feu

feu

adjectif, /fø/

Témoignages historiques

Frise des témoins : Littré 1873 (1 sens) — Académie 1935 (1 sens)

Littré (1873) — entrée 2

adj.

  1. Défunt, défunte. Il se met après l'article défini ou après un adjectif possessif, et alors il s'accorde avec son substantif. Il se place avant l'article défini ou l'adjectif possessif, et alors il est invariable. Il se met devant un nom propre, et il est invariable. Il se met devant monsieur, et madame, et alors il est invariable.

    Suivant le testament du feu roi notre père — Pierre Corneille (1606-1684)

    Une devise qui est peinte au Louvre dans l'antichambre de la feue reine mère Anne d'Autriche — Dominique Bouhours (1628-1702)

Étymologie : Berry, funt, et aussi defeu, defeue ; ital. fu, la fu regina, la feue reine. Il est difficile de rendre compte de toutes les formes de ce mot : le berrichon funt est le latin functus, défunt ; l'italien fu est la troisième personne du prétérit fù, il fut, il a cessé de vivre. Mais d'où vient le vieux français feü ou fahu, qui est la forme la plus ancienne ? Ce mot dissyllabique représenterait une forme barbare, fadutus ou fatutus ; est-il permis de conjecturer qu'il provient irrégulièrement de fatum, et qu'il signifie qui a accompli sa destinée ? L'exemple du XIe siècle qui signifie évidemment

Historique : XIe s. Las ! mal feüx ! oum esmes avogluz ! Quer [car] ço vedons que tuit sumes desvez ; De nos pechez sumes si ancumbrez, La dreite vide nus funt très oblier Pur que portai [eus-je un enfant], dolente, mal feüde ? XIIIe s. Se li rois Loys fust feüs [mort] Ge Gauvaings, chevalers, filz fahu Jofre.... por faire l'anniversaire fahu Ostent Beraut, chevalier Amprès lou clous [clos] qui fu mon seignor Girart, lou prevoire [prêtre] fau.... et la vigne qui fu fau Tiebaut XIVe s. Certaines maisons que Guillaume Baron et Raquille, famme feux du dit Baron aviont achatées des hoirs feux Tevenot.... Certe…

Émile Littré, Dictionnaire de la langue française — domaine public. Numérisation XMLittré, François Gannaz (CC BY-SA 3.0).

Académie française, 8e édition (1935)

adj.

  1. Qui est mort depuis peu de temps. Il est invariable quand il précède l’article, un adjectif possessif ou un nom qui n’est pas déterminé. Feu la reine. Feu ma mère. Feu Madame Henriette. La feue reine. Ma feue mère. Les feus rois de Suède et de Danemark. Il ne se dit guère au pluriel.

Dictionnaire de l'Académie française, huitième édition (1932-1935) — domaine public. Numérisation ATILF/Chicago, conversion communautaire.

Grammaire et formes (5)
  • feues — pluriel féminin
  • feus — pluriel masculin
  • feux — pluriel masculin — /fø/
  • feue — singulier féminin
  • feu — singulier masculin — /fø/

Source de l'entrée : Morphalou 3.1, licence LGPL-LR — entrée feu#27129.

feu

nom, masculin, /fø/

Définitions

  1. Dégagement de chaleur et de lumière produit par une combustion.

    Définition Francorium (CC BY-SA 4.0) — validation automatisée · méthode.

Témoignages historiques

Frise des témoins : Littré 1873 (44 sens) — Académie 1935 (90 sens)

Littré (1873) — entrée 1

s. m.

