fait
adjectif, /fɛ/
Témoignages historiques
Frise des témoins : Littré 1873 (17 sens)
Littré (1873) — entrée 1
part. passé
Formé, exécuté. L'homme fait à l'image de Dieu. Un tertre fait de main d'homme. Ce tailleur vend des habits tout faits. Familièrement. Ce n'est ni fait ni à faire, se dit d'un travail mal fait, et, particulièrement, d'un travail littéraire, d'une rédaction, etc. Fig. C'est une nouvelle, une histoire, un conte fait à plaisir, la nouvelle, l'histoire est controuvée, le conte n'a rien de vrai. C'est un grand pas de fait, on a beaucoup avancé ce dont il s'agit. C'est judicieusement fait à lui, il a agi judicieusement. Tout est fait, rien autre n'est nécessaire. Voilà qui est fait, la chose est décidée. Cela vaut fait, c'est comme si la chose était faite. On dit de même. Tenez cela pour fait. Aussitôt dit, aussitôt fait, se dit pour exprimer que l'action suit aussitôt la parole. Familièrement. C'est fait pour moi, cela semble fait pour moi, n'est fait que pour moi, cela n'arrive qu'à moi, en parlant de désagréments, de malheurs. On dit de même : C'est un fait exprès, c'est comme un fait exprès. C'est une affaire faite, exprime que la chose est terminée, et aussi qu'il n'y a plus à revenir là-dessus. Est-ce fait ? se dit communément pour demander si une chose est achevée. C'est fait, se dit pour avertir que la chose est achevée. Est-ce fait ? se dit dans les jeux des enfants pour demander si celui qui doit chercher peut commencer ; en cas d'affirmation, on répond : fait.
Suivez le roi, seigneur, votre ambassade est faite — Pierre Corneille (1606-1684)
Je pourrais décider, car ce droit m'appartient ; Mais rapportons-nous-en. - Soit fait, dit le reptile — La Fontaine (1621-1695)
Bien fait, mal fait, ayant le corps bien ou mal proportionné. Fait à peindre, dont le corps est tellement bien fait qu'il mériterait de servir de modèle à un peintre. On dit dans le même sens : fait à plaisir, fait à ravir, fait au tour ou au moule. Avoir la taille bien faite, mal faite, avoir une belle taille, une vilaine taille. Avoir la jambe bien faite, mal faite, bien, mal conformée. Ironiquement. Cela lui rend la jambe bien faite, se dit de quelque chose dont on tire avantage, mais qui ne peut être d'aucune utilité.
Si pour toucher son cœur j'étais assez bien faite — Pierre Corneille (1606-1684)
Il est noble chez lui, bien fait de sa personne — Molière (1622-1673)
Constitué, disposé. Esprit bien fait, mal fait, personne dont la raison est, n'est pas saine et droite. On dit dans un sens analogue, avoir le cœur bien fait. Avoir la tête mal faite, être bizarre, déraisonnable.
Je ne sais pas comme sont faites vos beautés d'Asie, mais je vous assure que cinq ou six des plus belles personnes de l'Europe sont devenues amoureuses de vous — Voiture (1597-1648)
Des Parthes le mieux fait d'esprit et de courage — Pierre Corneille (1606-1684)
Constitué en une certaine dignité.
Les princes à faire ne peuvent se passer de ces gens-là [les bons conseillers], et les princes faits en ont grand besoin — Guez de Balzac (1597-1654)
Habitué.
Mais votre bras au crime est plus fait que le mien — Pierre Corneille (1606-1684)
Car les femmes y sont faites à coqueter — Molière (1622-1673)
Être fait pour, être propre à, capable de. Cet homme n'est pas fait pour un pareil emploi.
Une duchesse de Berry était faite pour lui céder ses dames [à la duchesse de Bourgogne], quand il lui plairait de les vouloir prendre — Saint-Simon (1675-1755)
Cette manière d'écrire n'est pas faite pour aller à la postérité — Voltaire (1694-1778)
Destiné. N'être fait que pour, être destiné seulement à.
