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fait

fait

nom, masculin · /fɛ/

Usage : très fréquent (384 occurrences par million, Lexique 3.83).

Définitions

  1. Événement ou action dont la réalité est constatée ou attestée.

    Les faits se sont déroulés en pleine nuit.

    Synonyme : événement.

    « Après cela, quelque partie de l'histoire ancienne que vous lisiez, tout vous tournera à profit ; il ne passera aucun fait dont vous n'aperceviez les conséquences »Bossuet (1627-1704)

    « Ces phénomènes, dont l'explication a toujours paru difficile, sont de nouvelles preuves de notre théorie et montrent la liaison avec les grands faits de l'histoire du globe »Buffon (1707-1788)

  2. Donnée vérifiable et constatée, opposée à l'opinion ou à l'interprétation.

    Un journaliste doit s'en tenir aux faits plutôt qu'aux rumeurs.

    « Tout ce qui a l'air de faits a droit d'en imposer ; il ne suffit point de s'inscrire en faux contre de telles choses ; il faut prouver qu'elles sont fausses »Charles Bonnet (1720-1793)

    « De fait, la défiance où madame se treuve Ne peut venir d'ailleurs que d'un manque d'épreuve »Jean Mairet (1604-1686)

  3. Acte accompli par une personne, considéré sous l'angle de sa responsabilité.

    Ce n'est pas le fait d'un homme raisonnable.

    « En fait de procédés, on est bien près du mépris, quand on a droit à l'indulgence »Charles Pinot Duclos (1704-1772)

Définitions Francorium (CC BY-SA 4.0) · méthode.

Expressions : comme un fait exprès · dire son fait à quelqu'un · fait accompli · fait divers · faits et gestes · le fait du prince · tout compte fait

Grammaire et formes (2)
  • faits : pluriel · /fɛ/
  • fait : singulier · /fɛ/

Témoignages historiques

Littré (1873), entrée 2 · 19 sens

s. m.

  1. Chose faite, acte, action. Chacun répond de son fait. Venir au fait, passer à l'acte. Au fait et au prendre, au moment d'agir, de parler, etc. Prendre quelqu'un sur le fait, le surprendre dans l'acte même qu'il commet. Fig. Convenir de ses faits, s'entendre d'avance sur ce qu'on fera. Cela est du fait d'un tel, c'est un tel qui en est l'auteur.

    Saisir un fait par un mot, et le caractère et les mœurs d'une nation par un faitMme de Staël (1766-1817)

    Pour fait d'outrage aux enfants d'Henri Quatre, De par le roi payez dix mille francsBéranger (1780-1857)

  2. Au plur. On le joint souvent en ce sens avec une épithète. Faits et gestes d'une personne, se dit, par plaisanterie, de sa conduite.

    Belles actions, exploits Elle [mon amitié] est comme tes faits, sans borne et sans mesureRotrou (1609-1650)

    Quelqu'autre te dira d'une plus forte voix Les faits de tes aïeux et les vertus des roisLa Fontaine (1621-1695)

  3. Fait de guerre, acte qui a le caractère de guerre entre nations. Il se dit aussi pour combat : C'est un brillant fait de guerre. Voie de fait, acte par lequel on s'empare violemment d'une chose ; acte de rigueur. Par extension, coups portés, blessure faite par la violence ; en ce sens il se dit surtout au pluriel.

    Il traita durement le peuple par voie de faitBossuet (1627-1704)

  4. Terme de palais. Prendre le fait de quelqu'un, prendre fait et cause pour quelqu'un, intervenir en cause pour lui. Dans le langage commun, se déclarer pour quelqu'un, prendre son parti.

    Vous lui faites trop d'honneur de prendre son fait et causeMme de Sévigné (1626-1696)

  5. Toute chose qui arrive, qui a lieu. Ces faits ne laissent aucun doute sur sa culpabilité. Un fait avéré et public. Dénaturer les faits. Faits accomplis, questions jugées par l'événement, et qui sont, ou peuvent, ou doivent être tenues pour terminées, des faits sur lesquels il n'y a plus à revenir. Doctrine des faits accomplis, règle en politique, par laquelle on accepte ce qui est fait et accompli. C'est un étrange fait, c'est une chose étrange.