  1. Développement de chaleur et de lumière, d'où résulte la combustion ou l'échauffement des corps. Il se met quelquefois au pluriel. La montagne vomissait des feux. Terme de liturgie. Feu nouveau, celui qui est allumé et béni à l'office le samedi saint. Faire du feu de quelque chose, le brûler. Faire feu, se dit de corps qui, se choquant, produisent du feu, des étincelles. Fig. Faire feu des quatre pieds, faire tous ses efforts pour réussir ; locution tirée de ce que les pieds ferrés des chevaux font souvent feu sur le pavé. Il le craint comme le feu, il le craint extrêmement. Vomir feu et flamme, se dit d'un volcan en éruption. Fig. Jeter feu et flamme, vomir feu et flamme, se livrer à un grand emportement. Prendre feu, s'enflammer. Les matières sèches prennent feu très facilement. Fig. Prendre feu, s'émouvoir, s'irriter vivement et tout à coup. Fig. Mettre le feu aux étoupes, provoquer, causer l'explosion de passions, de sentiments, tels que la colère, l'amour, etc. On dit dans un sens analogue : Le feu prend aux étoupes. Fig. C'est le feu et l'eau, se dit de deux choses tout à fait contraires, de deux personnes qui se haïssent, ou qui sont d'opinions opposées, de caractères incompatibles. Fig. On dit que le feu est à une marchandise, pour signifier qu'il y a presse à l'acheter (cette locution vieillit). Fig. Familièrement. N'y voir que du feu, être ébloui au point de ne rien voir, et aussi ne rien comprendre dans une affaire ; locution tirée de ce que, quand un coup est porté sur la tête ou les yeux, on voit beaucoup d'étincelles, mais sans rien distinguer au moment du coup.

    Le feu qui semble éteint souvent dort sous la cendre ; Qui l'ose réveiller peut s'en laisser surprendre — Pierre Corneille (1606-1684)

    Et le feu mal éteint est bientôt rallumé — Pierre Corneille (1606-1684)

  2. Il se dit quelquefois pour calorique.

    Le feu répandu dans l'intérieur du globe, ce feu caché dans l'eau et dans la glace même est probablement la source impérissable de ces exhalaisons, de ces vapeurs dont nous sommes continuellement environnés — Voltaire (1694-1778)

  3. Chez les anciens, un des quatre éléments, avec l'air, l'eau et la terre. Dans l'ancienne physique, le feu élémentaire, le feu pur.

    La lumière, dit-on, et le feu élémentaire ne sont qu'une même chose, une seule substance ; cela peut être : mais, comme nous n'avons pas encore d'idée nette du feu élémentaire, abstenons-nous de prononcer sur ce premier point — Buffon (1707-1788)

  4. Le feu, objet principal du culte des anciens Persans. Feu sacré, feu qui, chez les Romains, était entretenu constamment et gardé nuit et jour par les vestales. Fig. Feu sacré se dit de sentiments nobles et passionnés qui se conservent et se transmettent. Le feu sacré de la liberté. On dit aussi : Ce poëte est animé du feu sacré, c'est-à-dire il a du génie. Cet écrivain manque du feu sacré, n'a pas le feu sacré. Feu sacré, dévouement, zèle à servir ; il s'est beaucoup dit sous le premier empire.

    C'est vous, ô Seigneur notre Dieu, qui avez choisi vous-même Abram, qui l'avez tiré du feu des Chaldéens, et qui lui avez donné le nom d'Abraham — Lemaistre de Sacy (1613-1684)

    On a été assez heureux pour conserver les ouvrages de votre père [Cicéron] et ceux de quelques autres grands hommes ; ainsi le feu sacré n'a jamais été totalement éteint — Voltaire (1694-1778)

  5. Feu central, dénomination par laquelle on désigne le foyer de chaleur qu'on suppose exister au centre du globe terrestre, à cause de la température croissante qu'on observe à mesure qu'on pénètre dans le sein de la terre. Feux souterrains, feux qui existent sous le sol et qui se manifestent par les éruptions volcaniques, les eaux thermales, etc.

