s. m.
Dépôt qu'on fait de quelque objet entre les mains d'autrui, pour sûreté d'une dette, d'un emprunt. Un gage suffisant. Prêter sur gages. Emprunter sur gage. Terme de jurisprudence. Contrat de nantissement d'une chose mobilière, par opposition à antichrèse. Fig. Demeurer pour les gages ou pour gage, périr dans une circonstance où d'autres s'échappent. Demeurer pour gages, signifie encore simplement être arrêté dans quelque querelle, pendant que s'échappent les autres qui y avaient participé ; et aussi être pris d'une façon quelconque. Demeurer pour gage, se dit aussi d'une chose que l'on a perdue. La presse fut si grande qu'un pan de mon habit y est demeuré pour gage. Laisser pour les gages, pour gage, c'est-à-dire perdre. Fig. Donner des gages à un parti, faire une démarche décisive, éclatante, pour être accepté dans un parti.
Brancas me demanda hier de bonne foi si je ne voudrais pas prêter sur gages, et m'assura qu'il n'en parlerait point — Mme de Sévigné (1626-1696)
Il lui a fait mettre en gage ses perles — Mme de Sévigné (1626-1696)
Par extension, tout meuble ou immeuble qui assure le payement d'une dette. Il a affecté sa maison comme gage de sa dette. Les meubles du locataire sont le gage du propriétaire.
Dans les petits jeux ou jeux de société, objet qu'on dépose quand on s'est trompé, et qu'on ne peut retirer qu'après avoir subi une pénitence. Jouer au gage touché.
Ce que l'on consigne et met en main tierce, pour garantie d'une somme à payer, quand, dans une contestation entre deux ou plusieurs personnes, il est convenu que celle qui sera condamnée payera cette somme. Donner des gages. Rendre les gages.
Autrefois, gage de bataille, ou gage du combat, engagement de combattre manifesté par l'offre d'un gant pour gage, et contracté quand l'ennemi, en ramassant le gant, avait accepté le gage.
Je jette devant toi le gage du combat ; L'oses-tu relever ? — Voltaire (1694-1778)
Le parlement décréta que le cas [duel de Legris et Carrouge] ne requérait pas gage de bataille — Voltaire (1694-1778)
Fig. Tout ce qui est assimilé à un gage comme garantie.
D'une paix mal conçue on m'a faite le gage — Pierre Corneille (1606-1684)
Ces lettres de ma foi vous seront de bons gages — Pierre Corneille (1606-1684)
Gage de l'amour, enfant.
....Et qu'il en [de cet hymen] eut pour gage une jeune princesse — Jean Racine (1639-1699)
Ce fils que de sa flamme il me laissa pour gage — Jean Racine (1639-1699)
S. m. pl. Ce qu'on paye aux domestiques par an pour leurs services, ainsi dit parce que c'est la somme payée par suite de l'engagement. On ne renvoie pas un domestique sans lui payer ses gages. Être aux gages de quelqu'un, être payé pour faire l'office de domestique. Cet homme ne vole pas ses gages, se dit d'un domestique qui fait bien son service ; et fig. de toute personne qui s'acquitte bien de ce qu'elle a à faire. Dans un sens plus général, être aux gages de quelqu'un, être payé par lui pour certains offices. On dit dans un sens analogue : tenir à ses gages. Familièrement. Casser aux gages, retirer à quelqu'un son emploi, ses appointements. Il se dit aussi d'un supérieur qui retire sa confiance à un inférieur. Il a eu longtemps quelque crédit auprès du ministre ; mais il a été cassé aux gages. À gages, qui reçoit des gages. En mauvaise part. À gages, qui est payé pour faire quelque service peu honorable. Des applaudisseurs à gages. La Fontaine a dit à gage au singulier.
S'il se casse quelque chose, je le rabattrai sur vos gages — Molière (1622-1673)
....S'il avait quelques deniers comptants, Ne me paierait-il pas mes gages de cinq ans ? — Regnard (1655-1709)
Gages se dit quelquefois du salaire d'un capitaine de navire, d'un matelot.
Gages se disait autrefois du payement que le roi ordonnait par an aux officiers de sa maison, aux officiers de justice et de finance.
Émile Littré, Dictionnaire de la langue française — domaine public. Numérisation XMLittré, François Gannaz (CC BY-SA 3.0).