forcé · force

forcé

adjectif, /fɔʁse/

Témoignages historiques

Frise des témoins : Littré 1873 (11 sens)

Littré (1873)

part. passé

  1. À quoi on a fait violence, qu'on a tordu, brisé avec violence. Un coffre forcé. Une serrure forcée. Terme de marine. Mâts forcés, mâts qui prennent un pli sur l'avant pour avoir porté trop de voile par un grand vent, ou pour avoir été trop tenus en étais. Fig. Sens forcé, sens qu'on a tordu, détourné de l'acception directe et naturelle.

    Ils [les Juifs] répandirent dans le monde que le sépulcre [de Jésus] avait été forcé ; mais le mensonge était si visible que la résurrection du Sauveur ne laissa pas de passer pour constante parmi le peuple — Bourdaloue (1632-1704)

    Un ministre est excusable du mal qu'il fait lorsque le gouvernail de l'État est forcé dans sa main par les tempêtes ; mais dans le calme il est coupable de tout le bien qu'il ne fait pas ; Mazarin ne fit de bien qu'à lui et à sa famille — Voltaire (1694-1778)

  2. Enlevé de vive force.

    Que de remparts détruits ! que de villes forcées ! — Boileau (1636-1711)

    Le temple est-il forcé ? — Jean Racine (1639-1699)

  3. À qui on a fait violence. Une femme forcée par des soldats ivres.

  4. Dont la résistance a été impuissante. Des troupes forcées dans leurs retranchements. Par extension. Les éléments forcés, la nature forcée, les éléments, la nature obligée d'obéir à l'homme.

    Quoi ! mon père trahi, les éléments forcés.... Lui font-ils présumer mon audace épuisée ? — Pierre Corneille (1606-1684)

    Trianon et Marly bâtis ; la nature forcée dans tous ces lieux de délice, et des jardins où l'art était épuisé — Voltaire (1694-1778)

  5. Terme de chasse. Pris à la course et à la fatigue. Un cerf forcé par les chiens. Rendre forcé, obliger la bête à se rendre. Un sanglier poussé vigoureusement par une meute de vingt bons chiens et prêt à rendre forcé par eux.

  6. Qui fait malgré soi quelque chose. Avoir la main forcée, voy. FORCER n° 1. Terme de jeux. Être forcé, être obligé de jouer de la couleur demandée ou de prendre. Mat forcé, position telle, aux échecs, que le roi ne peut plus changer de place sans être fait mat au coup suivant. Au domino, dé forcé, celui qu'on est obligé de mettre, n'en ayant pas d'autre. J'ai joué à dé forcé. Fermeture forcée, celle qui ne peut s'éviter.

    La comédie du médecin forcé [malgré lui] — Mme de Sévigné (1626-1696)

    Après t'être couvert de leur sang et du mien, Tu te verras forcé de répandre le tien — Jean Racine (1639-1699)

  7. Qui n'est pas volontaire. Le Mariage forcé, titre d'une comédie de Molière. Emprunt forcé, somme qu'un gouvernement force à lui apporter sous forme d'emprunt, et dont il paye les intérêts. Travaux forcés, voy. TRAVAIL.

    Mais, s'il se dédisait d'un outrage forcé — Pierre Corneille (1606-1684)

    J'irai, bien plus content et de vous et de moi, Détromper son amour d'une feinte forcée — Jean Racine (1639-1699)

  8. Marche forcée, marche plus rapide ou plus prolongée que la marche ordinaire. Le régiment gagna la ville à marches forcées.

  9. Terme d'horticulture. Arbre forcé en serre, arbre dont on a hâté la végétation dans une serre. Cultures forcées, celles qui ont pour but de produire des fruits ou des légumes précoces.

  10. Qui manque de sincérité et de liberté.

    Et je ne voulais pas de sentiments forcés — Pierre Corneille (1606-1684)

    Et sans plus te parer d'une vertu forcée — Pierre Corneille (1606-1684)

  11. Qui n'a ni souplesse ni liberté, éloigné du naturel, en parlant des ouvrages d'esprit. Tiré de trop loin. Rapprochement forcé. Comparaison forcée. Style forcé, style où l'on sort du naturel, où l'on cherche à exagérer l'énergie au moyen de mots inaccoutumés ou de figures excessives. Terme de peinture. Figures forcées, figures dont l'attitude est gênée sans nécessité. Coloris forcé, coloris outré. Effet forcé, effet où l'artifice du peintre pour l'augmenter est grossièrement employé.