    On voit par tout ce que nous venons de dire, combien les feux souterrains contribuent à changer la surface et l'intérieur du globe — Buffon (1707-1788)

  6. Incendie, embrasement. Les ravages du feu. Le feu dura plusieurs jours. Se rendre maître du feu, empêcher qu'un incendie ne fasse des progrès, ne s'étende. Mettre le feu, incendier. Fig. Mettre le feu, porter le trouble, soulever les passions. Fig. Le feu se met dans ses affaires, est dans ses affaires, se dit de celui dont les affaires sont dérangées et que ses créanciers poursuivent. Mettre le feu dans les affaires, dans l'affaire, se dit de créanciers qui poursuivent vivement un homme embarrassé dans ses affaires. Courir au feu, se hâter de porter du secours quand un incendie éclate. Fig. On y court comme au feu, se dit des spectacles et, en général, de tout ce qui attire un grand concours de personnes. Courir comme au feu, se dit aussi d'un grand empressement. Jeter des cris de feu, jeter de grands cris, des cris de désespoir, comme dans un incendie. Faire la part du feu, se dit, dans un incendie, quand, laissant brûler des parties qu'on croit ne pouvoir sauver, on s'attache à préserver ce qu'il y a chance de préserver. Un feu de cheminée, l'incendie qui éclate dans une cheminée, et qui, y étant concentré, n'a rien de bien grave. Fig. Il a mis le feu à la cheminée, se dit de celui qui, ayant mangé des mets trop salés, trop épicés, s'est mis le gosier en feu.

    Je vis la maison de Guitaut toute en feu — Mme de Sévigné (1626-1696)

    La ville était prise, le feu était déjà de tous côtés — Bossuet (1627-1704)

  7. Toute matière combustible allumée. Feu vif, ardent. Feu clair, feu accompagné d'une flamme claire. Faire grande chère et bon feu, faire de grandes dépenses pour ses amusements. Prendre un air de feu, prendre l'air du feu, se chauffer à la hâte et comme en passant. Populairement, prendre une poignée de feu, même sens. Feu de reculée, très grand feu, ainsi dit parce qu'il force à se reculer. Un feu à rôtir un bœuf, un très grand feu. Un feu d'enfer, un feu très violent. Il y a toujours un feu d'enfer dans cette verrerie. Mettre de l'eau sur le feu, mettre sur le feu un vase plein d'eau. Mettre les fers au feu, voy. FER. Mettre le feu au four, chauffer le four. Passer une chose au feu, la passer au travers de la flamme. Montrer une chose au feu, la présenter au feu pour la faire sécher ou pour la faire chauffer légèrement. Donner le feu à un navire, chauffer les parties sur lesquelles on veut appliquer du brai ou du goudron. Jeter au feu, se dit de quelque objet qu'on veut anéantir. Fig. Feu de paille, se dit pour exprimer qu'un sentiment, qu'une ardeur est de peu de durée et s'éteint vite. Feu de paille se dit aussi de troubles passagers. Cette sédition ne fut qu'un feu de paille. Attiser, souffler le feu, le rendre plus vif en rapprochant les tisons ou en soufflant ; et fig. exciter les passions, les troubles, envenimer les querelles. Jeter de l'huile sur le feu, le rendre plus actif, en y versant de l'huile ; et fig. exciter encore des passions déjà allumées. Couvrir le feu, mettre de la cendre sur des tisons, sur des charbons, afin d'y conserver du feu. Couvre-feu, garde-feu, voy. ces mots à leur rang alphabétique. Fig. Faire trop grand feu du bois de quelqu'un, user trop librement de son argent, de ses provisions. Jouer avec le feu, manier du feu pour s'amuser ; et fig. s'exposer imprudemment à quelque péril. Fig. Faire feu qui dure, ménager son bien, sa santé. Fig. Mettre le feu sous le ventre à quelqu'un, l'exciter vivement. Populairement et bassement. Il court comme s'il avait le feu au derrière, se dit d'un homme qui s'enfuit fort vite.

    On me fit du feu — Mme de Sévigné (1626-1696)

    On arrive, on fait grand feu — Mme de Sévigné (1626-1696)

  8. Il se dit quelquefois pour ce qui sert à allumer. J'ai un cigare, mais je n'ai pas de feu. Avez-vous du feu sur vous ? Donnez-moi du feu, c'est-à-dire une allumette, ou votre cigare allumé pour allumer le mien.

