falloir
verbe, /falwaʁ/
Définitions
Être nécessaire : il faut partir. Verbe impersonnel.
Définition Francorium (CC BY-SA 4.0) — validation automatisée · méthode.
Témoignages historiques
Frise des témoins : Littré 1873 (14 sens) — Académie 1935 (11 sens)
Littré (1873)
v. n.
Faire besoin (le sens étymologique de falloir étant manquer). Il lui fallait cent francs. Que vous faut-il encore ? J'ai le cheval qu'il vous faut.
Il nous faudrait mille personnes Pour éplucher tout ce canton — La Fontaine (1621-1695)
Il fallait un Aristote pour un Alexandre — Rollin (1661-1741)
Il se dit de l'argent à donner pour achat d'une marchandise, pour prix d'un salaire. Combien vous faut-il pour votre marchandise, pour votre peine ?
Employé avec le pronom personnel se et précédé de la particule en, ce verbe indique une différence en moins. En cet emploi, c'est un verbe neutre réfléchi, comme s'enfuir, et il se conjugue comme les verbes réfléchis, c'est-à-dire avec le verbe être. Le compte n'y est pas, il s'en faut cent sous, la différence en moins est de cent sous. On le dit aussi avec la préposition de. Cette construction, il ne s'en est pas fallu l'épaisseur d'un cheveu, s'explique ainsi : il, sujet indéterminé, c'est-à-dire l'épaisseur d'un cheveu, ne s'en est pas fallu. On dirait aussi : il ne s'en est pas fallu de l'épaisseur d'un cheveu ; mais alors l'explication grammaticale est différente : il s'en faut se dit absolument pour signifier il y a une différence en moins ; et de l'épaisseur d'un cheveu devient une locution adverbiale qui modifie il s'en faut. Il se construit avec que et le subjonctif.
Vous dites qu'il s'en faut tant que la somme y soit ; il ne peut s'en falloir tant
La Valteline est toute à nous ; et, s'il s'en faut quelque chose, ce n'est qu'un fort qui n'est pas meilleur que les autres qui se sont rendus — Malherbe (1555-1628)
Il s'en faut beaucoup, il s'en faut bien, la différence en moins est grande. Il s'en faut beaucoup que l'un ait autant de mérite que l'autre. Il ne s'en est pas beaucoup fallu qu'il fût tué. On dit aussi : beaucoup s'en faut. Il s'en faut de beaucoup (voy. c1-dessus l'explication de cette construction), se dit surtout pour exprimer une différence en moins de quantité. Avec ne surabondant. Dans cette construction le mieux est de ne pas mettre ne.
Il s'en faut beaucoup qu'il ait satisfait l'attente du public
Je puis vous assurer qu'il s'en faut bien qu'on y meure de faim — Jean Racine (1639-1699)
Il ne s'en faut guère, la différence n'est pas grande. Il ne s'en est guère fallu que je ne fusse trompé par son air de candeur. On le dit aussi avec de.
Pour les moines, je ne pensais pas tout à fait comme eux ; mais il ne s'en fallait guère ; vous m'avez fait plaisir de me désabuser — Mme de Sévigné (1626-1696)
Il ne s'en faut de guère que ce vase ne soit plein
Il s'en faut peu, peu s'en faut, la différence en moins est petite, locution qui a pris le sens de presque. Peu s'en est fallu que je ne vinsse. Il s'en faut de peu, s'emploie quand il s'agit d'une différence en quantité.