    Je ne puis arracher du creux de ma cervelle Que des vers plus forcés que ceux de la Pucelle — Boileau (1636-1711)

    Et dans un vers forcé que surcharge un vieux mot, Couvre son peu d'esprit des phrases de Marot — Voltaire (1694-1778)

Émile Littré, Dictionnaire de la langue française — domaine public. Numérisation XMLittré, François Gannaz (CC BY-SA 3.0).

Grammaire et formes (4)
  • forcées — pluriel féminin — /fɔʁse/
  • forcés — pluriel masculin — /fɔʁse/
  • forcée — singulier féminin — /fɔʁse/
  • forcé — singulier masculin — /fɔʁse/

Source de l'entrée : Morphalou 3.1, licence LGPL-LR — entrée forcé#27876.

force

déterminant

Grammaire et formes (1)
  • force — forme de base

Source de l'entrée : Morphalou 3.1, licence LGPL-LR — entrée force#137202.

force

nom, féminin, /fɔʁsə/

Définitions

  1. Puissance physique ; capacité d'agir ou de résister.

    Définition Francorium (CC BY-SA 4.0) — validation automatisée · méthode.

Témoignages historiques

Frise des témoins : Littré 1873 (32 sens) — Académie 1935 (63 sens)

Littré (1873)

s. f.

  1. La propriété qui fait que le corps d'un homme ou d'un animal a une grande puissance d'action. Être doué d'une grande force de corps. Avoir de la force. Une force d'Hercule. Un cheval d'une grande force. Je n'ai pas la force de travailler. De toute sa force, autant que l'on peut, aussi bien que l'on peut. À forces égales, à force égale, à égalité de force ou de forces, en supposant que des deux côtés les forces sont égales. Être de force à, être assez fort pour. Il est de force à lutter contre trois hommes. Par extension. Être assez habile pour, ou, ironiquement, assez niais pour, et, généralement, être capable de. Il est de force à vous convaincre. Il est bien de force à faire cette bévue. Tour de force, action qui demande beaucoup de force ou d'adresse ; et fig. solution heureuse d'une grande difficulté. Tour de force, dans les beaux-arts, se dit, en mauvaise part, des effets plus difficiles qu'agréables. N'avoir ni force ni vertu, être d'une complexion délicate ; et fig. n'être bon à rien, capable de rien. C'est le soleil de janvier, il n'a ni force ni vertu. Dans les métiers, manœuvres ou opérations de force, celles qui exigent des efforts considérables et des appareils puissants. Travaux de force, travaux qui exigent l'emploi des forces musculaires. Au plur. Les forces du corps. Ce malade sent ses forces augmenter. Il fait plus que ses forces ne permettent.

    Les deux extrémités [du muscle] ont plus de force, parce que l'une soutient le muscle, et que par l'autre, c'est-à-dire par le tendon, qui est aussi le plus fort, s'exerce immédiatement le mouvement — Bossuet (1627-1704)

    Je ne me soutiens plus, ma force m'abandonne — Jean Racine (1639-1699)

  2. La force de l'âge, l'époque de la vie où l'on a le plus de force. La force du tempérament, ce qui, dans le tempérament, rend l'individu capable de résister à de grandes fatigues, d'exécuter de grands travaux. Être dans toute sa force, avoir la plénitude de sa vigueur. Être dans toute sa force, se dit des affaires politiques, judiciaires ou autres qui sont au plus haut point du débat, et qui préoccupent l'attention publique.

    Racine, dans la force de son âge, né avec un cœur tendre, un esprit flexible, une oreille harmonieuse, donnait à la langue française un charme qu'elle n'avait point eu jusqu'alors — Voltaire (1694-1778)

    L'affaire contre M. de la Chalotais, aussi odieuse et aussi absurde que celle d'Urbain Grandier, était dans toute sa force — Charles Pinot Duclos (1704-1772)

  3. Puissance, supériorité. Avoir force, avoir une influence active. Ressources que procurent le bien, le crédit, le pouvoir, le talent, la position, etc. Ce personnage prend tous les jours une nouvelle force. Les forces d'un parti. Les forces humaines, ce que l'homme en général est en état de faire ou de supporter. Les forces humaines ne vont pas jusque-là. Cela est au-dessus des forces humaines.

