s. f.
Action de garder, de conserver, de défendre quelqu'un ou quelque chose, de surveiller quelqu'un ou quelque chose. Avoir la garde d'une bibliothèque, d'un magasin. Il faut une garnison de trois mille hommes pour la garde de cette ville. La garde du défilé des Thermopyles confiée à Léonidas. On le mit à la garde, ou, mieux, sous la garde d'un huissier, c'est-à-dire on commit un huissier pour veiller à ce qu'il ne s'échappât. à. la garde, sous la garde de Dieu, sous la protection de Dieu. Familièrement. À la garde de Dieu, c'est-à-dire il en arrivera ce qu'il pourra. Que Dieu vous ait en sa sainte et digne garde, ou, simplement, en sa sainte garde ! formule par laquelle les souverains terminent les lettres qu'ils écrivent. Terme d'expéditions et de roulage. Remis à la garde d'un tel, voiturier. Par extension. Mettre quelqu'un sous bonne garde, le donner à garder à qui peut en répondre. En parlant des personnes et au sens actif, être de bonne garde, garder avec soin ce qu'on possède. Il y a dix ans que j'ai cette montre ; je suis de bonne garde. En parlant de certaines choses, des fruits, etc. et au sens passif, être de bonne garde, ou être de garde, se conserver longtemps sans se gâter. Dans le sens contraire. Ces fruits, ces vins sont de mauvaise garde, de difficile garde. Les filles sont de difficile garde, on a une grande surveillance à exercer pour les garantir de la séduction.
Dieu, qui de ceux qu'il aime est la garde éternelle — Malherbe (1555-1628)
Vous ne me direz plus qu'on vous l'a mise en garde — Pierre Corneille (1606-1684)
Terme d'eaux et forêts. Étendue de la juridiction d'un officier préposé à la conservation des bois.
Terme de jurisprudence. Garde judiciaire, se dit de la conservation et de la surveillance des objets saisis, séquestrés, mis sous les scellés, pour être ensuite représentés à qui de droit. Terme de coutumes. Garde noble, voy. GARDE-NOBLE. Garde royale, droit qui appartenait au roi en certains lieux, de jouir des revenus des mineurs qu'il avait en sa garde. Garde seigneuriale, droit en vertu duquel le seigneur féodal jouissait des revenus des fiefs tenus immédiatement de lui, pendant que ses vassaux étaient en bas âge, à charge d'entretenir les héritages et de payer les redevances annuelles (Normandie).
Guet, surveillance. Ce chien est de bonne garde, il garde, il avertit bien. Fig.
Puisqu'on fait bonne garde aux murs et sur le port — Pierre Corneille (1606-1684)
Est-ce pour moi, seigneur, qu'on fait garde à vos portes ? — Pierre Corneille (1606-1684)
Prendre garde, faire attention. Prendre garde à un sou, à un denier, faire attention aux plus petits articles dans un compte de dépense, et aussi, être très parcimonieux. Prendre garde à, veiller prendre ses précautions. Elliptiquement. Garde à toi ! terme dont le valet de limier se sert pour parler à son chien quand il veut se rabattre. Garde à vous ! commandement militaire signifiant à une troupe de se tenir prête à exécuter le commandement qui va suivre. Prendre garde, avec que et le subjonctif, sans négation, avoir soin que telle chose soit. Prendre garde avec que et le subjonctif, et ne, avoir soin que la chose ne soit pas. Prendre garde que, avec l'indicatif, remarquer. Prenez garde que l'auteur ne dit pas ce que vous pensez. Prendre garde à, et un infinitif construit sans négation, avoir soin de. Prendre garde à, et un infinitif construit avec une négation, avoir soin de ne pas... Prendre garde de, et un infinitif construit avec une négation, avoir soin de ne pas... Prendre garde de, et un infinitif construit sans négation, s'efforcer d'éviter. En cet emploi, prendre garde signifie éviter de, craindre de. On peut voir dans l'historique des exemples où garde a ce sens de crainte.
