gorgé · gorge

gorgé

adjectif, /ɡɔʁʒe/

Témoignages historiques

Frise des témoins : Littré 1873 (5 sens) — Académie 1935 (2 sens)

Littré (1873)

part. passé

  1. À qui on a mis de l'aliment dans la gorge. Pigeon gorgé.

  2. Qui a beaucoup mangé. Un enfant gorgé de bonbons. Terme de fauconnerie. Se dit d'un oiseau qui est repu. Fig. Gorgé de richesses, de plaisirs.

  3. Terme de blason. Lion, cygne, ou autre animal gorgé, celui qui a le cou ceint d'une couronne, dont l'émail est différent de celui de l'animal.

  4. Dont les interstices sont remplis d'un liquide quelconque. Ce terrain est gorgé d'humidité. Terme de vétérinaire. Ce cheval a les jambes gorgées, il a les jambes enflées.

  5. S. m. Espèce de papillon.

Émile Littré, Dictionnaire de la langue française — domaine public. Numérisation XMLittré, François Gannaz (CC BY-SA 3.0).

Académie française, 8e édition (1935)

adj.

  1. Qui a beaucoup de voix, une bonne voix, en parlant d’un Chien. Un chien bien gorgé.

  2. Il signifie spécialement, en termes de Blason, Qui a le cou ceint d’une couronne dont l’émail est différent de celui de l’animal, en parlant d’un Lion, d’un cygne ou de quelque autre animal.

Dictionnaire de l'Académie française, huitième édition (1932-1935) — domaine public. Numérisation ATILF/Chicago, conversion communautaire.

Grammaire et formes (4)
  • gorgées — pluriel féminin — /ɡɔʁʒe/
  • gorgés — pluriel masculin — /ɡɔʁʒe/
  • gorgée — singulier féminin — /ɡɔʁʒe/
  • gorgé — singulier masculin — /ɡɔʁʒe/

Source de l'entrée : Morphalou 3.1, licence LGPL-LR — entrée gorgé#29884.

gorge

nom, féminin, /ɡɔʁʒə/

Définitions

  1. Partie antérieure du cou ; gosier, passage entre la bouche et l'œsophage.

    Définition Francorium (CC BY-SA 4.0) — relu en interne · méthode.

  2. Vallée étroite et encaissée creusée par un cours d'eau.

    Définition Francorium (CC BY-SA 4.0) — relu en interne · méthode.

Expressions : avoir un chat dans la gorge

Témoignages historiques

Frise des témoins : Littré 1873 (15 sens) — Académie 1935 (23 sens)

Littré (1873)

s. f.

  1. La partie antérieure du cou. Il a la gorge enflée. Mettre, tenir le poignard, le pistolet sur la gorge de quelqu'un. Tendre la gorge au couteau, ou, simplement, tendre la gorge, présenter la gorge pour être égorgé. Fig. Tendre la gorge, ne plus faire de résistance, renoncer à une résistance inutile. Tenir quelqu'un à la gorge, lui serrer la gorge avec les mains. Se tenir à la gorge, se dit de deux hommes qui se sont saisis l'un l'autre à la gorge. Fig. Tenir quelqu'un à la gorge, le réduire dans un état où il ne peut plus faire de résistance. Fig. En un autre sens, accabler, tourmenter. Fig. Prendre quelqu'un à la gorge, lui faire violence, le presser sans relâche. Fig. Tenir le pied sur la gorge à quelqu'un, lui mettre, lui tenir le pistolet, le poignard, le couteau sur la gorge, lui porter un poignard à la gorge, lui faire violence. Par plaisanterie, la bourse sur la gorge, en offrant de l'argent. Fig. Avoir le poignard, le couteau sur la gorge, se dit de la personne qui est l'objet d'une violence. Couper la gorge à quelqu'un, le tuer, l'égorger. Des voleurs lui coupèrent la gorge. Fig. Couper la gorge à quelqu'un, le ruiner, faire avorter ses desseins, lui faire le plus grand tort. Il se dit aussi de ce qui ruine, perd, fait tort. Cet argument, cette pièce lui coupe la gorge, lui ôte tout moyen de se défendre, de soutenir ses prétentions. On dit dans le même sens : Vous vous coupez la gorge par cette pièce. Fig. Couper la gorge à quelqu'un, lui gagner tout son argent au jeu. Se couper la gorge, se donner la mort en s'ouvrant la gorge. Se couper la gorge l'un l'autre, s'entre-tuer. Se couper la gorge avec quelqu'un, se battre avec lui. Il en a menti par sa gorge, il en a audacieusement menti ; locution prise des combats judiciaires du moyen âge. Cet homme est chatouilleux de la gorge, s'est dit d'un fripon exposé à être pendu.

