corneille (1606-1684)
Vision chimérique. Ce ne sont pas des idées creuses. Il se repaît d'idées. Opinion non fondée. Vous croyez qu'il ne viendra pas, quelle idée ! Fantaisie. Sortir par un temps pareil, quelle idée ! Vaine apparence, sans réalité ni effet. Fig. et familièrement. Petite quantité. Je ne veux qu'y goûter, ne m'en donnez qu'une idée.
Le roi n'est qu'une idée et n'a de son pouvoir Que ce que par pitié vous lui laissez avoir — Pierre Corneille (1606-1684)
Ce ne sont plus rien que des idées ou des fantômes, des façons de chevaux — Molière (1622-1673)
Pensée, conception, opinion. Suivre le fil de ses idées. Cela brouille toutes mes idées. Idée sublime. Noble idée. Avoir une grande idée de..., penser magnifiquement, orgueilleusement de... Par opposition. Avoir, se faire une triste idée, une pauvre idée, penser peu de bien d'une chose. Idée fixe, celle qui nous domine, qui nous occupe exclusivement. En médecine, idée fixe, forme de monomanie intellectuelle ou délire partiel et chronique, dont il y a autant de variétés que de malades, et dans laquelle le patient demeure obsédé par une idée déraisonnable ou criminelle qui influe sur toutes ses actions.
Mon trouble, il est bien vrai, m'a si fort possédée, Que de le démentir je n'ai point eu l'idée — Molière (1622-1673)
Selon que notre idée est plus ou moins obscure, L'expression la suit ou moins nette ou plus pure — Boileau (1636-1711)
Il se dit quelquefois pour système philosophique. Les idées d'Aristote ont dominé le moyen âge. Les idées nouvelles, les opinions qui tendent à renouveler la société. Partisan, adversaire des idées nouvelles. L'idée fouriériste, l'idée saint-simonienne, le système de Fourier, de Saint-Simon, ou du moins le principe de ces systèmes.
Première conception d'où se développe une œuvre d'art ou de littérature. L'idée de ce tableau est gracieuse. Il a pris l'idée de sa pièce dans tel roman. Terme de musique. Idée musicale, trait de chant qui se présente à l'esprit du compositeur avec tous les accessoires qu'il comporte. Absolument, et souvent au pluriel, les idées, les conceptions qui inventent, qui donnent de l'originalité. Cet auteur a des idées. Il n'y a point d'idées dans ce livre, chez cet artiste. Familièrement. Avoir de l'idée, avoir de l'intelligence, un esprit fécond en expédients. Absolument, au singulier, et dans un emploi néologique. L'ensemble idéal des aspirations du génie et de l'époque. Les penseurs sont les serviteurs de l'idée. La forme n'est rien ; l'idée est tout.
C'est une idée qui m'avait passé une fois par la tête et que j'ai laissée là comme une bagatelle, une badinerie qui peut-être n'aurait pas fait rire — Molière (1622-1673)
Faute d'idée, il allait faire une ode — Béranger (1780-1857)
Invention ; sens peu usité aujourd'hui.
L'autre femme est une pure idée de mon esprit — Pierre Corneille (1606-1684)
Esquisse, ébauche. Il en a jeté l'idée sur le papier. En mauvaise part. Ce n'est qu'une première idée, qu'une idée informe, se dit d'un ouvrage qui est trop peu achevé.
Esprit, imagination. En ce sens il ne s'emploie qu'avec les prépositions en, dans, à, de, etc. Il me revient à l'idée, en idée que.... On ne peut lui ôter cela de l'idée. J'ai dans l'idée qu'il ne viendra pas. Il s'est mis dans l'idée de faire cela, qu'il devait aller à Rome. En idée, c'est-à-dire en esprit.
Et n'avait rien que Pinuce en l'idée — La Fontaine (1621-1695)
Personne n'aspire à l'égalité ; cela ne vient pas même dans l'idée — Montesquieu (1689-1755)
Étymologie : Latin, idea ; du grec ἰδέα, image, idée, de εἴδειν, voir, lequel est le même que le latin videre, voir ; de sorte que c'est le fait de la vision qui a fourni, par figure, la dénomination au fait intellectuel.
Historique : XIIIe s. Et lor promet, en ses idées, Des œuvres qu'il auront ovrées, Sauvement ou dampnacion XVIe s. Sur la plus belle idée au ciel vous fustes faite, Voulant nature un jour monstrer tout son pouvoir ; Depuis vous lui servez de forme et de miroir
Émile Littré, Dictionnaire de la langue française — domaine public. Numérisation XMLittré, François Gannaz (CC BY-SA 3.0).
Académie française, 8e édition (1935)
n. f.