Peu s'en faut que vous n'ayez engraissé un étique — Guez de Balzac (1597-1654)
Aussi le reçoit-il [le coup] peu s'en faut sans défense — Pierre Corneille (1606-1684)
Être de nécessité, de devoir, d'obligation (parce que avoir ce qui manque devient une nécessité). Il ne faut pas croire tout ce qu'on dit. Il vous faudra faire ce voyage. Avec que il veut le subjonctif. En ce sens il est peu usité, non inusité, à l'infinitif. Il va falloir partir. Il, dans le langage familier, peut se supprimer. Faut-il ? fallait-il ? etc. s'emploie pour exprimer un regret. Il faut voir, il est nécessaire de voir, il faut examiner. Avant de se prononcer il faut voir. Familièrement. Il faut voir, il est curieux, intéressant de voir. Il faut voir ce que cela deviendra. Il faut voir se rejette quelquefois à la fin du membre de phrase, en forme d'exclamation. On les battit, il faut voir ! On dit dans un sens analogue : aussi faut-il voir. Il a fait l'insolent, aussi faut-il voir comme on l'a traité. C'est ce qu'il faudra voir, se dit pour répondre à une folle menace. Il dit qu'il m'empêchera de passer, c'est ce qu'il faudra voir. Dans le XVIIe siècle, quand falloir était suivi d'un verbe réfléchi, on mettait le pronom avant falloir, et alors falloir aux temps composés prenait la conjugaison des verbes réfléchis. Cette construction pourrait très bien s'employer encore. Un faire le faut, voy. ce mot composé à son rang alphabétique.
Eh bien ! vous le voulez, il faut vous satisfaire, Il faut affranchir Rome, il faut venger un père, Il faut sur un tyran porter de justes coups — Pierre Corneille (1606-1684)
Et pour la voir tomber [l'âme tiède], il ne faut pas même la voir attaquée — Massillon (1663-1742)
Il s'emploie avec ellipse du verbe qui précède. Parler plus qu'il ne faut. Il le faut, cela est nécessaire.
Ne dire que ce qu'il faut, et de la manière dont il le faut est, ce me semble, un mérite dont les Français, si vous m'en exceptez, ont plus approché que les écrivains des autres pays — Voltaire (1694-1778)
D'éveiller ces amants, il ne le fallait pas — La Fontaine (1621-1695)
Comme il faut, comme il convient.
Pour aimer comme il faut, il faut pour ce qu'on aime Embrasser l'amertume et la dureté même — Pierre Corneille (1606-1684)
Rien ne la contentait, rien n'était comme il faut — La Fontaine (1621-1695)
Un homme comme il faut (on prononce ko-mi-fô), homme de bon ton, de bonne compagnie. Les gens comme il faut. C'est une femme tout à fait comme il faut. Dans le langage des tailleurs et des modistes, un vêtement comme il faut, un vêtement de bon ton, bien porté. Il ne faut pas confondre comme il faut, avec comme il en faut, qui signifie, en parlant de personnes ou de choses, comme la personne ou la chose est nécessaire. Voilà un homme comme il en faut [pour tel ou tel emploi]. Et par plaisanterie : Ce n'est pas une femme comme il faut, c'est une femme comme il en faut.
C'est un homme très comme il faut
Elle a l'air très comme il faut, elle n'a rien marchandé — Louis-Benoît Picard (1769-1828)
Si faut-il que, encore faut-il que, loc. conj. signifiant il est nécessaire, malgré tout, que.... Je veux bien le croire innocent, si faut-il qu'il s'explique. Encore faut-il que je sache à quoi m'en tenir.
Tant s'en faut que, loc. conj. Bien loin que. Tant s'en faut qu'il consente, qu'au contraire il fera tout pour l'empêcher. Familièrement. Tant s'en faut qu'au contraire, s'emploie quelquefois par plaisanterie pour dire simplement au contraire. C'est une phrase elliptique : Tant s'en faut qu'elle soit jolie, qu'au contraire elle est laide.
Et tant s'en faut que les vents aient emporté ma promesse, ils m'ont donné lieu de la tenir — Voiture (1597-1648)
Vous demandez si cette femme est jolie, tant s'en faut qu'au contraire
C'est pour son nez, il lui en faut, se dit par ironie pour marquer qu'il ne mérite pas d'avoir ce qu'il demande.
Molière a employé le participe présent fallant : ; ce qui pourrait très bien être imité à l'occasion.
Mais lui fallant un pic, je sortis hors d'effroi, — Molière (1622-1673)
Étymologie : Falloir est le même que faillir (voy. ce mot), n'en différant que par la conjugaison.