    Mettre, tenir le pied sur la gorge à quelqu'un

    Il semblait présenter sa gorge au coup mortel — Pierre Corneille (1606-1684)

  2. Gorge se dit aussi des animaux. Le dogue prit le loup à la gorge. Pigeon à grosse gorge. Ce moineau est mâle, il a la gorge noire. Fig. C'est un franc mâle, il a la gorge noire, signifie : c'est un bon compagnon.

  3. Le dedans de la gorge, gosier. Mal de gorge. L'entrée de la gorge. Se mettre les doigts dans la gorge. Arroser la gorge, boire. On dit qu'un ris ne passe pas le nœud de la gorge, quand il est contraint, forcé. Rire, crier à gorge déployée, à pleine gorge, rire, crier de toute sa force. Par opposition à gorge déployée. À pleine gorge, en remplissant la gorge. Il sent l'eau-de-vie à pleine gorge. Fig. Fig. Faire rentrer à quelqu'un les paroles dans la gorge, l'obliger à rétracter ce qu'il a dit. Terme de musique vocale. Chanter de la gorge, chanter en resserrant la gorge avec effort. On dit dans le même sens : voix de la gorge.

    Un dragon enivré des plus mortels poisons.... Vomissant mille traits de sa gorge enflammée — Pierre Corneille (1606-1684)

    Haro ! la gorge m'ard, Tôt ! tôt, dit-il, que l'on m'apporte à boire — La Fontaine (1621-1695)

  4. Terme de chasse. On dit qu'un chien a belle gorge, quand il a la voix grosse et forte.

  5. Terme de fauconnerie. Gorge, le sachet supérieur de l'oiseau, qui se nomme vulgairement poche. Par métonymie, ce qui entre dans la gorge de l'oiseau, l'aliment qu'on lui donne. Enduire la gorge, se dit de l'oiseau qui digère trop vite les aliments. Donner bonne gorge, repaître généreusement un oiseau. Donner grosse gorge à un oiseau, lui donner une nourriture qui n'est pas détrempée dans l'eau. Gorge chaude, la chair des animaux vivants que l'on donne aux oiseaux de proie. Par extension. Fig. et familièrement. Faire gorge chaude de quelque chose, se l'approprier (emploi qui a vieilli). Il comptait avoir cette succession, et en faire une gorge chaude, une bonne gorge chaude. Fig. Faire des gorges chaudes, une gorge chaude de quelqu'un, ou de quelque chose, faire des plaisanteries, exercer sa malignité. Voler sur sa gorge, se dit de l'oiseau qui vole après le gibier, aussitôt après s'être repu ; et fig. d'une personne qui danse aussitôt après être sortie de table. Rendre gorge, se dit de l'oiseau qui rend la viande qu'il a avalée. Par extension, rendre gorge, rendre ou vider sa gorge, vomir après un excès. Fig. Rendre gorge, restituer par force ce qu'on a pris ou acquis par des voies illicites. Faire rendre gorge à quelqu'un, l'obliger à restituer ce qu'il a pris.

    Mettez les hommes chacun à part soi, que sera-ce qu'une gorge chaude au reste des animaux, et un peu de sang, qu'ils auront plus tôt épandu que désiré ? — Malherbe (1555-1628)

    Notre bonne commère S'efforce de tirer son hôte au fond de l'eau, Contre le droit des gens, contre la foi jurée, Prétend qu'elle en fera gorge chaude et curée — La Fontaine (1621-1695)

  6. Le sein d'une femme. Elle a une belle gorge, la gorge plate, trop de gorge. La gorge, la partie supérieure de la chemise d'une femme.