    Pour te récompenser, ma force est trop petite — Pierre Corneille (1606-1684)

    Il leur a paru [aux libertins] que c'était une contrainte importune de reconnaître qu'il y eût au ciel une force supérieure qui gouvernât tous nos mouvements et châtiât nos actions déréglées avec une autorité souveraine — Bossuet (1627-1704)

  4. Force se dit des États que l'on compare à un corps vivant. Il se dit aussi de la puissance d'un peuple, d'un État, de ses ressources, de ce qui le rend florissant. Les forces comparées de la France et de l'Angleterre. La force militaire d'un empire.

    Le royaume d'Israël reprenait ses forces — Bossuet (1627-1704)

    L'empire reprend quelque force sous Justinien — Bossuet (1627-1704)

  5. La force d'une armée, ce qui la rend considérable, redoutable. La force d'un régiment, d'un bataillon, le nombre effectif d'hommes qui s'y trouvent. La force d'une place de guerre, ses moyens de défense, ses fortifications, sa garnison. Être en force, être en état de se défendre ou d'attaquer. L'ennemi se montre en force sur notre flanc gauche. Au plur. Les forces, les troupes d'un État, d'un souverain. Terme de marine. Force ou forces navales, réunion indéterminée de bâtiments de guerre. La flotte d'un pays. Ligne de force, la ligne dans laquelle les plus forts vaisseaux sont placés en tête de la ligne, en tactique navale. La ligne de contre-force se forme, au contraire, en plaçant les plus forts vaisseaux à la queue de la ligne.

    Vitellius avance avec sa force unie — Pierre Corneille (1606-1684)

    Je me vis en déroute avec toutes mes forces — Pierre Corneille (1606-1684)

  6. Supériorité physique de force ; pouvoir de contraindre. Repousser la force par la force. L'empire de la force. On a nommé la guerre le jeu de la force et du hasard. Force majeure, force à laquelle on ne peut résister. Cas, événement de force majeure. Céder à la force majeure. Il y eut force majeure. Force publique, réunion des forces individuelles organisées par la constitution pour maintenir les droits de tous et assurer l'exécution de la volonté générale. Force armée, corps de troupe requis pour faire exécuter la loi, ou les mesures des agents de l'autorité, lorsqu'il y a résistance. La force armée dissipa les attroupements. Force est demeurée à la loi, les magistrats chargés de l'exécution de la loi ont triomphé de ceux qui voulaient l'enfreindre. Agir de force, agir par la force. Force ouverte, l'emploi patent de la force. Faire force à, contraindre, contenir.

    Parlez, la force en main et hors de leur atteinte — Pierre Corneille (1606-1684)

    Patience et longueur de temps Font plus que force ni que rage — La Fontaine (1621-1695)

  7. Violence. Employer la force. Céder à la force. À la force ! signifie à la violence !

    .... Force n'a point de loi ; S'accommoder à tout est chose nécessaire — La Fontaine (1621-1695)

    J'essaierai tour à tour la force et la douceur — Jean Racine (1639-1699)

  8. Maison de force, maison où l'on enferme les gens de mauvaises mœurs qu'on veut corriger. La Force, une des prisons de Paris où l'on enfermait les prévenus ; elle est démolie.

  9. Il est bien force, force m'est, force lui est de, il est nécessaire, indispensable.

    ....Sans pouvoir attendre le reste de son armée, ce lui fut force de hasarder la bataille — Malherbe (1555-1628)

    Pour ingrat que soit un homme, c'est force que l'objet excite sa mémoire, et qu'en dépit de lui, quand il voit le présent, il se ressouvienne de l'auteur — Malherbe (1555-1628)

  10. Aptitude à concevoir, à combiner, à réfléchir, à imaginer. Avoir une grande force de tête, de conception. Absolument. Ce penseur a de la force. La force de la mémoire, la ténacité de la mémoire. Il a une grande force de mémoire.