Représentation d’un être on d’une chose dans l’esprit; notion que l’esprit reçoit ou se forme de quelque chose. L’idée du juste et de l’injuste. L’idée du bien. L’idée de Dieu. L’idée de l’infini. L’idée de la gloire. Idée simple. Idée abstraite. Idée claire. Idée vague. Idée confuse. Idée concrète. L’origine, le développement, la génération des idées. L’association des idées. Quelle idée attachez-vous à ce mot? Une fausse idée. Ils n’ont aucune idée de nos arts, de nos usages. Cette médaille ne peut vous donner qu’une faible idée du talent de ce graveur. Ce que j’en ai vu ne répond pas à l’idée que je m’en étais faite. J’en avais connu une haute idée. J’avais de cet homme une grande idée. Ce que vous me dites me donne de lui une pauvre idée. Vous ne sauriez vous faire une idée de tout ce que j’ai souffert.
Par exagération et familièrement, On n’a pas idée de cela, se dit en parlant d’une Chose qui paraît extraordinaire, excessive en son genre.
Il se dit quelquefois, dans un sens particulier, pour Souvenir. Je ne me souviens point de cela, je n’en ai aucune idée.
Il désigne aussi les Types, les modèles éternels et absolus de toutes les choses créées. Les idées de Platon.
Il se dit, par extension, des Pensées, des conceptions de l’esprit, des opinions, des réflexions, etc. L’idée et le fait. Une belle, une noble, une grande idée. C’est lui qui m’a donné l’idée de venir vous trouver. Il a pris l’idée de sa pièce dans tel roman. Idée fondamentale. Idée dominante. Idée directrice. Idée première. J’ai changé d’idée. J’avais l’idée de partir. Plein de cette idée, il voulut... C’est une idée heureuse. Quelle sotte idée! Quelle singulière idée! Votre idée me paraît bonne. L’idée ne m’en était pas venue. Faites à votre idée; je ferai à mon idée. Je suis tourmenté de l’idée qu’il est encore fâché contre moi. La seule idée du péril l’épouvante. Communiquer ses idées à quelqu’un. Entrer dans les idées de quelqu’un. Faites-moi part de vos idées là-dessus. Idées sages. Mettre ses idées sur le papier. On trouve dans cet ouvrage beaucoup d’idées ingénieuses, originales. Cet auteur n’a point d’idées neuves. Avoir des idées saines. Suivre son idée. Suivre le fil de ses idées. Cela brouille toutes les idées. Mettre en avant des idées hardies. C’est un partisan des idées nouvelles. Idées reçues. Des idées d’un ordre élevé.
Dans ce sens, il est synonyme de Disposition d’esprit, direction de pensée et de sentiment, particuliers à un peuple, à une classe. L’idée française. L’idée juive. Idées philosophiques. Idées religieuses. Idées scientifiques. Quelles sont sur ce point les idées de Descartes? Les idées de Newton, de Buffon, de Pasteur, Leur système. L’histoire des idées dans l’Antiquité.
Il se dit souvent d’une Préoccupation d’un caractère morbide. Idée fixe.
IDÉE signifie particulièrement Invention, en parlant d’une Production des arts. L’idée de ce tableau est gracieuse. On l’emploie quelquefois au pluriel, dans un sens analogue; et alors il s’applique également aux Ouvrages d’esprit. Il n’y a point d’idées dans cet ouvrage, dans ce tableau, etc. Cet auteur, cet artiste manque d’idées, n’a point d’idées. On dit aussi, dans le langage familier, Avoir des idées. C’est un homme à idées.
Il désigne quelquefois, en Littérature et dans les Arts d’imitation, l’Esquisse, l’ébauche rapide d’un ouvrage. Il a jeté l’idée de son article sur le papier. On le dit aussi, en mauvaise part, d’un Ouvrage trop peu achevé. Ce n’est qu’une première idée, qu’une idée informe.
Il se dit encore des Visions chimériques, des choses qui ne sauraient avoir lieu, qui ne peuvent se réaliser. Ce ne sont que des idées creuses. Il prend ses idées pour des choses réelles. Il nous a entretenus de ses idées.
Il se dit en outre, surtout dans le langage familier de la Pensée, de l’esprit, de l’imagination. J’ai dans l’idée qu’il ne viendra pas. Ils vont se mettre dans l’idée que vous êtes brouillé avec eux. Je ne sais ce qu’il a dans l’idée. Il me revient à l’idée que j’ai promis à mon ami de lui écrire. On ne peut lui ôter cela de l’idée.
Dictionnaire de l'Académie française, huitième édition (1932-1935) — domaine public. Numérisation ATILF/Chicago, conversion communautaire.
Grammaire et formes (2)
- idées — pluriel — /ide/
- idée — singulier — /ide/
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