guère

guère

adverbe, /ɡɛʁə/

Témoignages historiques

Frise des témoins : Littré 1873 (6 sens) — Académie 1935 (2 sens)

Littré (1873)

  1. Adv. signifiant beaucoup, mais qui n'est de nos jours employé qu'avec la négation ; combinaison qui a le sens de peu. La négation peut être dans le membre de phrase principal, et guère dans le membre relatif. Guère se construit avec rien, qui alors a son sens propre de quelque chose.

    Je ne puis m'empêcher de vous dire que cette générosité vous a pensé coûter bien cher, et qu'il ne s'en est guère fallu que ces pierres n'aient été des pierres de scandale pour vous — Voiture (1597-1648)

    Une douleur si sage et si respectueuse, Ou n'est guère sensible ou guère impétueuse — Pierre Corneille (1606-1684)

  2. Ne.... guère...., presque point. Ne.... guère.... que...., à peu près seulement. Il n'y a guère que vous qui ayez lu ce livre.

    C'est un don que le ciel ne nous refuse guère — Jean Racine (1639-1699)

    On remarque toujours qu'il n'y a guère de grand homme qui n'ait aimé les lettres — Voltaire (1694-1778)

  3. Guère précédé de la préposition à.

    Vous savez que Mademoiselle a chassé Guilloire ; le pauvre Segrais ne tient à guère — Mme de Sévigné (1626-1696)

  4. Guère précédé de la préposition de.

    Vous voyez qu'il ne s'en faut de guère que je ne réclame — Guez de Balzac (1597-1654)

    L'un fait beaucoup de bruit qui ne lui sert de guères ; L'autre en toute douceur laisse aller les affaires — Molière (1622-1673)

  5. Guère suivi de la préposition de. Il n'a guère d'argent.

    Il [un certain principe] ne servira plus à guère de gens — Pascal (1623-1662)

  6. Dans le langage très familier, on sous-entend dans quelques cas la négation ; ce qui donne à guère le sens de peu. Je vais vous verser du vin. - Guère, je vous prie. C'est-à-dire n'en versez guère. De la sorte le sens de peu dans guère n'est qu'apparent. D'ailleurs, cette locution, très familière et très elliptique, ne pourrait pas être écrite. On dit de même elliptiquement et familièrement : La ville avait une demi-lieue de tour, ou guère moins. Dans le style écrit on devrait dire : peu moins.

Étymologie : Picard, ouère, wère ; wallon, wair ; provenç. gaire, guaire ; ital. gari. On l'a tiré de l'allemand gar, anciennement garo, qui signifie tout à fait. Diez, au contraire, remarquant que les formes guaire, guari, ouère répondent à un double w allemand, propose l'ancien haut-allemand wâri, qui signifie vrai ; guère voudrait dire vraiment, et de vraiment à beaucoup il n'y a pas loin. Cette étymologie, bonne pour la forme, ne l'est pas autant pour le sens. Aussi Diez lui-même est venu à en douter, remarquant qu'il serait singulier que wâri, employé pour beaucoup dans les langues romanes, n'eût jama

Historique : XIe s. Li quens Rolanz ne li est guaires loin Et or [je] sai bien, n'avons guaires à vivre XIIe s. Si metomes un terme prochain, ne demort gaire, Puis seromes ensemble pour faire au roi contraire Si metomes un jour prochain, jusqu'à ne gaire XIIIe s. [Ours] Qui mangée l'auront ains que soit guere tart Il n'i a si fol ne si sage, S'il a guere esté en menage, Qu'il ne le doute XIVe s. S'il eust guerres vesqu, il eust conquis toute Italie XVe s. .... Et que, si je demeurois au pays gueres de temps, le roi, par mauvaise et fausse information, me feroit mourir Nous voyons nostre prince qui depuis q…

Émile Littré, Dictionnaire de la langue française — domaine public. Numérisation XMLittré, François Gannaz (CC BY-SA 3.0).

Académie française, 8e édition (1935)

adv.

  1. Il ne s’emploie qu’avec la particule NE pour signifier Pas beaucoup. Il n’a guère d’argent. Il n’a guère de voix. Il n’a guère dormi. Elle n’a guère moins de trente ans. Il n’est guère sage. Ce vin n’est guère bon. Vous ne venez guère nous voir. Il ne s’en soucie guère. La paix ne dura guère. Il n’a plus guère à vivre. Il ne s’en est guère fallu.

  2. Il s’emploie aussi entre NE et QUE signifiant Seulement, et alors il a le sens de Presque. Je ne vois guère que lui qui soit capable de faire cela. Cela n’arrive guère qu’en hiver. Ce mot ne s’emploie guère, n’est guère usité que dans telle phrase.

Dictionnaire de l'Académie française, huitième édition (1932-1935) — domaine public. Numérisation ATILF/Chicago, conversion communautaire.

Grammaire et formes (1)
  • guère — forme de base — /ɡɛʁə/

Source de l'entrée : Morphalou 3.1, licence LGPL-LR — entrée guère#30695.

Entrée morphologique (v0.1). Données JSON : lemme.