    Craignez d'un vain plaisir les trompeuses amorces, Et consultez longtemps votre esprit et vos forces — Boileau (1636-1711)

    Ô si l'esprit divin, esprit de force et de vérité, avait enrichi mon discours de ces images vives et naturelles qui représentent la vertu et qui la persuadent tout ensemble — Fléchier (1632-1710)

  11. Habileté, talent, expérience qu'on a dans un art, dans un exercice, dans une science. Il est de première force sur le violon, au pistolet, aux échecs. Ces deux écoliers sont de la même force. Ironiquement. De même force, se dit de gens ou de choses qui ne valent pas mieux les unes que les autres. Ironiquement. Un fou de sa force, un homme aussi fou que lui.

    J'aurai la joie de pouvoir parler de vous avec l'honneur qui est dû à un homme de votre force — Bossuet (1627-1704)

    Venez, Pradon et Bonnecorse, Grands écrivains de même force, De vos vers recevoir le prix — Boileau (1636-1711)

  12. Il se dit de l'énergie morale. Il lui manque la force d'âme. Avoir la force de, être assez ferme pour ; n'avoir pas la force de, n'être pas assez ferme pour.

    L'entretien.... où, m'ayant ouvert votre cœur, j'y vis tant de résolution, de force et de générosité que vous achevâtes de gagner le mien — Voiture (1597-1648)

    Il [Pierre le Grand] a eu cette force dans l'âme, qui met un homme au-dessus des préjugés de tout ce qui l'environne et de tout ce qui l'a précédé — Voltaire (1694-1778)

  13. Il se dit de la puissance d'action et d'impulsion des agents physiques. La force de la poudre à canon. La force d'une machine à vapeur. La force d'un ressort. La force d'une chute d'eau. Impulsion qu'a reçue le corps lancé, poussé. La force d'un boulet de canon. On dit de même : la force d'un coup. Terme de marine. Faire force de rames, ramer à toutes forces. Faire force de voiles, augmenter la surface de la voilure déjà déployée pour donner plus de prise au vent, et, par là, plus de vitesse au navire. Fig. Faire force de voiles, faire tous ses efforts pour réussir en quelque affaire. Faire force de vent, forcer de voiles.

    De la force du coup pourtant il s'abattit — La Fontaine (1621-1695)

    Ruyter, se voyant en liberté d'agir parce que M. du Quesne ne l'occupait point, voulut décider de cette journée par la défaite de notre avant-garde ; il fit pour cela force de voiles pour nous envelopper, et courut jusques par mon travers,

  14. Impétuosité. La force de l'eau, du courant. La force du pouls, le plus ou moins de force avec laquelle l'artère soulève le doigt qui la presse. Le cœur bat avec force, les pulsations en sont fortes et rapides.

    [Par l'obéissance] vous trouverez de la consistance au milieu de l'inconstance des choses humaines ; les flots n'auront point de force pour vous abattre, ni les abîmes pour vous engloutir — Bossuet (1627-1704)

  15. Force se dit aussi de la puissance de résistance. La force d'une poutre, d'un drap, d'une toile. Terme d'architecture. Forces ou jambes de forces, pièces de bois qu'on met sur les tirants pour porter l'entrait et lui servir de jambes. Il se dit aussi des arcs-boutants et contre-forts en maçonnerie.

  16. Terme de mécanique. Toute cause de mouvement. Force centripète. Force centrifuge. Deux forces appliquées en un même point. La résultante des forces. Force mouvante ou motrice, celle qui produit un mouvement. Force morte, celle qui est actuellement neutralisée. Autrefois force vive, action de forces combinées avec leur vitesse comme dans le choc. Aujourd'hui force vive d'un corps, le produit de sa masse par le carré de sa vitesse. Fig. Les forces vives de la nation, la partie la plus vigoureuse et la plus saine de la nation. Force d'inertie, celle en vertu de laquelle un mobile tend à conserver l'impulsion reçue, et aussi la résistance qu'il oppose à ce qui doit le mettre en mouvement quand il est en repos. Fig. Force d'inertie, résistance passive qui consiste surtout à ne pas obéir. Ils opposèrent la force d'inertie aux mesures de l'autorité.

