gâter

gâter

verbe, /ɡate/

Définitions

  1. Détériorer quelque chose, le mettre en mauvais état.

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  2. Se décomposer, s'altérer sous l'effet du temps ou de la chaleur, en parlant d'un aliment.

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  3. Combler un enfant d'indulgence et de cadeaux au point de nuire à son éducation.

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  4. Fig. Altérer ou ruiner un plaisir, une entente ou une situation favorable par excès, maladresse ou négligence.

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Voir aussi : donne se gâter

Témoignages historiques

Frise des témoins : Littré 1873 (14 sens) — Académie 1935 (13 sens)

Littré (1873)

v. a.

  1. Ravager, dévaster (sens vieilli). L'armée ennemie gâta le pays en se retirant.

    Son discours dura tant que la maudite engeance Eut le temps de gâter en cent lieux le jardin — La Fontaine (1621-1695)

  2. Mettre en mauvais état, détériorer. Le tailleur a gâté votre habit. Il a gâté sa maison en la voulant embellir. Fig. L'âge a gâté la main à ce peintre, à ce chirurgien, à cet écrivain, il leur a rendu la main moins légère. Fig. Se gâter la main, s'habituer à négliger les règles de l'art en faisant des travaux peu soignés.

    Si je gâte ces fleurs, tu les peux corriger — Rotrou (1609-1650)

    Les Russes se retirèrent vers le Borysthène, gâtant tous les chemins — Voltaire (1694-1778)

  3. Par extension, il se dit des choses qui ôtent la forme, la régularité.

    On ne s'en tint pas à l'utile, on voulut des embellissements ; des maisons de pierre gâtaient la place du palais [à Vitepsk], l'empereur ordonna à sa garde de les abattre et d'en enlever les débris — Philippe-Paul de Ségur (1780-1873)

  4. Fig. Altérer les choses morales, intellectuelles, les affaires. L'affectation gâte les dons naturels. Ces fâcheux souvenirs vinrent gâter notre plaisir. Familièrement. Gâter les affaires, empêcher, par imprudence ou par malice, qu'une affaire ne se conclue, qu'un raccommodement ne s'accomplisse, etc. On dit dans le même sens : Cet événement pourrait bien gâter les affaires. Gâter ses affaires, perdre la faveur qu'on avait auprès d'une personne. En un sens contraire. Cela ne gâtera rien, il n'en résultera aucun dommage pour l'affaire dont il s'agit. Ce qui ne gâte rien, s'ajoute à une phrase pour relever quelque qualité ou circonstance. Il est bel homme, et de plus riche, ce qui ne gâte rien. Gâter le métier, faire trop bon marché de sa peine ou de sa marchandise, en sorte que cela fait tort aux autres. Fig. Gâter le métier, faire que ce que font les autres paraît peu de chose. C'est un mari trop complaisant pour sa femme, il gâte le métier.

    Pour moi je ne tiens pas, quelque effet qu'on suppose, Que la science soit pour gâter quelque chose — Molière (1622-1673)

    Vous savez que votre présence ne gâte jamais rien — Molière (1622-1673)

  5. Salir, tacher. Ces éclaboussures ont gâté mon habit. Fig. Gâter du papier, écrire beaucoup et mal, ou écrire des choses inutiles.

    Il disait bien, car on n'avait jeté Cette immondice et la dame gâté, Qu'afin qu'elle eût quelque valable excuse Pour éloigner son dragon quelque temps — La Fontaine (1621-1695)

  6. Gâter quelqu'un, nuire à sa réputation, le desservir. Cette action l'a bien gâté dans le monde, dans l'esprit des honnêtes gens.