    Comme mon intention est de vous faire observer dans cette suite des temps celle de la religion et celle des grands empires ; après avoir fait aller ensemble, selon le cours des années, les faits qui regardent ces deux choses....Bossuet (1627-1704)

    Après cela, quelque partie de l'histoire ancienne que vous lisiez, tout vous tournera à profit ; il ne passera aucun fait dont vous n'aperceviez les conséquencesBossuet (1627-1704)

  6. L'événement, le cas, l'espèce dont il s'agit dans une contestation, dans une discussion, dans une plaidoirie. Il parla pendant une heure sans dire un mot du fait. Aller au fait, venir au fait, s'occuper du point de la discussion. Venez au fait, et, elliptiquement, au fait. Familièrement. Aller au fait, venir au fait, en venir à l'essentiel, au principal, à l'intéressant. Elliptiquement. Au fait, c'est-à-dire que voulez-vous de moi ? En un autre sens, tout bien considéré. Erreur de fait, se dit quand on s'appuie sur un fait qui n'est pas réel. C'est un fait à part, c'est un autre fait, c'est autre chose, c'est une autre affaire. Le fait est que.... la vérité est que.... C'est un fait, cela est de fait, il est de fait que, c'est-à-dire il est constant, reconnu que. Il est de fait que Cicéron parla ainsi. On dit dans le même sens : C'est un point de fait. Mettre, poser en fait, avancer une proposition comme incontestable. Familièrement. Pour la rareté du fait, à cause de la singularité de la chose. On dit de même : pour la beauté du fait. Être sûr de son fait, être sûr de ce qu'on avance ou du succès de ce qu'on entreprend. Être sûr de son fait signifie aussi obtenir une certitude. Il surprend sa femme, et le voilà sûr de son fait. Entendre bien son fait, être habile dans sa profession. Être au fait, être instruit d'une chose, habitué à un travail. Ce domestique est au fait du service. La Bruyère a dit, au même sens, être dans le fait : Mettre au fait, instruire de quelque chose, habituer à, former à. Se mettre au fait, s'instruire de quelque chose, s'y faire, s'y former. Mettez-vous au fait de ma situation.

    Et je sais même sur ce fait [garder un secret] Bon nombre d'hommes qui sont femmesLa Fontaine (1621-1695)

    Si vous, maître et fermier, à qui touche le fait, Dormez sans avoir soin que la porte soit close, Voulez-vous que moi, chien....La Fontaine (1621-1695)

  7. Terme de jurisprudence. Il se dit par opposition à droit. La possession de fait ; la possession de droit. Moyens de fait ; moyens de droit. Dans toutes les affaires on distingue le fait et le droit ; le fait consiste dans ce qui est arrivé, et le droit dépend de l'application de la loi au fait dont il est question, lorsque ce fait est certain. Question de fait, point de fait, se dit par opposition à question de droit, point de droit. Gouvernement de fait, gouvernement régissant un pays, sans tenir son mandat du droit qui fait les souverains. Terme de procédure. Faits et articles, les faits sur lesquels, en matière civile, l'une des parties fait interroger sa partie adverse. On l'a interrogé sur faits et articles. Faits admissibles et pertinents, ceux qui, appartenant à la cause, peuvent être admis à la preuve. Faits justificatifs, ceux qu'un accusé allègue pour sa défense. Faits nouveaux, ceux qui n'ont pas encore été allégués au procès.

    Pépin fut proclamé roi et sacré par Boniface, archevêque de Mayence ; jamais révolution ne s'opéra avec moins d'effort et de bruit : Pépin possédait le pouvoir ; le fait fut converti en droitGUIZOT

    On examine deux questions, l'une de fait, l'autre de droitPascal (1623-1662)

  8. Toute chose dont on a reconnu, constaté la réalité. Les sciences reposent sur l'observation des faits. Dans le langage strictement scientifique. Fait, tout attribut ou propriété d'un corps brut ou organisé, reconnu par l'observation immédiate.

    Il voyait les faits d'autant plus sûrement qu'il ne les voyait point au travers d'un système déjà formé, qui eût pu les changer à ses yeuxFontenelle (1657-1757)

    Les faits sont dans les sciences ce qu'est l'expérience dans la vie civileBuffon (1707-1788)

  9. Ce qui concerne quelqu'un, ce qui lui est spécial.

    Mais puisque tout le monde est aveugle en son faitMathurin Régnier (1573-1613)

    Tout son fait, croyez-moi, n'est rien qu'hypocrisieMolière (1622-1673)

  10. Conduite. Il y a un peu de folie, de malice dans son fait, c'est-à-dire sa conduite témoigne de quelque folie, de quelque malice.