    S'il est bien prouvé que ce qu'on appelle force motrice est le produit de la simple vitesse par la masse, sera-t-il moins aisé de parvenir à connaître ce que c'est que cette force ? — Voltaire (1694-1778)

    Quoiqu'il parût s'être renfermé dans l'astronomie, il se mêla de la célèbre question des forces vives ; il fut le premier de l'académie qui osât se déclarer contre M. Leibnitz — Fontenelle (1657-1757)

  17. Au sens métaphysique, les forces, les substances qui sont causes ; ce qui est à la fois substance et cause des phénomènes. L'esprit est une force. L'âme, la monade sont des forces.

  18. Forces de la nature, nom que l'on donne aux diverses propriétés de la matière telles que la gravitation, la chaleur, l'électricité, le magnétisme, l'affinité chimique, la vie. Équivalence des forces, voy. ÉQUIVALENCE.

    L'on ne connaît les forces qui animent l'univers, que par le mouvement et par ses effets ; ce mot même de forces ne signifie rien de matériel, et n'indique rien de ce qui peut affecter nos organes, qui cependant sont nos seuls moyens de communication avec la nature — Buffon (1707-1788)

    La force n'est autre chose que le principe des changements — Charles Bonnet (1720-1793)

  19. Par extension, en parlant des choses, intensité, énergie, efficacité. La force de la chaleur. La force d'un acide, d'un poison. Ce vin a beaucoup de force, c'est-à-dire il est très tonique. Cette eau-de-vie a beaucoup de force, c'est-à-dire elle est très spiritueuse. La force de la séve, l'abondance et la vigueur de la séve. Fig. et familièrement. C'est la force du bois, se dit quand quelque chose se fait par la seule impétuosité de la nature. Qualité du son appelée aussi intensité.

    Si ce charme a force contre nous — Mathurin Régnier (1573-1613)

    Cela est si vrai, qu'ayant fait cet hiver un effort pour en échapper avant ce terme, la force du charme me ramena de quarante lieues loin — Voiture (1597-1648)

  20. En parlant des choses intellectuelles et morales. La force du sang, mouvements secrets de la nature entre personnes unies par les liens du sang.

    Mais, au lieu de goûter ces grossières amorces, Sa vertu combattue a redoublé ses forces — Pierre Corneille (1606-1684)

    Je sais quelle est ta flamme et quelles sont ses forces — Pierre Corneille (1606-1684)

Étymologie : Provenç. forsa, forza ; espagn. fuerza ; portug. força ; ital. forza ; du bas-latin forcia, fortia, dérivé du latin fortis, fort. Ce qui empêche d'y voir le pluriel neutre fortia, c'est que les noms ainsi dérivés de pluriels neutres ont un sens collectif qui manque ici : biblia, bible, mirabilia, merveille, etc.

Historique : XIe s. Ki abat femme à terre pur faire lui force Il va ferir Gerin par sa grant force Par vive force les en chasserent Franc Com decherat ma force et ma baudur [hardiesse] ! XIIe s. Mais estez vous à force et à vigor [Ils] Sont en Espagne, par force l'ont saisie Ains [j'] ai mis en lui [elle] servir Cuer et cors, force et pooir Li cuens de Blois devroit bien mercier Force d'amors qui lui dona amie Nos forces, nos aïes [aides] lui metons en defois [refus] Mais tenons nos honors à force et à vertu Des mains la [la croix] li voleit par vive force oster .... Quant il murdrist la gent, E emble altr…

Émile Littré, Dictionnaire de la langue française — domaine public. Numérisation XMLittré, François Gannaz (CC BY-SA 3.0).

Académie française, 8e édition (1935)

n. f.

  1. Faculté naturelle d’agir vigoureusement. Il se dit proprement en parlant de l’Homme et des animaux. Force physique. Force musculaire. Une force d’Hercule. Frapper de toute sa force. Manquer de force. Lancer une chose avec force. Crier de toute la force de ses poumons. Perdre de sa force. Reprendre quelque force. être sans force. On dit aussi Forces au pluriel quand il s’agit de l’Ensemble ou du concours de plusieurs énergies spéciales. Les forces du corps. Réparer ses forces. Recouvrer ses forces. Reprendre ses forces. Perdre ses forces. Prendre de nouvelles forces. Ses forces diminuent, reviennent. Vouloir faire plus que les forces ne permettent.

  2. à forces égales, à force égale, à égalité de force, de forces, Les forces étant supposées égales de part et d’autre.

  3. La force de l’âge, L’âge où un être organisé est dans toute sa force. Il se dit surtout en parlant de l’Homme. être dans la force de l’âge.