Qui de l'âne ou du maître est fait pour se lasser — La Fontaine (1621-1695)
Ses maximes [du duc de Bourgogne] étaient que les rois sont faits pour les sujets, et non les sujets pour les rois — Charles Pinot Duclos (1704-1772)
Habillé, arrangé. Comme le voilà fait ! se dit de quelqu'un plus mal vêtu, plus mal arrangé que d'ordinaire, et aussi de quelqu'un qui n'a pas aussi bon visage que d'habitude. On dit de même : être fait comme un voleur. Être fait comme il plaît à Dieu, se dit d'une personne dont les vêtements sont en désordre.
Suis-je fait en voleur ou bien en assassin ? — Pierre Corneille (1606-1684)
Je suis dehors, faite comme un loup-garou — Mme de Sévigné (1626-1696)
Accompli. Homme fait, homme arrivé à la force de l'âge. C'est déjà un homme fait, en parlant d'un jeune garçon qui grandit, qui devient sage, capable. Terme de manége. Cheval fait, qui n'est plus jeune et qui est dressé. Il se dit aussi des choses qui ont atteint leur plus haut point.
On n'a jamais pris le deuil des enfants de la reine quand ils n'avaient pas sept ans faits — Saint-Simon (1675-1755)
Il [le peuple] ne se perd que lorsque les hommes faits sont déjà corrompus — Montesquieu (1689-1755)
Qui est à point pour être mangé. De la viande faite. Le fromage est fait.
Terme de marine. Vent fait, vent qui a déjà soufflé quelque temps dans un certain rumb et qu'on croit devoir durer. On dit de même : temps fait. Le flot, le jusant sont faits, lorsque le courant en a atteint sa vitesse moyenne.
Phrase faite, phrase consacrée dans sa construction et dans laquelle on ne peut rien changer. Les idiotismes sont des phrases faites. Mot fait, mot autorisé par l'usage. Ce mot est fait, n'est pas fait.
Il y a un certain nombre de phrases toutes faites que l'on prend comme dans un magasin et dont l'on se sert pour se féliciter les uns les autres sur les événements — La Bruyère (1645-1696)
À prix fait, à prix convenu.
Les impudicités les plus monstrueuses avaient leur prix fait — Voltaire (1694-1778)
Toutes charges faites, toutes charges payées.
La Silésie, laquelle vaut par an à son vainqueur quatre millions sept cent mille écus d'Allemagne, toutes charges faites — Voltaire (1694-1778)
C'en est fait, la chose est accomplie. C'en est fait, se dit aussi pour indiquer une résolution irrévocablement prise. C'en est fait, je m'expatrie.
Mais puisque c'en est fait, le mal est sans remède — Pierre Corneille (1606-1684)
C'en est fait : on dira que Phèdre trop coupable De son époux trahi fuit l'aspect redoutable — Jean Racine (1639-1699)
C'est fait de moi, je suis perdu. On trouve aussi : C'en est fait de. La locution c'en est fait de.... n'est pas grammaticalement explicable ; on oublie le rapport exprimé par en, et on l'exprime de nouveau par de ; il y a pléonasme vicieux ; et, bien que Racine et Rollin s'en soient servis, il ne faut pas les imiter.
C'est fait de votre vie et je vous le promets — Pierre Corneille (1606-1684)
S'il m'échappait un mot, c'est fait de votre vie — Jean Racine (1639-1699)
Terme de beaux-arts. Le bien fait, le mal fait, l'exécution bonne ou mauvaise d'un tableau, d'un dessin, particulièrement en ce qui concerne les détails et leur arrangement.
Émile Littré, Dictionnaire de la langue française — domaine public. Numérisation XMLittré, François Gannaz (CC BY-SA 3.0).
Grammaire et formes (4)
- faites — pluriel féminin — /fɛtə/
- faits — pluriel masculin — /fɛ/
- faite — singulier féminin — /fɛtə/
- fait — singulier masculin — /fɛ/
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