    La cave et le grenier, Du fait des sœurs maintes choses apprirentLa Fontaine (1621-1695)

    En raisonnant sur le fait des nonnainsLa Fontaine (1621-1695)

  11. Ce qui est convenable à quelqu'un. Cet emploi serait bien son fait.

    Critiquer gens m'est fort nouveau, Ce n'est mon faitLa Fontaine (1621-1695)

    J'ai ton faitMolière (1622-1673)

  12. La part qui revient à quelqu'un. Donner à quelqu'un son fait. On a partagé la succession, chacun a eu son fait. Par extension. Fig. Donner à quelqu'un son fait, se venger de lui, le battre dans une discussion, dans une lutte, dans un combat. Avoir son fait, recevoir quelque mécompte, quelque revers, quelque châtiment. En un autre sens, avoir son fait, recevoir un mauvais compliment. Je lui ai bien dit son fait, je lui ai dit ce que je pensais de lui.

    Chacun son fait, nul n'a tout en partageLa Fontaine (1621-1695)

    Ton homme a son faitMolière (1622-1673)

  13. Le bien, la fortune de quelqu'un.

    Son fait, dit-on, consiste en des pierres de prix : Un grand coffre en est pleinLa Fontaine (1621-1695)

    Le malheureux n'osant presque répondre, Court au magot, et dit : c'est tout mon faitLa Fontaine (1621-1695)

  14. Dans le fait, loc. adv. Réellement, effectivement. Malgré les apparences, c'est, dans le fait, un homme dangereux.

  15. Par le fait, même sens. Il se trouva, par le fait, maître de tout le pays.

  16. De fait, loc. adv. En réalité, véritablement. De fait, en effet, certainement. Et de fait, même sens.

    Un homme qui fût homme et de fait et de mineMathurin Régnier (1573-1613)

    De fait, la défiance où madame se treuve Ne peut venir d'ailleurs que d'un manque d'épreuveJean Mairet (1604-1686)

  17. En fait de, loc. prép. En ce qui concerne. Maître en fait d'armes. Expert en fait de procès.

    L'autre était passé maître en fait de tromperiesLa Fontaine (1621-1695)

    Il se surpasse en fait de chansonsMme de Sévigné (1626-1696)

  18. Populairement. Si fait, loc. adv. Au contraire, quand on veut affirmer ce qu'un autre nie. Si fait se dit encore ; non fait ne se dit plus.

    Je n'y entends rien ; si fait pourtant, j'y entends quelque choseJean-Jacques Rousseau (1712-1778)

    Si fait, non fait, termes durs et mal polisDE CAILLIÈRES

  19. Tout à fait, loc. adv. Entièrement. La bonne volonté est réputée pour le fait.

    Je suis chrétien, Néarque, et le suis tout à faitPierre Corneille (1606-1684)

    Théglath-Phalasar, premier roi d'Assyrie ou de Ninive, qui réduisit à l'extrémité le royaume d'Israël, et détruisit tout à fait celui de SyrieBossuet (1627-1704)

Étymologie : Provenç. fag, faig, fait ; catal. fet ; espagn. hecho ; portug. feito ; ital. fatto ; du latin factum, fait, neutre de factus, participe passif de facere.

Historique : XIIe s. Al roi Marsille [il] a touz les faix contez Seignor, dit l'apostoles [le pape], moult est honteus ces fais [ce fait] Al jour del jugement, quant Dex tiendra ses plais, Auront li pecheor grant gaaing de lor fais [bonnes actions] XIIIe s. Bien voient qu'il auront de leur fait la deserte [récompense] Quiconques vous tiegne pour sage, je vous tieng pour fol, et bien sai que jou meïsmes serai blasmés pour vostre fait Et li vaillans hons tant m'amoit, Qu'en tous ses fais me reclamoit Il renoncerent de fet à toutes les cozes temporex dehors lor eglises Mais bien se gart li maris qui tele venj…

Émile Littré, Dictionnaire de la langue française, domaine public. Numérisation XMLittré, François Gannaz (CC BY-SA 3.0). Tout ce témoin.