    Puisque je ne trouvais pas ce service [les sacs] au-dessous de moi, les gendarmes et les chevau-légers ne seraient ni déshonorés ni gâtés de m'imiter — Saint-Simon (1675-1755)

  7. Altérer par la putréfaction. La chaleur ne tarde pas à gâter la viande.

  8. Communiquer une maladie honteuse.

    Ah ! voulez-vous, Jean-Jean, nous gâter tous ? — Boileau (1636-1711)

  9. Fausser le jugement.

    Notre concitoyen, disaient-ils en pleurant, Perd l'esprit, la lecture a gâté Démocrite — La Fontaine (1621-1695)

    La gangrène ne suppose pas la gangrène dans un corps qu'elle corrompt ; ni par conséquent les hérésiarques ne trouvent pas leur erreur déjà établie dans les esprits qu'elle gâte — Bossuet (1627-1704)

  10. Fig. Corrompre, dépraver. Cette mauvaise connaissance a achevé de le gâter.

    Si le monde ne vous gâtait pas, il vous ennuierait — Mme de Maintenon (1635-1719)

    C'est un fils obéissant, celui-là, qui n'a jamais été gâté par Frontin — David-Augustin de Brueys (1640-1723)

  11. Entretenir les faiblesses, les défauts, les vices de quelqu'un par trop de complaisance, de douceur. On dit familièrement qu'un homme a été gâté, quand, ayant vu trop de belles choses, il devient difficile et dédaigneux.

    Je veux être pendu, si nous ne les verrions [les femmes] Sauter à notre cou plus que nous ne voudrions, Sans tous ces vils devoirs dont la plupart des hommes Les gâtent tous les jours, dans le siècle où nous sommes — Molière (1622-1673)

    Vous me gâtez si fort par l'amitié que vous avez pour moi que.... — Mme de Sévigné (1626-1696)

  12. Se gâter, v. réfl. Devenir détérioré. Il se dit des affaires qui vont mal. Absolument. Cela se gâte, les choses prennent une mauvaise tournure. S'il ne cesse de le taquiner, cela se gâtera, la personne taquinée se fâchera. Le temps, le ciel se gâte, il se couvre de nuages, nous aurons de l'eau.

    Comme il est naturel à l'homme de corrompre les meilleures choses, cette science qui a mérité de si grands éloges, se gâte le plus souvent en nos mains par l'usage que nous en faisons — Bossuet (1627-1704)

    Les affaires de mon père commençaient à se gâter dans le temps qu'il vint à connaître ma mère, et elles ne firent qu'empirer par cet amour et cet attachement qu'il eut pour elle, où tout allait de grand seigneur à grande dame — Lesage (1668-1747)

  13. Être attaqué par la corruption. Ces fruits commencent à se gâter. Ce vin s'est gâté.

  14. Fig. Se salir. Il s'est bien gâté, il s'est bien décrié, sa réputation a bien déchu. Fig. Être changé de bien en mal. Chez ce peuple, le goût et les mœurs se gâtèrent rapidement.

    Les affaires publiques sont souvent sales et pleines d'ordure ; on se gâte pour peu qu'on les touche — Guez de Balzac (1597-1654)

    Mais ne vous gâtez pas sur l'exemple d'autrui — Molière (1622-1673)

Étymologie : Berry, gâter, blesser grièvement ; picard, water ; provenç. gastar, guastar ; espagn. gastar ; ital. guastare ; du latin vastare, ravager, de vastus, vaste, rendre vaste, désoler. Cependant il y a un mot germanique wastjan, ravager, qui a pu contribuer à changer le v latin en g ou gu, mais qui aurait donné plutôt gastir (gastir a existé en effet ; voy. GÂTINE).

Historique : XIe s. Charles li magnes ad Espagne guastede XIIe s. Et joie a povre savor, Qui en tel lieu est gastée Si que mis [mon] sancs i fust en partie wastez Ensi est del felun cum il fu del sengler Dont vus avez oï en Avien cunter, Qui soleit les frumenz al riche humme guaster XIIIe s. ....Li Sarrasin de Perse orent grant force contre les crestiens, et gasterent Jerusalem Lores te metras à la voie, Et si iras par tel convent, Qu'à ton esme [dessein] faudras souvent Et gasteras en vain tes pas, Ce que tu quiers ne verras pas Or m'en lessiés du tout ester [laissez-moi en repos] ; Car vos porriez bien g…

Émile Littré, Dictionnaire de la langue française — domaine public. Numérisation XMLittré, François Gannaz (CC BY-SA 3.0).

Académie française, 8e édition (1935)

v. tr.