    Sa gorge est blanche, pleine, et l'on ne saurait voir Dans toute la nature une gorge plus belle — Mme Deshoulières (1638-1694)

    Des faiseurs de stances et d'élégies amoureuses, de ces beaux esprits qui tournent un sonnet sur une absence ou sur un retour, qui font une épigramme sur une belle gorge, un madrigal sur une jouissance — La Bruyère (1645-1696)

  7. Entrée, ouverture plus ou moins rétrécie de certaines choses. La gorge d'une tabatière. Les pots à fleurs seront marqués et contremarqués au corps ; la gorge ou collet et carré du pied seront marqués du poinçon du maître, Règl. du 30 déc. 1679. La gorge d'une poulie, la cannelure qui règne sur la circonférence d'une poulie, et dans laquelle passe la corde. Partie de l'éventail sur laquelle est attaché un clou rivé qui retient les brins. Espèce d'étranglement que l'on forme à l'orifice de la cartouche d'une fusée. La gorge d'une cheminée, la partie qui s'étend depuis le chambranle jusqu'au couronnement du manteau. En termes d'architecture, la gorge des chapiteaux dorique et toscan en est la partie la plus étroite qui se nomme aussi gorgerin et colerin. Terme de charpenterie. Gorge d'amaigrissement, entaillement fait à angle aigu dans une pièce de charpente. Terme de botanique. L'entrée du tube d'une corolle, d'un calice ou d'un périgone.

  8. Passage étroit entre deux montagnes.

    Les peuples qui demeurent dans les cavernes, dans les îles, dans les marais, dans les gorges de montagnes, dans les rochers, conservent leur liberté comme les Suisses, les Grisons, les Vénitiens, les Génois — Voltaire (1694-1778)

    De la plupart des lacs sortent des torrents qui, avec le temps, ont creusé des gorges d'une profondeur effrayante — Raynal (1713-1796)

  9. Terme de fortification. Entrée d'une fortification du côté de la place. La gorge d'un bastion. La gorge d'une redoute, l'entrée de la redoute du côté de celui qui l'a construite pour se défendre. Demi-gorge, ligne qui va de l'angle de la courtine au centre du bastion.

    Le roi [Murat] lui montre le nouveau flanc de l'ennemi : il faut l'enfoncer jusqu'à la hauteur de la gorge de leur grande batterie [des Russes] ; là, pendant que la cavalerie légère poussera son avantage, lui, Caulaincourt, tournera subitement à gauche avec ses cuirassiers, pour prendre à dos cette terrible redoute — Philippe-Paul de Ségur (1780-1873)

  10. Échancrure au bassin à barbe, dans laquelle on met le cou pour se faire faire la barbe.

  11. En termes d'architecture, une moulure concave.

  12. Pièce de bois en forme de gorge, qu'on place au bas d'une carte de géographie pour la maintenir tendue, et dans laquelle se loge la carte quand elle a été mise en cylindre sur son rouleau.

  13. Nom qu'on donne, dans les environs de Paris, au froment qui reste dans les gerbes après qu'on en a ôté la semence par un léger battage.

  14. Nom de différents oiseaux. Gorge blanche, sylvie grisette et mésange nonnette. Gorge bleue, la motacille suédoise de Gmelin et la fauvette gorge bleue de certains auteurs. Grosse gorge, le combattant, oiseau. Gorge jaune, le figuier ou fauvette trichas. Gorge noire, le rossignol des murailles. Gorge une, espèce de perdrix. Rouge gorge, voy ROUGE-GORGE.

  15. Terme de manége. Gorge de pigeon, espèce d'embouchure pour le cheval.

Étymologie : Provenç. gorga, gorja ; portug. gorja ; ital. gorga, gorgia ; du latin gurges. gouffre ; la gorge ayant été comparée à une ouverture béante. Comp. le sanscr. gargara, tourbillon, radical gar, avaler.

Historique : XIIe s. Del gros del poing li a tele donée, à pou la gorge ne lui a effondrée XIIIe s. Nois [neige] qui par iver s'apure Est, envers sa gorge [d'une dame], oscure à remirer XIVe s. Vers lui s'adresce touz iriez, Si avoit haucié le pié destre, Dessus la gorge li volt metre Qui miex l'en cuidoit mestroier Et cil par la gorge l'aert, à deus poins l'estraint, si l'estrangle Et ausi puent à Dieu les gorges où traïson est et mençonge Li essaucement de Dieu sunt en leur gorges [des fidèles] XVe s. Et furent ceux de la garnison d'Ardembourch plus soigneux de garder leur ville.... et honorerent grandem…

Émile Littré, Dictionnaire de la langue française — domaine public. Numérisation XMLittré, François Gannaz (CC BY-SA 3.0).

