Littré (1873)
s. f.
Faisceau de blé coupé. Lier en gerbe. Lier des gerbes. Un saint en gerbe, un homme confit en sainteté ; locution tombée en désuétude.
La gloire des méchants est pareille à cette herbe Qui, sans porter jamais ni javelle ni gerbe, Croît sur le toit pourri d'une vieille maison — Malherbe (1555-1628)
Et ne me quitter point que vous n'eussiez fait de moi un petit saint en gerbe — Scarron (1610-1660)
Absolument. Terme de féodalité. Dîme sur les moissons. Lever la gerbe. Faire la gerbe de feurre à Dieu, donner au curé pour la dîme la plus méchante gerbe, celle où il y a le plus de feurre [paille] et le moins de grain. Cette locution s'est corrompue en : faire barbe de feurre à Dieu (voy. BARBE).
Gerbe de fleurs, gros bouquet de fleurs. Terme de vannerie. Gerbe d'osier, botte de branches d'osier.
Elle vint me présenter une gerbe de fleurs ornée de rubans — GRAFFIGNY
Fig. Gerbe d'eau, sorte de faisceau que font plusieurs jets d'eau. La gerbe du Palais-Royal. Terme d'artificier. Gerbe de feu, ou, simplement, gerbe, assemblage de fusées qui partent ensemble dans un feu d'artifice. Il se dit semblablement de tout ce que l'on compare à une gerbe d'eau, à une gerbe de feu.
De ces monstres des mers, dont la puissante haleine Avec un bruit horrible élance en gerbes d'eaux L'océan revomi par leurs larges naseaux — Jacques Delille (1738-1813)
Les petits volcans des pentes orientales forment de petits cônes hauts d'un demi-mètre environ, au sommet desquels est une ouverture d'où s'échappe la gerbe d'eau bouillante — LAUR
Terme d'astronomie. Un des noms de la Chevelure de Bérénice. Mieux vaut le lien que la gerbe, la personne est indigne de l'habit qu'elle porte.
Étymologie : Picard, guerbe, garbe ; wallon, jâbe ; namur. jaube ; Hainaut, garpe ; provenç. et espagn. garba ; de l'anc. haut-allem. garba ; allem. mod. Garbe ; holland. garf. On peut le rapprocher du lat. carpere, couper, cueillir, et du grec ϰαρπὸς, fruit.
Historique : XIIIe s. Par vos perdi-ge mon froment, Où j'avoie la quarte jarbe Cil ne fet pas de son camparte ce qu'il doit, qui emporte ses garbes, anchois [avant] qu'eles soient camparties XIVe s. La charretée d'oignons en gerbe paiera, chascune charretée, une gerbe de paaige XVe s. Chenes, coliers, afiquetz, pierreries, Ainsi qu'on dit en un commun proverbe, Tant en avoit que c'estoit diablerie ; Brief, mieux valoit le lyen que la gerbe XVIe s. Les assemblées qui souvent se font aux provinces pour decider querelles, ou pour lever gerbe, seroyent alors converties en douces et agreables contentions
Émile Littré, Dictionnaire de la langue française — domaine public. Numérisation XMLittré, François Gannaz (CC BY-SA 3.0).