  9. Terme de cuisine. Donner le feu trop chaud trop ardent à la viande, la faire rôtir à trop grand feu. Cuire à petit feu, c'est-à-dire en faisant un petit feu. On dit qu'une chose doit seulement voir le feu, quand elle doit être cuite légèrement et promptement. Entre deux feux se dit de plats que l'on fait cuire avec du feu dessous et dessus, comme les gratins. Faire griller quelque chose au feu d'enfer, le mettre au feu d'enfer, le faire griller à un feu vif de charbons, après l'avoir fortement saupoudré d'épices. Coup de feu, action d'animer le feu pour donner aux mets le dernier degré de cuisson. Le cuisinier est dans son coup de feu, Voy. aussi le n° 16. Fig. et familièrement. Coup de feu, le moment où l'on est le plus occupé. Il est dans son coup de feu.

  10. Feux de joie, ceux qu'on allume sur les hauteurs ou sur les places publiques en signe de réjouissance. Feu de la Saint-Jean, feu qu'on allume le jour de la Saint-Jean. Faire les feux, s'est dit absolument pour faire des feux de joie, se réjouir.

    Ce même peuple, un an auparavant, avait fait des feux de joie de la prise de M. le prince — LAROCHEF.

    On a fait à Vienne, à Londres, à Versailles des feux de joie pour des batailles que personne n'avait gagnées — Voltaire (1694-1778)

  11. Au plur. Il se dit des feux qu'allume une armée, et de son bivouac.

    Déjà les feux sont presque éteints ; Et le silence règne en ces lieux inhumains — Voltaire (1694-1778)

    Quelqu'un l'arrêta [l'empereur], en lui montrant l'arrière-garde ennemie entre lui et la ville, et derrière, les feux d'une armée de cinquante mille hommes — Philippe-Paul de Ségur (1780-1873)

  12. Le feu, le supplice du bûcher. Le supplice du feu. Brûler à petit feu, brûler lentement un condamné, afin de rendre le supplice plus cruel. Par extension. Fig. Faire mourir quelqu'un à petit feu, lui causer des peines d'esprit, des inquiétudes, des chagrins qui le minent. Au moyen âge, épreuve du feu, épreuve qui s'employait pour décider des accusations. Fig. Par allusion aux anciennes épreuves par le feu. Mettre la main au feu pour une personne ou une chose, être sûr que la main mise au feu pour soutenir cette personne ou cette chose ne brûlerait pas, de même que ne brûlerait pas la main de l'innocent. On dit dans le sens contraire : Je n'en mettrais pas la main au feu. Fig. et familièrement. Il se jetterait dans le feu pour lui, il se mettrait au feu pour lui, il ferait tout pour lui prouver son affection, son dévouement. Danse du feu, danse de sauvages dans l'Amérique septentrionale, autour du poteau auquel ils attachent leurs prisonniers. Le feu de l'enfer, les tourments des damnés. Le feu du purgatoire, les peines que souffrent les âmes dans le purgatoire.

    Le Tartuffe dans leur bouche [des hypocrites] est une pièce qui offense la piété ; elle est d'un bout à l'autre pleine d'abominations, et l'on n'y trouve rien qui ne mérite le feu — Molière (1622-1673)

    L'un, défenseur zélé des bigots mis en jeu, Pour prix de ses bons mots le condamnait au feu — Boileau (1636-1711)

  13. Cautérisation à l'aide du fer rouge. Il faut appliquer le feu aux plaies faites par la morsure des chiens enragés. Fig. Employer le fer et le feu, employer les remèdes, les moyens les plus violents. Bouton de feu, instrument de fer en forme de bouton qui, chauffé, sert à faire des cautérisations. Feu potentiel s'est dit autrefois pour ce qu'on nomme aujourd'hui cautère potentiel. Terme de maréchal. Donner le feu à un cheval, appliquer un couteau de fer tout ardent sur quelque tumeur qu'on veut résoudre.