  1. Endommager, mettre en mauvais état, abîmer en donnant une mauvaise forme ou autrement. La nielle a gâté les blés. La grêle a gâté les vignes. La petite vérole lui a gâté le teint. La lecture continuelle gâte la vue. Il s’est avisé de retoucher ce tableau et l’a gâté. Fruit gâté. Sa mauvaise grâce a gâté notre plaisir. L’affectation gâte les dons naturels. En voulant refaire son vers, il l’a gâté. Ce trait faux gâte tout le passage.

  2. Fig., L’âge a gâté la main à ce peintre, à ce chirurgien, L’âge lui a rendu la main moins légère, moins sûre.

  3. Fig. et fam., Se gâter la main, S’habituer à négliger les règles de l’art, en faisant des travaux peu soignés. Cet artiste s’est gâté la main.

  4. Fam., Gâter les affaires, Empêcher, par malice ou par gaucherie, qu’un arrangement ait lieu; détruire le bon accord qui règne entre les personnes. C’est un homme sans éducation qui gâtera les affaires. On dit à peu près de même : Cet événement pourrait bien gâter les affaires. Ils étaient sur le point de s’entendre, mais il échappa à l’un d’eux un mot qui gâta les affaires.

  5. Cela ne gâte rien, se dit pour signifier qu’un avantage s’ajoute à d’autres avantages. Ce jeune homme est fort instruit et, ce qui ne gâte rien, il est très bien élevé.

  6. Fig., Gâter le métier, Diminuer le profit de son métier, en donnant sa marchandise ou sa peine à trop bon marché. C’est gâter le métier que de vendre si bon marché cette étoffe. C’est un parrain trop généreux, il gâte le métier. Vous mettez trop de zèle à remplir vos fonctions : vous gâtez le métier.

  7. Il signifie aussi Salir, tacher. Une voiture m’a éclaboussé, et la boue a gâté mon manteau.

  8. Il signifie également Corrompre, dépraver, dévoyer. La lecture des mauvais livres gâte les jeunes gens, leur gâte l’esprit. On l’a gâté par des louanges exagérées et maladroites. Le succès l’a gâté.

  9. Il signifie encore, figurément, Encourager, entretenir quelqu’un dans ses défauts, dans ses vices par trop d’indulgence, de complaisance. Ces parents sont trop faibles : ils gâtent follement leurs fils. à gâter les enfants, on leur rend les plus mauvais services. C’est un enfant gâté. Enfant gâté signifie, par extension, Qui est capricieux, exigeant, d’humeur mobile. C’est un caprice d’enfant gâté. Cette femme est très enfant gâté. Fig., Cet écrivain est l’enfant gâté du public, du succès.

  10. SE GÂTER signifie au propre Se corrompre. La viande se gâte à la chaleur. Ces confitures se gâteront à l’humidité. Ce vin commence à se gâter, se gâte. Ces fruits se sont gâtés.

  11. Il se dit figurément, en parlant des Changements de bien en mal, de la dépravation des moeurs, du goût. Ce jeune homme se gâte depuis qu’il fréquente de mauvais camarades. Je l’ai connu doux et modeste, il s’est gâté au contact des flatteurs. Chez ce peuple, le goût et les moeurs se gâtèrent en même temps.

  12. Le temps se gâte, Le temps commence à devenir mauvais.

  13. Fig. et fam., Cela se gâte, cela commence à se gâter, Les choses prennent, commencent à prendre une fâcheuse tournure.

Dictionnaire de l'Académie française, huitième édition (1932-1935) — domaine public. Numérisation ATILF/Chicago, conversion communautaire.