Académie française, 8e édition (1935) · 45 sens

n. m.

  1. Ce que quelqu’un fait, a fait ou fera. Il nie le fait. On lui impute des faits graves. C’est par des faits que je veux lui prouver mon attachement. Ses faits ne répondent pas à ses promesses. Se vanter ainsi ne peut être que le fait d’un fanfaron. Par le fait d’autrui. Prov., L’intention est réputée pour le fait.

  2. Convenir de ses faits, S’entendre d’avance avec quelqu’un sur ce qu’on fera.

  3. être sûr de son fait, être sûr de ce qu’on dit, de Ce qu’on avance ou du succès de ce qu’on a entrepris.

  4. Cela est du fait d’un tel, C’est un tel qui en est l’auteur. Cela est de mon fait. Cela est de votre fait.

  5. Les hauts faits, les beaux faits d’armes, Les exploits militaires.

  6. Fam. et par plaisanterie, Les faits et gestes d’une personne, La vie et les actions d’une personne. On sait ses faits et gestes.

  7. Fam., Entendre bien son fait, être habile dans sa profession.

  8. En termes de Jurisprudence, Voie de fait. Voyez — VOIE.

  9. En venir au fait, En venir à l’exécution. Il allait en venir au fait, si on ne l’eût retenu.

  10. Fam., Au fait et au prendre, Au moment de l’exécution, quand il est question d’agir, de parler. Quand on vint, quand ce fut au fait et au prendre. Il prétendait être au courant; mais, au fait et au prendre, il s’est trouvé ne rien savoir de l’affaire.

  11. Prendre quelqu’un sur le fait, Le surprendre dans le temps même où il fait une action qu’il voulait cacher. Cet employé volait son patron : il a été pris sur le fait.

  12. Dans son fait se dit dans le même sens que Dans son cas. Il y a un peu de malice dans son fait.

  13. En termes de Palais, Prendre fait et cause pour quelqu’un, Intervenir en cause pour lui. Cela signifie aussi, dans le langage ordinaire, Se déclarer pour quelqu’un, prendre son parti, le défendre.

  14. Il signifie en général Toute chose qui arrive, qui a lieu, qui a eu lieu. Un fait singulier. Un fait miraculeux. L’importance d’un fait. C’est un fait unique dans l’histoire. Ces faits sont antérieurs à... Le récit des faits. Les faits historiques. Présenter habilement les faits. Alléguer un fait. Vérifier, constater un fait. Le fait est constant, certain, exact, authentique. Un fait avéré et public. On m’a confirmé le fait. Ces faits ne laissent aucun doute sur sa culpabilité. Les faits seuls réfutent cette calomnie. Articuler des faits. Dénaturer les faits. Rétablir les faits.

  15. Faits divers. Voyez

  16. DIVERS.

  17. Un fait accompli, Une chose faite et sur laquelle il semble qu’il n’y a plus à revenir. Se trouver en face du fait accompli.

  18. Il se dit souvent, dans une acception particulière, de l’événement, du cas, de l’espèce dont il s’agit, et s’emploie surtout dans les discussions, les contestations, les plaidories. Il parla pendant une heure, sans dire un mot du fait. Exposer le fait. Voilà le fait. Ne nous écartons pas du fait. Revenons au fait. Venez au fait, ou, elliptiquement, Au fait. Il va droit au fait. Moyens de fait et de droit.

  19. Aller au fait, venir au fait signifient, par extension, En venir à l’essentiel, au principal, à l’intéressant. Pourquoi tant de détours? venez donc au fait. C’est un homme qui va tout de suite au fait.

  20. Au fait signifie quelquefois Tout bien considéré. Au fait, qu’est-ce que je risque? Voyez plus loin De fait.

Dictionnaire de l'Académie française, huitième édition (1932-1935), domaine public. Numérisation ATILF/Chicago, conversion communautaire. Tout ce témoin.

Source de l'entrée : Morphalou 3.1, licence LGPL-LR, entrée fait#26676.

fait

adjectif · /fɛ/

Usage : fréquent (42 occurrences par million, Lexique 3.83).

Définitions

  1. Qui est achevé, confectionné, prêt à l'emploi : des vêtements tout faits.

    Elle préfère les plats tout faits aux préparations maison.