    À mesure qu'Hercule coupe les têtes de l'hydre, Iolas y applique le feu, afin de les empêcher de renaître — Guez de Balzac (1597-1654)

  14. Terme de chimie. Feu nu ou immédiat, le feu ordinaire sur lequel on met un vaisseau. Feu de roue, un feu disposé en cercle autour d'un creuset. Feu de réverbère, celui qui se fait dans un fourneau, par la réverbération de la chaleur, qui frappe le vaisseau par-dessus et tout autour. Feu de fusion, charbons allumés autour d'un creuset. Feu de suppression, un feu de charbons dont on couvre tout à fait le creuset ou le vaisseau. Feu de lampe, se dit d'un appareil dans lequel le vaisseau est échauffé par la chaleur toujours égale d'une lampe. Feu de bain, celui du bain de vapeurs, du bain-marie, du bain de cendre et autres de cette espèce. Feu de digestion, ou ventre de cheval, la chaleur du fumier. Feu olympique, le feu du soleil, dont on ramasse les rayons avec des verres ardents. Fig. et familièrement. Faire feu violet, faire du feu violet, faire quelque chose qui éclate d'abord, où il paraît de la vivacité, mais qui bientôt se dément. Locution prise de ce qu'une flamme qui n'est pas blanche n'est pas portée à un haut degré d'incandescence.

  15. Terme de métallurgie. Feu, bas fourneau où s'opère la réduction d'un métal. Feu catalan, bas fourneau en forme de renardière. Feu d'atteinte ou de fusion, celui qu'on emploie pour la fusion et la calcination des métaux. On dit dans les verreries, le premier, le second, le troisième feu, pour marquer le degré d'avancement de l'ouvrage.

  16. Coup de feu, défaut résultant de l'action trop vive du feu sur un objet. Cette porcelaine a un coup de feu. Ce rôti a un coup de feu.

  17. Pompe à feu, pompe mue par une machine à vapeur, s'entend quelquefois de la machine elle-même. Cheval de feu, synonyme peu usité de cheval-vapeur. Pompe à feu, se dit aussi des pompes à incendie.

  18. Décharges d'armes à feu. Essuyer le feu de l'ennemi. Faire feu, se dit d'une troupe qui tire avec ses fusils et son artillerie. On dit semblablement dans la marine : faire feu des deux bords. Feu de tribord. Feu de bâbord. Faire feu, se dit aussi d'un soldat qui lâche isolément un coup de fusil La sentinelle fit feu, et le poste accourut. Feu de peloton, décharge faite à la fois par tout un peloton. Feu de deux rangs ou de file, feu d'une troupe qui tire par file et sans interruption. Feu roulant, tir d'une troupe tel que, chaque homme ou chaque division tirant à volonté, il en résulte une suite incessante de coups. Fig. Un feu roulant de saillies, d'épigrammes, saillies, épigrammes lancées coup sur coup. Faire un feu d'enfer, tirer rapidement un grand nombre de coups de canon, de coups de fusil. Éteindre le feu ou les feux de l'ennemi, démonter ses canons et les empêcher de tirer par une artillerie supérieure en nombre ou en habileté. Exercice à feu, voy. EXERCICE. Entre deux feux, se dit d'un corps de troupes enveloppé par l'ennemi et sur lequel on tire de deux côtés. Fig. Entre deux feux, se dit d'une personne pressée de deux côtés par des créanciers également menaçants, par des ordres contraires, etc. Aller au feu, aller à un combat où l'on se sert d'armes à feu. Voir le feu, assister à un combat. Ces troupes n'avaient pas encore vu le feu. Familièrement. Aller au feu comme à la noce, marcher allégrement au combat. Accoutumer un cheval au feu, l'accoutumer à entendre tirer des coups de fusil, de canon, sans en être effrayé. Elliptiquement, feu ! se dit pour commander à une troupe de tirer. Faire long feu, se dit au propre d'une arme dont le coup est lent à partir. Fig. Faire long feu, se dit d'une affaire qui traîne en longueur. Faire faux feu, se dit en parlant d'une arme à feu, lorsque l'amorce prend feu sans que le coup parte. Lance à feu, sorte de fusée emmanchée qui sert à mettre le feu à une pièce d'artillerie ou d'artifice. Mettre le feu à un canon, allumer l'amorce qui enflamme la charge. Mettre le feu aux poudres, faire sauter un magasin de poudre ; et fig. provoquer l'explosion de révoltes, de séditions, de révolutions, d'entreprises violentes. On dit dans un sens analogue : le feu prend aux poudres. Les armes à feu, les fusils, les pistolets, les canons, les mortiers. Bouche à feu, une pièce d'artillerie. Coup de feu, détonation, décharge d'un fusil. On entendait des coups de feu dans le bois. Blessure faite par une arme à feu. Il avait un coup de feu à la jambe. Pot à feu, voy. POT. Feu grégeois, voy. GRÉGEOIS.