Académie française, 8e édition (1935)

n. f.

  1. Partie antérieure du cou. On le dit aussi en parlant des Animaux. Un chien qui prend un taureau à la gorge. Pigeon à grosse gorge.

  2. Couper la gorge à quelqu’un, L’égorger, le tuer. Se couper la gorge.

  3. Se couper la gorge l’un à l’autre, S’entre-tuer. Si vous n’allez pas apaiser la querelle, ils se couperont la gorge.

  4. Se couper la gorge avec quelqu’un, Se battre en duel avec lui. Il veut se couper la gorge avec son rival.

  5. Gorge-de-pigeon, Couleur composée et mélangée qui parait changer suivant les différents aspects du corps coloré, comme celle de la gorge des pigeons. Du taffetas gorge-de- pigeon. Une robe gorge-de-pigeon.

  6. Fig., Tendre la gorge, Livrer sa vie, sans résistance, à un assassin.

  7. Fig., Tenir quelqu’un à la gorge, Le réduire dans un état à ne pouvoir faire aucune résistance à ce qu’on veut de lui.

  8. Fig., Prendre quelqu’un à la gorge, Le contraindre avec violence à faire quelque chose. S’il n’a point d’argent pour vous payer, le prendrez-vous à la gorge? On dit, dans le même sens, Tenir le pied sur la gorge à quelqu’un; lui mettre, lui tenir le pistolet, le couteau, le poignard sur la gorge; et, dans un sens analogue, Avoir le poignard, le couteau sur la gorge, en parlant de la Personne qui est l’objet d’une violence.

  9. Il désigne spécialement le Cou et le sein d’une femme. Elle a la gorge belle. Elle a la gorge plate. Montrer, découvrir sa gorge. Cacher, couvrir sa gorge. Avoir la gorge découverte.

  10. Il désigne, par extension, la Partie supérieure de la chemise d’une femme.

  11. Il se prend aussi pour le Gosier. Avoir mal à la gorge. Avoir un mal de gorge. Il lui est resté une arête, un os dans la gorge.

  12. En termes de Musique vocale, Chanter de la gorge, se dit d’un Chanteur qui ne sait modifier sa voix qu’en resserrant la gorge avec effort. On dit, dans le même sens, Voix de la gorge.

  13. Rire à gorge déployée, crier à pleine gorge, Rire, crier de toute sa force.

  14. Il a menti par la gorge, se dit pour donner fortement un démenti à quelqu’un. Vous en avez menti par la gorge.

  15. Fig. et fam., Faire rentrer à quelqu’un les paroles dans la gorge, L’obliger à désavouer les propos offensants qu’il a tenus.

  16. Pop., Rendre gorge, Vomir après avoir trop bu ou trop mangé. Il signifie, figurément et familièrement, Restituer par force ce qu’on a pris, ce qu’on a acquis par des voies illicites. Cet intendant s’était scandaleusement enrichi : on lui a fait rendre gorge.

  17. En termes de Fauconnerie, Gorge chaude, La chair des animaux vivants que l’on donne aux oiseaux de proie.

  18. Fig. et fam., Faire des gorges chaudes, Faire des plaisanteries plus ou moins malveillantes sur quelqu’un ou quelque chose. L’accoutrement de cet original parut très ridicule : on en fit des gorges chaudes.

  19. Il désigne, par analogie, l’Entrée, l’ouverture, l’orifice de certaines choses. Arriver à la gorge d’un souterrain.

  20. Il se dit encore d’un Passage entre deux montagnes. Les gorges du Tarn, du Var. L’armée souffrit beaucoup en traversant les gorges étroites de ces montagnes.

Dictionnaire de l'Académie française, huitième édition (1932-1935) — domaine public. Numérisation ATILF/Chicago, conversion communautaire.

Grammaire et formes (2)
  • gorges — pluriel — /ɡɔʁʒə/
  • gorge — singulier — /ɡɔʁʒə/

Source de l'entrée : Morphalou 3.1, licence LGPL-LR — entrée gorge#29875.

Entrée morphologique (v0.1). Données JSON : lemme.