honte
nom, féminin, /ɔ̃tə/
Témoignages historiques
Frise des témoins : Littré 1873 (5 sens) — Académie 1935 (8 sens)
Littré (1873)
s. f.
Déshonneur, opprobre, humiliation (ce qui est le sens étymologique et ancien). Par exclamation. Être la honte, faire la honte de sa famille, de son pays, de son siècle, lui faire un grand déshonneur. À la honte de, en causant déshonneur. Familièrement et par exagération. C'est une honte, c'est grand'honte, il ne convient pas, il est messéant. Il se dit aussi au pluriel (Voltaire a condamné cet emploi ; mais, outre les autorités, la raison et l'usage n'empêchent pas d'employer ce mot abstrait au pluriel). Familièrement. Faire mille hontes, faire cent hontes, accabler d'outrages.
Se plaindre est une honte et soupirer un crime — Pierre Corneille (1606-1684)
La gloire d'une mort qui nous couvre de honte — Pierre Corneille (1606-1684)
Sentiment pénible qu'excite dans l'âme la pensée ou la crainte du déshonneur. Avoir honte, éprouver de la honte. On le dit aussi au pluriel en ce sens. Faire honte à quelqu'un, être pour lui une cause de honte. Poétiquement. Faire honte, éclipser. Faire honte, faire des reproches qui causent de la honte, de la confusion. Vous devriez mourir de honte, se dit, par exagération, à quelqu'un qui a commis une action très répréhensible. Avoir perdu toute honte, être insensible au déshonneur. On dit dans le même sens : mettre bas toute honte, et avoir toute honte bue.
Seigneur, ce que je suis ne me fait point de honte — Pierre Corneille (1606-1684)
La honte se met entre la vertu et le péché pour empêcher qu'on ne la quitte ; puis entre le péché et la vertu pour empêcher qu'on ne la reprenne — Bossuet (1627-1704)
Courte honte, insuccès. Un homme s'en retourne, s'en revient avec sa courte honte quand il a reçu l'affront de n'avoir pu réussir en quelque entreprise. Cette locution est singulière ; et, comme elle manque d'historique, on ne sait comment l'expliquer avec quelque sûreté. Provisoirement, on peut penser que courte honte signifie proprement honte à court délai, honte qui arrive tout de suite.
Pour laisser le marquis avec sa courte honte — Hauteroche (1617-1707)
....Tu me vois avec ma courte honte — Thomas Corneille (1625-1709)
Mauvaise honte, fausse honte de ce qui n'est pas blâmable, et quelquefois même de ce qui est louable. Fausse honte, timidité mal placée, honte non justifiée. Sotte honte, synonyme de fausse honte.
Par je ne sais quelle bonté, ou, si l'on veut, mauvaise honte, je n'ai pas la force de rien refuser de ce que l'on me demande avec opiniâtreté — Scarron (1610-1660)
Mais aucun de ces maux n'égala les rigueurs Que la mauvaise honte exerça dans les cœurs ; De ce nid à l'instant sortirent tous les vices — Boileau (1636-1711)
Dans le langage biblique, la honte, les parties que l'on doit cacher.
C'est pourquoi j'ai relevé vos vêtements sur votre visage, et on a vu votre honte — Lemaistre de Sacy (1613-1684)
Étymologie : Bourg. onte ; provenç. ancta, amta, anta ; ital. onta ; de l'anc. h. allem. hônida ; vieux saxon, honda, déshonneur, de même radical que honnir. Honte a été des deux genres. Un dérivé hontage a été très usité.
Historique : XIe s. Si me gardez et de mort et de hunte Là mourrez vous à hunte et à viltet Por venger vostre hunte XIIe s. Tex [telle] honte leur avint devant le roi de France Mais honte i aurez, pour voir [vrai] Jamais [nous] n'aurons tel aise [facilité] de nos hontes vengier Seigneur, dit l'apostoles, moult est cist hontes lais Du tort et de la honte [je] me vorroie vengier Car grant honte li faites [au roi] quant en sa curt entrez, Cum en feu e en flambe de vostre cruiz [croix] armez Erramment passa mer senz cungié de vescunte, Ne fist à sun prelat n'a saint iglise hunte ; Set ans fu en eissil XIIIe s.…
Émile Littré, Dictionnaire de la langue française — domaine public. Numérisation XMLittré, François Gannaz (CC BY-SA 3.0).
Académie française, 8e édition (1935)
n. f.
Sentiment pénible excité dans l’âme par la conscience d’une faute commise et la confusion, le trouble qu’on en ressent. Avoir honte de mentir. Il a honte d’avoir fait cette mauvaise action. Il a honte de se montrer. La honte le retient. Il y a une bonne et une mauvaise honte. Il ne faut pas avoir honte de bien faire. J’éprouvais à leur aspect une sorte de honte. Rougir de honte. Pleurer de honte. Vous devriez mourir de honte. N’avez-vous point honte de manquer de parole, de vous comporter avec cette indécence? J’en ai honte pour vous. J’aurais honte de rapporter les propos indécents qu’il tenait. Je ne puis, sans quelque honte, vous faire cet aveu. Je puis l’avouer sans honte. Toutes les hontes sont accumulées sur sa tête.
Fausse honte, mauvaise honte, Honte mal placée qui provient d’un scrupule excessif ou d’une faiblesse de caractère et fait qu’on est confus de choses méritoires. C’est une mauvaise honte. Manquer au devoir par fausse honte. Une sotte honte le retint.
Faire honte à quelqu’un, Lui causer de la honte, être un sujet de honte pour lui. Ils tirent vanité de ce qui devrait leur faire le plus de honte. Cet écolier fait honte à tous les autres par son application. Votre activité fait honte à ces paresseux. Faire honte à quelqu’un signifie encore Faire à quelqu’un des reproches qui lui causent de la honte, de la confusion; et alors honte est souvent accompagné d’un complément. Faites-lui honte, il le mérite bien. Faites- lui honte de sa paresse. On lui en a bien fait honte.
Poétiquement, et en parlant des Choses, Faire honte, Effacer, éclipser. La blancheur de son teint fait honte à la neige.
Prov. et fig., Avoir perdu toute honte, être sans pudeur, être insensible au déshonneur. On dit dans le même sens Avoir toute honte bue, mettre bas toute honte.
Prov., Revenir, s’en retourner avec sa courte honte, Revenir, s’en retourner après avoir essuyé un affront, un refus, ou sans avoir rien fait de ce qu’on s’était promis de faire.
Il signifie encore Humiliation, déshonneur. Essuyer la honte d’un refus, d’une disgrâce. La honte doit en retomber sur lui. Il n’en recueillera que de la honte. Cette action imprime à sa mémoire une honte éternelle. Couvrir quelqu’un de honte. Effacer la honte d’une mauvaise action. Il y a de la honte à se conduire ainsi. Il n’y a pas de honte à être pauvre. Elle se vit contrainte d’avouer sa honte. Pleurer sa honte. Quelle honte pour nous! à la honte de la raison, du bon sens.
être la honte, faire la honte de sa famille, etc., Lui faire un grand déshonneur. Les mauvais ouvrages, les ouvrages immoraux font la honte de leurs auteurs. De tels hommes sont la honte de l’humanité.
Dictionnaire de l'Académie française, huitième édition (1932-1935) — domaine public. Numérisation ATILF/Chicago, conversion communautaire.
Grammaire et formes (2)
- hontes — pluriel — /ɔ̃tə/
- honte — singulier — /ɔ̃tə/
Source de l'entrée : Morphalou 3.1, licence LGPL-LR — entrée honte#31666.