    Il arrive sans artillerie, monte à l'escalade de la citadelle sous le feu du canon ennemi, et, malgré une résistance opiniâtre, il prend la forteresse — Voltaire (1694-1778)

    Tel court au feu avec intrépidité qui ne laisse pas d'être un très mauvais officier — Jean-Jacques Rousseau (1712-1778)

  19. Terme de fortification. Le flanc du bastion d'où l'on tire sur l'ennemi.

  20. Feu d'artifice, jeux et effets de lumière produits par la préparation de matières inflammables d'après les règles de la pyrotechnie. Tirer un feu d'artifice. Fig. Suite de traits brillants dans la conversation. Feu chinois, sorte d'imitation des feux d'artifice, au moyen de transparents, qui sert de jouet aux enfants.

    C'est au mélange de la limaille de fer avec du zinc que sont dus les beaux effets de nos feux d'artifice — Buffon (1707-1788)

Étymologie : Bourguign. fô ; picard, fu ; provenç. foc, fuoc, fuec ; catal. fog ; espagn. fuego ; portug. fogo ; ital. fuoco ; du latin focus, foyer. Feu n'a donc point de rapport avec l'allemand Feuer, qui tient au grec πῦρ.

Historique : Xe s. Enz en l'fou la getterent, com arde tost [afin qu'elle soit brûlée vite] XIe s. Et fous et flambes i est apareillez Des haumes clairs li fuus en escarbone [les étincelles jaillissent] Contre le ciel vole li fouz [les étincelles] tous clairs XIIe s. De verz albes espines à faire un feu ardent Il i ont mis du feu tout rasé [ras] un tonel Li fous Deu chaït del ciel, si degastast les berbiz et les enfanz XIIIe s. Largesse semble à feu de paille ; Quant il est ars, jà rien ne vaut Et ce fu li tiers feus qui fu en Constantinoble, puis que li pelerin i vindrent Quant Berte sent le feu, à Dieu g…

Émile Littré, Dictionnaire de la langue française — domaine public. Numérisation XMLittré, François Gannaz (CC BY-SA 3.0).

Académie française, 8e édition (1935)

n. m.

  1. Dégagement de lumière et de chaleur produit par la combustion. Les anciens regardaient le feu comme un des quatre éléments. Le culte du feu. Les adorateurs du feu. La nature, les propriétés du feu. L’action du feu sur un corps. Le feu volatilise l’eau. Faire jaillir du feu d’un caillou. Un globe de feu. Une pluie de feu. Le feu des volcans. Un feu souterrain.

  2. Feu central, Le foyer de chaleur qu’on suppose exister au centre du globe terrestre.

  3. Fig., C’est le feu et l’eau se dit de Deux choses tout à fait contraires, de deux personnes qui sont de natures, de caractères entièrement opposés.

  4. Faire feu se dit d’un Corps qui en choquant contre un autre produit du feu, des étincelles. Les pieds des chevaux font souvent feu sur le pavé.

  5. Fig. et fam., Faire feu des quatre pieds, Employer tous ses efforts pour réussir en quelque affaire.

  6. Fig., Le feu lui sort des yeux, Ses yeux sont étincelants de colère.

  7. Fig. et fam., N’y voir que du feu, être tellement ébloui, qu’on n’y voit rien. Par extension, il signifie Ne rien comprendre à quelque chose, ne pas s’apercevoir d’une supercherie, d’un vol, etc.