Historique : XIIIe s. Petit s'en faut que mes cuers [mon cœur] ne se desment [déconcerte] de corroux Li mien pié sunt meü, ne s'en falut guieres, à pechié faire Noz avons parlé de le [la] division des quemins, parce que noz regardons qu'il sont, ne s'en faut gaires, tout corrumpu par le [la] convoitise de cix [ceux qui y marcissent [qui y sont limitrophes] XVe s. Il ne faut pas demander si Saintré fut du roy et de la royne très grandement loué À bien peu s'en faillit qu'elle ne se pasma ; et fust à l'envers tombée, se elle ne se feust bientost levée Un coq d'Inde sa gorge à toi semblable porte ; Combien de…
Émile Littré, Dictionnaire de la langue française — domaine public. Numérisation XMLittré, François Gannaz (CC BY-SA 3.0).
Académie française, 8e édition (1935)
v. impersonnel
être de nécessité, de devoir, d’obligation, de bienséance. Il faut faire telle chose. Il faut que je parte demain. Il fallut en passer par là. Il faudrait s’en informer. Pensez- vous qu’il faille croire tout ce qu’il dit? Je ne croyais pas qu’il fallût faire ce voyage. Elle parle plus qu’il ne faut. Il va falloir s’occuper de cette affaire.
Fam., Un homme, une personne comme il faut, Un homme, une personne d’un rang distingué, de bonne éducation, de bonnes manières. C’est un homme très comme il faut. Ne fréquenter que des gens comme il faut.
Encore faut-il que... Il est du moins nécessaire, malgré tout, que...
Fam., Il faut voir, Il est curieux, intéressant de voir. Il faut voir ce que cela deviendra. On le rejette quelquefois à la fin de la phrase, en manière d’exclamation. On les bat, il faut voir! Ces gens nous reçoivent, il faut voir! On dit, dans un sens analogue, Aussi faut-il voir. Il a fait l’insolent; aussi faut-il voir comme on l’a traité!
C’est ce qu’il faut voir, se dit pour faire entendre que l’on saura mettre des empêchements à ce qu’une personne projette de faire. Il veut me faire ôter mon emploi : c’est ce qu’il faudra voir.
FALLOIR se dit aussi de Ce dont on a besoin. Il lui fallait cent francs. Il lui faut un habit. Que lui faut-il encore? il n’est jamais satisfait, il ne sait ce qu’il lui faut. J’ai l’homme qu’il vous faut, ce qu’il vous faut. Ce sont de ces gens comme il en faut dans une réunion.
Il se dit particulièrement, dans une administration, de Ce qu’on doit donner d’argent à quelqu’un pour un prix, pour un salaire. Combien vous faut-il pour votre journée? Que vous faut-il pour votre peine? Il dit qu’il lui faut tant. Il demande plus qu’il ne lui faut.
S’EN FALLOIR signifie Manquer. Il se conjugue avec l’auxiliaire être. Il s’en faut de beaucoup que leur nombre soit complet. Il s’en faut beaucoup que l’un ait le mérite de l’autre. Il s’en faut de moitié que ce vase ne soit plein. Il s’en fallait peu qu’il n’eût achevé. Il s’en est peu fallu qu’il n’ait été tué. Il ne s’en est presque rien fallu. Peu s’en est fallu que je ne vinsse. Il a fini son travail ou peu s’en faut. Il s’en faut de dix francs que la somme entière n’y soit.
TANT S’EN FAUT QUE
loc. conj.
Bien loin que. Tant s’en faut qu’il y consente, au contraire il fera tout pour l’empêcher. Elliptiquement, Je ne suis pas de votre avis, tant s’en faut.
Dictionnaire de l'Académie française, huitième édition (1932-1935) — domaine public. Numérisation ATILF/Chicago, conversion communautaire.
Grammaire et formes (9)
- faudrait — conditionnel présent 3ᵉ pers. singulier — /fodʁɛ/
- faudra — indicatif futur 3ᵉ pers. singulier — /fodʁa/
- fallait — indicatif imparfait 3ᵉ pers. singulier — /falɛ/
- fallut — indicatif passé 3ᵉ pers. singulier — /faly/
- faut — indicatif présent 3ᵉ pers. singulier — /fo/
- falloir — infinitif — /falwaʁ/
- fallu — participe passé
- fallût — subjonctif imparfait 3ᵉ pers. singulier — /faly/
- faille — subjonctif présent 3ᵉ pers. singulier — /fajə/
Source de l'entrée : Morphalou 3.1, licence LGPL-LR — entrée falloir#26693.