Laissez la mine à part, prenez garde à la somme — Mathurin Régnier (1573-1613)
J'en sus hier la nouvelle et je n'y pris pas garde — Pierre Corneille (1606-1684)
Se donner de garde, se donner garde, se défier, prendre ses précautions. Avoir soin de ne pas faire, éviter de. Se donner de garde d'une chose, l'éviter, la fuir.
À l'égard de se donner de garde ou de se donner garde, je crois qu'ils sont également usités ; je préférerais néanmoins le premier avec M. de Vaugelas — Vaugelas (1585-1650)
Je venais l'avertir de se donner de garde — Molière (1622-1673)
N'avoir garde de, n'avoir pas la volonté, le pouvoir, être bien éloigné de. Fig. N'avoir garde de, en parlant des choses, ne pouvoir pas. Je n'ai garde de commettre cette faute, façon de parler bourgeoise, dit CAILLIÈRES, 1690. On ne voit pas ce qui, même de son temps, a pu décider Caillières à prononcer cet arrêt ; car la locution est employée par les meilleurs écrivains du XVIIe siècle.
Ils n'avaient garde de loger dans le même palais — Pierre Corneille (1606-1684)
Je n'ai garde à son rang de faire un tel outrage — Pierre Corneille (1606-1684)
Service de surveillance rempli par une personne ou un corps de personnes. Garde, se dit aussi du service des pages, des gentilshommes, des valets de pied, etc. qui sont tour à tour de service auprès des rois et des princes. Service alternatif de vingt-quatre heures que font les élèves en médecine, en pharmacie, attachés à un hôpital, pour donner les secours urgents. L'interne de garde.
Quatre dames qui sont de garde tour à tour — Mme de Sévigné (1626-1696)
Service de vingt-quatre heures que fait un petit corps de troupe pour garder ou surveiller. Monter la garde, faire ce service ; descendre la garde, retourner à sa caserne ou chez soi quand il est fini. Officier de garde. Fig. et familièrement. Descendre la garde, mourir. Faire descendre la garde, tuer. Il a fait descendre la garde à plusieurs ennemis. Collectivement. Les soldats qui montent la garde. Relever, doubler, changer la garde. La garde montante. La garde descendante. Corps de garde, certain nombre de soldats placés de garde en un lieu. Corps de garde avancé. Poser, établir un corps de garde. En ce sens, le langage militaire dit aujourd'hui plutôt poste. Corps de garde, lieu où se tiennent les soldats qui montent la garde. Plaisanteries de corps de garde, voy. CORPS n° 16. Absolument. La garde, les soldats ou les officiers de police qui sont postés en un lieu déterminé pour veiller à la sûreté publique. À la garde ! locution elliptique dont on se sert pour appeler la garde dans un moment de danger.
Si mon compère Pierre est de garde aujourd'hui — Mathurin Régnier (1573-1613)
Maître absolu de tout, il change ici la garde — Pierre Corneille (1606-1684)
Corps de troupes affecté au service près du souverain. Garde royale, impériale. L'artillerie de la garde. La cavalerie de la garde. Les grenadiers de la garde. Vieille garde, moyenne garde, jeune garde, différents corps qui faisaient partie de la garde de Napoléon 1er. Garde constitutionnelle, garde qui fut accordée à Louis XVI par l'assemblée législative, et qui devait être de 1800 hommes.
Seule contre un tyran, en le faisant périr Par les mains de sa garde il me fallait mourir — Pierre Corneille (1606-1684)
Déjà sa garde accourt avec des cris de rage — Voltaire (1694-1778)
Grand'garde, corps de cavalerie placé à la tête d'un camp pour empêcher que l'armée ne soit surprise. Il se dit aussi du corps de garde principal d'une place forte ou d'un camp. Garde avancée (dite aussi autrefois garde folle), corps que l'on met au delà de la grand'garde pour plus de sûreté.
La garde avancée n'était qu'à la portée du canon de celle des ennemis — Antoine Hamilton (1646-1720)
Garde nationale, citoyens armés pour le maintien de l'ordre, et ne recevant point de solde. Garde bourgeoise, garde urbaine, garde civique, se dit quelquefois pour garde nationale. Garde municipale, troupe sédentaire chargée d'un service de police ; on l'appelle municipale, parce qu'elle est à la solde et aux ordres d'une ville. Garde départementale, corps d'infanterie établi, durant le premier empire, dans chaque département.