  2. En parlant du corps, dont les proportions sont bonnes ou mauvaises : une silhouette bien faite.

    « C'était une grande fille faite à peindre, qui se mettait bien, qui marchait comme une déesse »Antoine Hamilton (1646-1720)

    « La véritable reine reprenait un teint frais et vermeil ; mais elle était crasseuse, court-vêtue et faite comme un petit torchon qu'on a traîné dans les cendres »Fénelon (1651-1715)

Définitions Francorium (CC BY-SA 4.0) · méthode.

Expressions : être fait comme un rat · fait maison

Grammaire et formes (4)
  • faites : pluriel féminin · /fɛtə/
  • faits : pluriel masculin · /fɛ/
  • faite : singulier féminin · /fɛtə/
  • fait : singulier masculin · /fɛ/

Témoignages historiques

Littré (1873), entrée 1 · 17 sens

part. passé

  1. Formé, exécuté. L'homme fait à l'image de Dieu. Un tertre fait de main d'homme. Ce tailleur vend des habits tout faits. Familièrement. Ce n'est ni fait ni à faire, se dit d'un travail mal fait, et, particulièrement, d'un travail littéraire, d'une rédaction, etc. Fig. C'est une nouvelle, une histoire, un conte fait à plaisir, la nouvelle, l'histoire est controuvée, le conte n'a rien de vrai. C'est un grand pas de fait, on a beaucoup avancé ce dont il s'agit. C'est judicieusement fait à lui, il a agi judicieusement. Tout est fait, rien autre n'est nécessaire. Voilà qui est fait, la chose est décidée. Cela vaut fait, c'est comme si la chose était faite. On dit de même. Tenez cela pour fait. Aussitôt dit, aussitôt fait, se dit pour exprimer que l'action suit aussitôt la parole. Familièrement. C'est fait pour moi, cela semble fait pour moi, n'est fait que pour moi, cela n'arrive qu'à moi, en parlant de désagréments, de malheurs. On dit de même : C'est un fait exprès, c'est comme un fait exprès. C'est une affaire faite, exprime que la chose est terminée, et aussi qu'il n'y a plus à revenir là-dessus. Est-ce fait ? se dit communément pour demander si une chose est achevée. C'est fait, se dit pour avertir que la chose est achevée. Est-ce fait ? se dit dans les jeux des enfants pour demander si celui qui doit chercher peut commencer ; en cas d'affirmation, on répond : fait.

    Suivez le roi, seigneur, votre ambassade est faitePierre Corneille (1606-1684)

    Je pourrais décider, car ce droit m'appartient ; Mais rapportons-nous-en. - Soit fait, dit le reptileLa Fontaine (1621-1695)

  2. Bien fait, mal fait, ayant le corps bien ou mal proportionné. Fait à peindre, dont le corps est tellement bien fait qu'il mériterait de servir de modèle à un peintre. On dit dans le même sens : fait à plaisir, fait à ravir, fait au tour ou au moule. Avoir la taille bien faite, mal faite, avoir une belle taille, une vilaine taille. Avoir la jambe bien faite, mal faite, bien, mal conformée. Ironiquement. Cela lui rend la jambe bien faite, se dit de quelque chose dont on tire avantage, mais qui ne peut être d'aucune utilité.

    Si pour toucher son cœur j'étais assez bien faitePierre Corneille (1606-1684)

    Il est noble chez lui, bien fait de sa personneMolière (1622-1673)

  3. Constitué, disposé. Esprit bien fait, mal fait, personne dont la raison est, n'est pas saine et droite. On dit dans un sens analogue, avoir le cœur bien fait. Avoir la tête mal faite, être bizarre, déraisonnable.

    Je ne sais pas comme sont faites vos beautés d'Asie, mais je vous assure que cinq ou six des plus belles personnes de l'Europe sont devenues amoureuses de vousVoiture (1597-1648)

    Des Parthes le mieux fait d'esprit et de couragePierre Corneille (1606-1684)

  4. Constitué en une certaine dignité.

    Les princes à faire ne peuvent se passer de ces gens-là [les bons conseillers], et les princes faits en ont grand besoinGuez de Balzac (1597-1654)

  5. Habitué.

    Mais votre bras au crime est plus fait que le mienPierre Corneille (1606-1684)

    Car les femmes y sont faites à coqueterMolière (1622-1673)

  6. Être fait pour, être propre à, capable de. Cet homme n'est pas fait pour un pareil emploi.

