gré
nom, masculin, /ɡʁe/
Témoignages historiques
Frise des témoins : Littré 1873 (3 sens) — Académie 1935 (9 sens)
Littré (1873)
s. m.
Ce qui plaît, ce qui convient, ce qui est agréable à la volonté. Se marier contre le gré de ses parents. Il est allé de son gré, contre son gré. Ce n'a pas été de son plein gré. Avoir quelque chose en gré, le recevoir en gré, le prendre en gré, agréer, trouver bon quelque chose, y prendre plaisir. Dans le langage ascétique. Prendre en gré, recevoir avec résignation. Il faut prendre en gré les afflictions que Dieu nous envoie. Prendre en gré quelqu'un, l'avoir pour agréable, se plaire avec lui. Prendre en gré de... , vouloir, consentir. À gré, agréable, qui convient. Trouver quelqu'un à son gré, le trouver agréable, trouver qu'il plaît ; cela se dit souvent d'un homme à l'égard d'une femme, ou d'une femme à l'égard d'un homme. Au gré de, suivant la volonté de, suivant le désir, suivant ce qui plaît à. Fig. Voguer au gré des flots. Fig. De gré ou de force, de bonne volonté ou malgré soi. De gré à gré, à l'amiable, en y consentant de part et d'autre. Fig. Scarron a dit : gré à gré. L'argent qu'on leur donne ne s'exige point, mais se donne gré à gré, Œuv. t. I, p. 218.
On la considère comme ayant agi contre son gré — Pascal (1623-1662)
Les affections sont aussi différentes que le sont les caractères, et le gré de l'un est souvent tout opposé à celui de l'autre — Bourdaloue (1632-1704)
Bon gré, bonne, franche volonté de faire quelque chose. Bon gré mal gré, volontairement ou de force. Bon gré mal gré qu'il en ait, c'est-à-dire qu'il le veuille ou non.
Il [Jésus] n'a point été traîné par force à l'autel ; c'est une victime obéissante qui va de son bon gré à la mort — Bossuet (1627-1704)
Aucun commissaire espagnol ne trahit son correspondant français ; cette fidélité, si honorable à la nation espagnole, prouve bien que les hommes n'obéissent de bon gré qu'aux lois qu'ils se sont faites pour le bien de la société — Voltaire (1694-1778)
Gratitude, reconnaissance. Savoir gré, savoir bon gré, beaucoup de gré, un gré infini, être satisfait, très satisfait. Je lui en sais le meilleur gré du monde. Se savoir gré, bon gré de, s'applaudir de. Savoir mauvais gré, savoir peu de gré, être mal satisfait.
Peut-être qu'il eut peur De perdre, outre son dû, le gré de sa louange — La Fontaine (1621-1695)
Que cette suite de travaux Pour récompense avait, de tous tant que nous sommes, Force coups, peu de gré — La Fontaine (1621-1695)
Étymologie : Provenç. grat ; espagn. port. et ital. grato ; du latin gratum, chose agréable. Gratus a la forme d'un participe passif ; d'après Curtius, la racine en est le sanscrit har (ghar) désirer, qui se trouve aussi dans χαίρω, réjouir, χάρις, grâce ; au contraire Böthlingck et Roth comparent gratus au sanscrit gurta, bienvenu, agréable.
Historique : XIe s. Sire compain, faites le vous de gred [exprès] ? XIIe s. La reregarde faites de moult bon gré À peines iert [sera] acomplis Li servirs dont j'atent gré ....Encor [elle] me saura gré De mon travail et de ma longue peine Car qui le sien done retraanment [de mauvaise grâce], Son gré en pert.... Sire quens [comte], fait li reis, bien sai par verité, Quant servi sun seignur par si grant leauté, S'eüst esté mis huem, qu'il me servist à gré L'apostolies [le pape] l'asiet [Thomas] juste lui erramment, E bien seit il venuz, co li ad dit suvent ; E mult li seit bon gré que si grant fais enprent, Q…
Émile Littré, Dictionnaire de la langue française — domaine public. Numérisation XMLittré, François Gannaz (CC BY-SA 3.0).
Académie française, 8e édition (1935)
n. m.
Volonté, caprice, fantaisie. Se marier contre le gré de ses parents. Donner les emplois et les retirer à son gré. Vous pouvez, à votre gré, partir ou rester. Tout marche à son gré. Tout réussit à mon gré. Fig., Errer sur la mer au gré des vents, au gré de la tempête. Se laisser aller au gré du courant. Il change d’opinion au gré des événements. Tout s’arrange au gré de nos voeux, de nos désirs.
Il signifie particulièrement Bonne, franche volonté qu’on a de faire quelque chose. Il y est allé de son gré, de son bon gré, contre son gré. Ce n’a pas été de son gré, de son plein gré. Il le fera de gré ou de force.
Bon gré, mal gré, Volontairement ou de force. Il viendra bon gré ou mal gré. Sur malgré, préposition, voir ce mot.
De gré à gré, à l’amiable, en se mettant d’accord. Ils ont fait cela de gré à gré. Marché fait de gré à gré.
Il se prend aussi pour Goût, sentiment, opinion. Cela est-il à votre gré? à mon gré, ce discours est très beau.
Avoir quelque chose en gré, le recevoir, le prendre en gré. Agréer, trouver bon quelque chose, y prendre plaisir. Prenez en gré l’avis que je vous donne. Cela se dit aussi en parlant des Personnes. Il m’a pris fort en gré.
Dans le langage ascétique, Prendre en gré, Recevoir avec patience, avec résignation. Il faut prendre en gré les afflictions que Dieu nous envoie.
Il signifie encore Gratitude, reconnaissance. Dans ce sens il n’est plus guère usité que dans les locutions suivantes : Savoir gré, savoir bon gré, beaucoup de gré, savoir mauvais gré, peu de gré à quelqu’un, être satisfait, être mal satisfait d’une chose qu’il a dite ou faite; être content ou mécontent de sa conduite, de son procédé. Je lui sais gré de ce qu’il a fait. Je lui en sais bon gré, beaucoup de gré, un gré infini, le meilleur gré du monde.
Se savoir bon gré d’avoir fait quelque chose, S’en applaudir.
Dictionnaire de l'Académie française, huitième édition (1932-1935) — domaine public. Numérisation ATILF/Chicago, conversion communautaire.
Grammaire et formes (2)
- grés — pluriel — /ɡʁe/
- gré — singulier — /ɡʁe/
Source de l'entrée : Morphalou 3.1, licence LGPL-LR — entrée gré#30512.