  4. La force du tempérament, La résistance à la fatigue et à la maladie. C’est à la force de son tempérament qu’il doit de n’avoir pas succombé à cette maladie.

  5. Tour de force. Voyez

  6. TOUR.

  7. Fig., à la force du poignet, En y employant beaucoup de vigueur, de ténacité.

  8. Il se dit figurément en parlant de la Volonté, du caractère, de la sensibilité et désigne la Fermeté d’âme, le courage qui font braver les obstacles ou supporter le malheur, les maux, les tourments. Il a montré dans cette épreuve une grande force de volonté. Il lui a fallu beaucoup de force pour dompter cette émotion. Quelle force morale il faut pour accepter une telle existence, pour accomplir une telle mission! Elle a une force de caractère, une force d’âme digne d’admiration. N’avoir pas la force de faire une chose, Ne pouvoir pas se déterminer à la faire. Je n’eus pas, je ne me sentis pas la force de lui en dire davantage. Il n’eut pas la force de refuser.

  9. Il se dit aussi figurément de l’Esprit, de l’imagination, du génie, etc., et signifie Aptitude à réfléchir, à concevoir, à produire. La force, les forces de l’intelligence. Par la force de son génie. L’esprit humain n’a pas assez de force pour pénétrer tous les secrets de la nature.

  10. Il se dit également de l’Habileté, du talent, de l’expérience qu’on a dans un art, dans un exercice, etc.; et, en général, des Ressources dont on peut disposer, des facultés, du bien, du crédit, du pouvoir, etc., dont on jouit. Ces deux joueurs, ces deux écoliers, sont d’égale force. Ses adversaires ne sont pas de sa force. Cet écrivain n’est pas de force à traiter un pareil sujet. Il est de première force au pistolet, aux échecs. S’opposer de toutes ses forces à l’adoption d’une mesure dangereuse. Les forces d’un parti. Ce serait ôter au gouvernement ce qui fait sa force. On l’emploie quelquefois ironiquement. Tous écrivains de même force.

  11. être de force à, être assez fort pour. Il est de force à lutter contre deux hommes. Par extension, il signifie être assez habile pour. Il est de force à persuader les plus incrédules. Ironiquement, Il est de force à faire cette sottise, Il est capable de la faire.

  12. Il se dit aussi de la Puissance d’un peuple, d’un état, de tout ce qui contribue à le rendre ou à le maintenir puissant. Le pays réparait lentement ses forces. Les forces comparées de la France et de l’Angleterre. La force militaire d’un empire.

  13. La force d’une armée, Ce qui la rend redoutable. La discipline est ce qui fait la principale force des armées.

  14. être en force. être en nombre pour défendre et attaquer. On dit de même Venir en force, se présenter en force.

  15. La force d’une place, Ses moyens de défense, ses fortifications, sa garnison, etc.

  16. Au pluriel, il se dit particulièrement des Troupes d’un état. Concentrer ses forces. Combattre à forces égales. Joindre ses forces. Les forces de terre et de mer. Les forces navales.

  17. Il signifie encore Contrainte ou Pouvoir de contraindre. User de force. Employer la force. Régner par la force. Céder à la force. Opposer la force à la force. Avoir la force en main. La force publique. Les agents de la force publique.

  18. Force armée, Tout corps de troupes, en tant qu’il peut être requis pour faire exécuter la loi ou les mesures des agents de l’autorité, lorsqu’il y a résistance de la part des citoyens. La foule ayant refusé de se disperser, on dut recourir à la force armée.

  19. Force majeure. Voyez

  20. MAJEUR.

Dictionnaire de l'Académie française, huitième édition (1932-1935) — domaine public. Numérisation ATILF/Chicago, conversion communautaire.

Grammaire et formes (2)
  • forces — pluriel — /fɔʁsə/
  • force — singulier — /fɔʁsə/

Source de l'entrée : Morphalou 3.1, licence LGPL-LR — entrée force#27858.

forcé

nom, masculin

Grammaire et formes (2)
  • forcés — pluriel
  • forcé — singulier

Source de l'entrée : Morphalou 3.1, licence LGPL-LR — entrée forcé#137208.

Entrée morphologique (v0.1). Données JSON : lemme.