fumier
nom, masculin, /fymje/
Témoignages historiques
Frise des témoins : Littré 1873 (5 sens)
Littré (1873)
s. m.
La paille qui a servi de litière aux animaux domestiques, s'est mêlée avec leur fiente, s'est imbibée de leur urine et s'est ensuite décomposée par la fermentation. Ôter le fumier d'une écurie. Fumier long, pailleux, blanc, vert, fumier non décomposé et où la paille est encore dans toute sa longueur. Fig.
Le fumier employé à propos et suivant sa qualité, supplée en partie aux labours ; les labours peuvent-ils suppléer au fumier ? je ne le crois pas pour les terres légères — Raynal (1713-1796)
Ils [les laquais enrichis] relèvent toutes les grandes maisons par le moyen de leurs filles, qui sont comme une espèce de fumier qui engraisse les terres montagneuses et arides — Montesquieu (1689-1755)
Il se dit abusivement de différents engrais tels que les excréments d'animaux, la gadoue, les matières animales ou végétales en putréfaction, les balayures des rues ou des cours, les curures des rivières ou des fossés, etc. On appelle encore fumier les herbes qu'on laisse faner sans les faire manger, ou le foin qu'on ne recueille pas dans la saison. Fumier local, synonyme de récoltes enterrées.
Amas de fumier que l'on forme dans un trou, dans une fosse ; tas de fumier qui est dans une cour. Allez jeter cela sur le fumier. Hardi comme un coq sur son fumier, se dit d'un homme qui se prévaut de l'avantage qu'il a d'être chez lui. Fig. Il ne faut pas l'attaquer sur son fumier, il ne faut pas l'attaquer chez lui, là où il est le plus fort. Être comme Job sur son fumier, être réduit au dernier degré de misère et de souffrance. Mourir sur un fumier, mourir dans la misère après avoir perdu tout son bien. Fig. La pourriture commune des corps morts.
Quand vous seriez sur le fumier comme Job, si vous avez Dieu, vous avez tout — Massillon (1663-1742)
Alors semblable à l'ange envoyé du Très Haut, Qui vint sur son fumier prendre Job en défaut — Lamartine (1790-1869)
Fig. Misère et abjection.
Les uns [les saints] se sont sauvés dans l'obscurité, les autres dans l'élévation.... les uns sur le fumier, les autres sur le trône — Massillon (1663-1742)
Destinés à finir un jour leur misère sur la roue ou sur le fumier — Jean-Jacques Rousseau (1712-1778)
Fig. Se dit de ce dont on ne fait aucun cas. Littérairement, ce qui est grossier inculte. Virgile tirait des perles du fumier d'Ennius.
Qui suit bien ses leçons goûte une paix profonde, Et comme du fumier regarde tout le monde — Molière (1622-1673)
Je sentais tout son fumier [de d'Antin], mais je n'en pouvais ignorer les perles qui y étaient semées — Saint-Simon (1675-1755)
Étymologie : Bourg. femei ; du bas-lat. fimarium, dérivé de fimus, fumier. Pour la corruption de la voyelle radicale de femier, voy. FUMER 2. Le provençal a femorier, fermorier, femorie, fomorie. Fimus avait donné régulièrement fien, en provençal fem, femp. Fimus semble avoir le même radical que fumus, fumée, ainsi dit probablement à cause de la fumée qui en sort ; du moins suffire, suffimen portent à croire que l'u de fumus a pu se changer en i (voy. FUMER 1).
Historique : XIIe s. Toz jors doit puir [puer] li fumiers, Et felons enuier et nuire Et cil reversent le fien.... Renoars vit le femier reverser Seanz el fembrier XIIIe s. Qui vodroit un femier covrir De dras de soie ou de floretes XIVe s. Hors de là [du Guesclin évanoui] fu portez à force et à exploit, Et mis en un fumier qui chaux et bon estoit, Tant qu'il revint à lui et ses membres tiroit Et teles personnes ypocrites ressemblent l'ort fumier lait et puant que l'on cuevre de drap d'or et de soie XVe s. Ilz nous sont venuz assaillir sur nostre fumier, montrons deffense comme fait le chien Folye fait enva…
Émile Littré, Dictionnaire de la langue française — domaine public. Numérisation XMLittré, François Gannaz (CC BY-SA 3.0).
Grammaire et formes (2)
- fumiers — pluriel — /fymje/
- fumier — singulier — /fymje/
Source de l'entrée : Morphalou 3.1, licence LGPL-LR — entrée fumier#28619.