    Une duchesse de Berry était faite pour lui céder ses dames [à la duchesse de Bourgogne], quand il lui plairait de les vouloir prendreSaint-Simon (1675-1755)

    Cette manière d'écrire n'est pas faite pour aller à la postéritéVoltaire (1694-1778)

  7. Destiné. N'être fait que pour, être destiné seulement à.

    Qui de l'âne ou du maître est fait pour se lasserLa Fontaine (1621-1695)

    Ses maximes [du duc de Bourgogne] étaient que les rois sont faits pour les sujets, et non les sujets pour les roisCharles Pinot Duclos (1704-1772)

  8. Habillé, arrangé. Comme le voilà fait ! se dit de quelqu'un plus mal vêtu, plus mal arrangé que d'ordinaire, et aussi de quelqu'un qui n'a pas aussi bon visage que d'habitude. On dit de même : être fait comme un voleur. Être fait comme il plaît à Dieu, se dit d'une personne dont les vêtements sont en désordre.

    Suis-je fait en voleur ou bien en assassin ?Pierre Corneille (1606-1684)

    Je suis dehors, faite comme un loup-garouMme de Sévigné (1626-1696)

  9. Accompli. Homme fait, homme arrivé à la force de l'âge. C'est déjà un homme fait, en parlant d'un jeune garçon qui grandit, qui devient sage, capable. Terme de manége. Cheval fait, qui n'est plus jeune et qui est dressé. Il se dit aussi des choses qui ont atteint leur plus haut point.

    On n'a jamais pris le deuil des enfants de la reine quand ils n'avaient pas sept ans faitsSaint-Simon (1675-1755)

    Il [le peuple] ne se perd que lorsque les hommes faits sont déjà corrompusMontesquieu (1689-1755)

  10. Qui est à point pour être mangé. De la viande faite. Le fromage est fait.

  11. Terme de marine. Vent fait, vent qui a déjà soufflé quelque temps dans un certain rumb et qu'on croit devoir durer. On dit de même : temps fait. Le flot, le jusant sont faits, lorsque le courant en a atteint sa vitesse moyenne.

  12. Phrase faite, phrase consacrée dans sa construction et dans laquelle on ne peut rien changer. Les idiotismes sont des phrases faites. Mot fait, mot autorisé par l'usage. Ce mot est fait, n'est pas fait.

    Il y a un certain nombre de phrases toutes faites que l'on prend comme dans un magasin et dont l'on se sert pour se féliciter les uns les autres sur les événementsLa Bruyère (1645-1696)

  13. À prix fait, à prix convenu.

    Les impudicités les plus monstrueuses avaient leur prix faitVoltaire (1694-1778)

  14. Toutes charges faites, toutes charges payées.

    La Silésie, laquelle vaut par an à son vainqueur quatre millions sept cent mille écus d'Allemagne, toutes charges faitesVoltaire (1694-1778)

  15. C'en est fait, la chose est accomplie. C'en est fait, se dit aussi pour indiquer une résolution irrévocablement prise. C'en est fait, je m'expatrie.

    Mais puisque c'en est fait, le mal est sans remèdePierre Corneille (1606-1684)

    C'en est fait : on dira que Phèdre trop coupable De son époux trahi fuit l'aspect redoutableJean Racine (1639-1699)

  16. C'est fait de moi, je suis perdu. On trouve aussi : C'en est fait de. La locution c'en est fait de.... n'est pas grammaticalement explicable ; on oublie le rapport exprimé par en, et on l'exprime de nouveau par de ; il y a pléonasme vicieux ; et, bien que Racine et Rollin s'en soient servis, il ne faut pas les imiter.

    C'est fait de votre vie et je vous le prometsPierre Corneille (1606-1684)

    S'il m'échappait un mot, c'est fait de votre vieJean Racine (1639-1699)

  17. Terme de beaux-arts. Le bien fait, le mal fait, l'exécution bonne ou mauvaise d'un tableau, d'un dessin, particulièrement en ce qui concerne les détails et leur arrangement.

Émile Littré, Dictionnaire de la langue française, domaine public. Numérisation XMLittré, François Gannaz (CC BY-SA 3.0). Tout ce témoin.

Source de l'entrée : Morphalou 3.1, licence LGPL-LR, entrée fait#26677.

Entrée morphologique (v0.1). Données JSON : lemme.