  8. Il signifie encore Combustion du bois ou autres matières. Feu clair, vif, ardent. Feu à rôtir un boeuf. Feu de charbon, de bois, de tourbe, de paille. Les feux d’un bivouac. Une étincelle de feu. Le feu sacré qui brûlait dans le temple de Vesta. Faire du feu, un bon feu, un grand feu. Le feu commence à prendre, à s’allumer. Le feu ne peut pas brûler. Allumer, souffler, attiser, entretenir, éteindre, couvrir le feu. Faire cuire quelque chose à petit feu. S’approcher du feu pour se chauffer. Tourner le dos au feu. Mettre le pot au feu. Ces allumettes ne prennent pas feu facilement.

  9. Demander du feu ou Donner du feu se dit du Service que se rendent les fumeurs pour allumer leurs pipes, cigares ou cigarettes.

  10. En termes de Marine, Pousser les feux, Activer la combustion pour augmenter la pression dans la chaudière.

  11. Il se dit particulièrement du Feu considéré comme agent de destruction. Le feu est à tel endroit. On a mis le feu à cette maison. Le feu avait couvé pendant plusieurs jours. Le feu a pris à cette poutre. Le feu a gagné le plancher, a gagné le toit. La ville était toute en feu. Crier au feu et elliptiquement Au feu! Courir au feu. Arrêter les progrès du feu. Se rendre maître du feu. Le feu a tout dévoré. Les ravages du feu. Feu de cheminée. Toute la forêt fut bientôt en feu. Le feu se mit à sa robe, dans ses cheveux.

  12. Mettre le feu à une mine, Faire exploser une mine.

  13. Faire la part du feu se dit, dans un incendie, quand on laisse brûler ce qu’on désespère de sauver, afin de mieux protéger les parties qui peuvent être préservées. Il s’emploie aussi figurément. Dans certaines circonstances il faut faire la part du feu, Il faut sacrifier quelque chose pour ne pas tout perdre.

  14. On y court comme au feu, se dit des Spectacles, et, en général, de tout ce qui attire un grand concours de monde.

  15. Mettre un pays à feu et à sang, Exercer, dans ce pays, toutes les cruautés, toutes les atrocités de la guerre.

  16. Fig. et fam., Il se jetterait dans le feu pour lui, Il ferait tout pour lui prouver son affection, son dévouement.

  17. Fig. et fam., Mettre le feu aux poudres, Déterminer une explosion de sentiments violents; faire éclater une haine, une discorde, une sédition qui couvaient; provoquer une discussion.

  18. Fig., Prendre feu, S’émouvoir, s’enflammer, s’irriter; dans une discussion, ne souffrir aucune contradiction, aucune contrariété. Vous prenez feu bien aisément. C’est un homme qui prend feu tout de suite, qui prend feu sur les moindres choses. Il se dit aussi de Quelqu’un que l’amour enflamme subitement.

  19. Fig., Jeter feu et flamme, Se livrer à de grands emportements de colère, annoncer l’intention de tout bouleverser. En apprenant cette nouvelle, il jeta feu et flamme. à son entrée en fonction il avait jeté feu et flamme : ce beau zèle se refroidit très vite. Jeter son feu, jeter tout son feu, Faire et dire tout ce qu’inspire la colère, après quoi l’on devient plus calme.

  20. Armes à feu, Les fusils, les revolvers. Coup de feu, Détonation d’une arme à feu et blessure que fait son projectile.

Dictionnaire de l'Académie française, huitième édition (1932-1935) — domaine public. Numérisation ATILF/Chicago, conversion communautaire.

Grammaire et formes (2)
  • feux — pluriel — /fø/
  • feu — singulier — /fø/

Source de l'entrée : Morphalou 3.1, licence LGPL-LR — entrée feu#27128.

Entrée morphologique (v0.1). Données JSON : lemme.