Garde d'honneur, troupe choisie pour escorter des personnages auxquels on rend des honneurs militaires. Il se dit aussi d'une réunion de citoyens qui, volontairement, servent de gardes à un souverain, à un prince, etc. pendant son séjour dans la ville ou le pays. Garde d'honneur, s'est dit d'une levée qui se fit en 1813 et 1814 de jeunes gens de bonne famille qui s'étaient rachetés une ou plusieurs fois de la conscription et qui furent formés en corps de cavalerie.
La partie d'une épée, d'un sabre ou d'un poignard qui sert à couvrir la main. Monter une garde, établir la garde d'une épée telle qu'elle doit être ; fig. et familièrement, monter une garde à quelqu'un, le réprimander vivement. Telle est du moins l'explication que l'Académie donne de cette locution singulière. On a dit au pluriel les gardes d'une épée ; de là la locution familière et figurée : s'en donner jusqu'aux gardes, boire et manger tout son soûl, et, en général, prendre d'un plaisir sans réserve ni modération.
Son épée dont la garde était d'or — Fénelon (1651-1715)
Les gardes d'épées et sabres seront marquées et contre-marquées aux branches et plaques
Terme d'escrime. La garde, l'attitude du bras quand on tient l'épée pour le combat. La garde haute, basse, tenir le poignet haut, bas. Se mettre, se tenir en garde, se mettre, se tenir en état de défense l'épée à la main. Elliptiquement. En garde ! Mettez-vous en garde. Fig. Se tenir, être en garde, se défier, veiller à n'être point surpris. Fig. Être hors de garde, être déconcerté dans ses mesures. Il y a quatre gardes générales de l'épée : la prime ou première garde ; la seconde garde, improprement appelée tierce par quelques-uns ; la tierce ou la troisième garde ; et la quarte ou la quatrième garde ; de là la locution figurée : être, se mettre, se tenir sur ses gardes, c'est-à-dire faire attention à ne pas se laisser surprendre. L'Académie a placé cette locution sous la rubrique de surveillance, dans l'article. Mais les gardes de l'escrime montrent ce qu'est véritablement cette locution. Pourtant il faut remarquer qu'elle est déjà dans Froissart ; et sans doute dès lors l'escrime avait ses gardes.
Une, deux ! un saut en arrière ! en garde, monsieur, en garde ! — Molière (1622-1673)
Moins en garde contre elle que contre Rochester — Antoine Hamilton (1646-1720)
Terme de jeu de cartes. Petite carte de même couleur qu'un roi ou une carte principale, et qui protège ce roi, cette carte principale. Fig. et familièrement. Avoir toujours garde à carreau, être toujours prêt à se défendre, à riposter.
S. f. pl. Terme de serrurier. Petites pointes de fer qui entrent dans les fentes du panneton d'une clef, et qui empêchent la clef de tourner, lorsqu'on y fait le moindre changement. Gardes d'une clef, les entailles du panneton dans lesquelles passent les garnitures de la serrure.
J'aurais peut-être le temps de changer ce qu'il a imité ; je ferais comme les gens qu'on a volés, qui changent les gardes de la serrure — Voltaire (1694-1778)
Terme de librairie. Feuillet que l'on met au commencement et à la fin d'un livre.
Il est tout à fait désagréable de voir près d'un titre roux une garde extrêmement blanche ; il est essentiel que la teinte des gardes s'accorde avec le papier du livre — LESNÉ
Terme de reliure. Bande de parchemin entaillée elle-même par petites bandes qui doivent être collées dans les entre-nerfs. Fausse garde, synonyme d'onglet.
Pour les livres un peu soignés on met de chaque côté de la battée une garde ou chemise,
Garde, se dit des anneaux qui soutiennent un peson, une romaine. Garde faible, celle qui est la plus éloignée du centre de la balance ; garde forte, celle qui en est la plus proche.
Émile Littré, Dictionnaire de la langue française — domaine public. Numérisation XMLittré, François Gannaz (CC BY-SA 3.0).