Grammaire et formes (51)
  • gâterions — conditionnel présent 1ʳᵉ pers. pluriel — /ɡatəʁjɔ̃/
  • gâterais — conditionnel présent 1ʳᵉ pers. singulier — /ɡatəʁɛ/
  • gâteriez — conditionnel présent 2ᵉ pers. pluriel — /ɡatəʁje/
  • gâterais — conditionnel présent 2ᵉ pers. singulier — /ɡatəʁɛ/
  • gâteraient — conditionnel présent 3ᵉ pers. pluriel — /ɡatəʁɛ/
  • gâterait — conditionnel présent 3ᵉ pers. singulier — /ɡatəʁɛ/
  • gâtons — impératif présent 1ʳᵉ pers. pluriel — /ɡatɔ̃/
  • gâtez — impératif présent 2ᵉ pers. pluriel — /ɡate/
  • gâte — impératif présent 2ᵉ pers. singulier — /ɡatə/
  • gâterons — indicatif futur 1ʳᵉ pers. pluriel — /ɡatəʁɔ̃/
  • gâterai — indicatif futur 1ʳᵉ pers. singulier — /ɡatəʁe/
  • gâterez — indicatif futur 2ᵉ pers. pluriel — /ɡatəʁe/
  • gâteras — indicatif futur 2ᵉ pers. singulier — /ɡatəʁa/
  • gâteront — indicatif futur 3ᵉ pers. pluriel — /ɡatəʁɔ̃/
  • gâtera — indicatif futur 3ᵉ pers. singulier — /ɡatəʁa/
  • gâtions — indicatif imparfait 1ʳᵉ pers. pluriel — /ɡatjɔ̃/
  • gâtais — indicatif imparfait 1ʳᵉ pers. singulier — /ɡatɛ/
  • gâtiez — indicatif imparfait 2ᵉ pers. pluriel — /ɡatje/
  • gâtais — indicatif imparfait 2ᵉ pers. singulier — /ɡatɛ/
  • gâtaient — indicatif imparfait 3ᵉ pers. pluriel — /ɡatɛ/
  • gâtait — indicatif imparfait 3ᵉ pers. singulier — /ɡatɛ/
  • gâtâmes — indicatif passé 1ʳᵉ pers. pluriel — /ɡatamə/
  • gâtai — indicatif passé 1ʳᵉ pers. singulier — /ɡate/
  • gâtâtes — indicatif passé 2ᵉ pers. pluriel — /ɡatatə/
  • gâtas — indicatif passé 2ᵉ pers. singulier — /ɡata/
  • gâtèrent — indicatif passé 3ᵉ pers. pluriel — /ɡatɛʁə/
  • gâta — indicatif passé 3ᵉ pers. singulier — /ɡata/
  • gâtons — indicatif présent 1ʳᵉ pers. pluriel — /ɡatɔ̃/
  • gâte — indicatif présent 1ʳᵉ pers. singulier — /ɡatə/
  • gâtez — indicatif présent 2ᵉ pers. pluriel — /ɡate/
  • gâtes — indicatif présent 2ᵉ pers. singulier — /ɡatə/
  • gâtent — indicatif présent 3ᵉ pers. pluriel — /ɡatə/
  • gâte — indicatif présent 3ᵉ pers. singulier — /ɡatə/
  • gâter — infinitif — /ɡate/
  • gâtées — participe passé pluriel féminin — /ɡate/
  • gâtés — participe passé pluriel masculin — /ɡate/
  • gâtée — participe passé singulier féminin — /ɡate/
  • gâté — participe passé singulier masculin — /ɡate/
  • gâtant — participe présent — /ɡatɑ̃/
  • gâtassions — subjonctif imparfait 1ʳᵉ pers. pluriel — /ɡatasjɔ̃/
  • gâtasse — subjonctif imparfait 1ʳᵉ pers. singulier — /ɡatasə/
  • gâtassiez — subjonctif imparfait 2ᵉ pers. pluriel — /ɡatasje/
  • gâtasses — subjonctif imparfait 2ᵉ pers. singulier — /ɡatasə/
  • gâtassent — subjonctif imparfait 3ᵉ pers. pluriel — /ɡatasə/
  • gâtât — subjonctif imparfait 3ᵉ pers. singulier — /ɡata/
  • gâtions — subjonctif présent 1ʳᵉ pers. pluriel — /ɡatjɔ̃/
  • gâte — subjonctif présent 1ʳᵉ pers. singulier — /ɡatə/
  • gâtiez — subjonctif présent 2ᵉ pers. pluriel — /ɡatje/
  • gâtes — subjonctif présent 2ᵉ pers. singulier — /ɡatə/
  • gâtent — subjonctif présent 3ᵉ pers. pluriel — /ɡatə/
  • gâte — subjonctif présent 3ᵉ pers. singulier — /ɡatə/

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Entrée morphologique (v0.1). Données JSON : lemme.