v. a.
Donner l'être ou la forme. Dieu a fait l'homme à son image. Dieu a fait le monde en six jours. Tous les jours que Dieu fait, c'est-à-dire chaque jour. Par extension. Fig.
Vos mains m'ont fait et m'ont formé ; donnez-moi l'intelligence, afin que j'apprenne vos commandements — Lemaistre de Sacy (1613-1684)
Ils pensent que pour eux le ciel fit l'Amérique — Voltaire (1694-1778)
Engendrer. Faire un enfant, en parlant d'une femme, le mettre au monde. Et aussi en parlant de l'homme : Vous ferez un enfant, et vous voilà bien avancé ! Faire un enfant à une femme, la rendre enceinte. Faire des petits, en parlant des femelles des animaux, mettre bas. Cet enfant fait ses dents, les dents lui viennent. On dit d'un malade chez qui se produisent pathologiquement de l'albumine, du sucre, du tubercule : il fait de l'albumine, du sucre, du tubercule.
Il [Frédéric] a fait plus de livres qu'aucun des princes contemporains n'a fait de bâtards, et il a remporté plus de victoires qu'il n'a fait de livres — Voltaire (1694-1778)
C'est une épagneule très petite, ajouta Zadig ; elle a fait depuis peu des chiens — Voltaire (1694-1778)
Façonner, fabriquer, construire, en parlant des œuvres matérielles de l'art ou de l'industrie. Faire du pain, un habit, un tissu, une machine, une maison. Faire le vin, se dit de toutes les opérations qui forment la fabrication du vin. Faire le dîner, le déjeuner, préparer le dîner, le déjeuner. Faire à dîner, donner de quoi dîner. Faites-moi à dîner. Ne faire œuvre de ses doigts, et, plus souvent de ses dix doigts, ne faire rien du tout, ne point travailler. Il se dit aussi des travaux des animaux. Les abeilles font le miel. L'oiseau fait son nid. Fig. Faire des brioches, voy. BRIOCHE.
....Saluez ces pénates d'argile ; Jamais le ciel ne fut aux humains si facile Que quand Jupiter même était de simple bois ; Depuis qu'on l'a fait d'or, il est sourd à nos voix — La Fontaine (1621-1695)
Les symphonistes de l'opéra, après Lulli, étaient si inhabiles et excitaient si bien les cris du parterre, qu'ils étaient taxés à six sols par faute qu'ils faisaient devant le public ; avec le total de ces amendes ils faisaient faire une immense brioche qu'ils mangeaient ensemble ; les condamnés à l'amende paraissaient à ce festin avec une petite brioche en carton à la boutonnière ; on les nomma croque-brioche, faiseurs de brioches ; et, par abréviation, brioche devint synonyme de faute, d'ânerie — CASTIL-BLAZE
Se dit dans le même sens, en parlant des œuvres de l'intelligence, de l'imagination Faire un projet, un plan. Faire un poëme, un conte, des vers. Terme de peinture. Peindre. Faire l'histoire. Faire les animaux. Ce peintre ne fait que le paysage. Faire sec et dur, peindre sèchement et durement.
Il y a un vieux évêque d'Évreux, qui a plus de quatre-vingts ans ; c'était autrefois l'évêque du Puy ; il a fait la vie de ma grand'mère — Mme de Sévigné (1626-1696)
Et toujours mécontent de ce qu'il vient de faire, Il plaît à tout le monde et ne saurait se plaire — Boileau (1636-1711)
Il s'emploie dans un sens beaucoup plus étendu, en parlant de tout ce qu'un sujet opère, effectue, exécute dans l'ordre physique ou dans l'ordre moral. Faire que sage, c'est-à-dire faire la chose que ferait une personne sage, voy. QUE.
Ne fais point d'autre crime, et j'atteste les dieux Qu'au lieu de t'en haïr, je t'en aimerai mieux — Pierre Corneille (1606-1684)
Il veut publiquement Du prince Héraclius faire le châtiment — Pierre Corneille (1606-1684)
Faire quelque chose pour quelqu'un, lui accorder ou lui faire obtenir quelque chose. Il n'a rien voulu faire pour sa famille. On dit de même : la nature a tout fait pour lui, c'est-à-dire il est doué de très heureuses dispositions.
C'est là [à la cour] que l'on sait parfaitement ne faire rien ou faire très peu de chose pour ceux que l'on estime beaucoup — La Bruyère (1645-1696)
Il se dit des choses qui sont agents de quelque chose. La mine fit explosion. La grêle a fait du dégât. Opérer. Les planètes font leur révolution autour du soleil en un temps déterminé.
Ce qui fit vos grandeurs fera votre ruine — Marie-Joseph Chénier (1764-1811)
Se faire, faire à soi, se créer, se procurer. Se faire fête d'une chose, s'en réjouir. Se faire honneur ou gloire de quelque chose, s'en tenir honoré, glorieux.
C'en est peut-être assez [de fermeté] pour une âme commune Qui du moindre péril se fait une infortune — Pierre Corneille (1606-1684)
Je me fais des vertus dignes d'une Romaine — Pierre Corneille (1606-1684)
Faire d'une personne, d'une chose.... la changer en, en user comme de... Fig. Faire d'une mouche un éléphant, exagérer excessivement une petite chose. Faire de quelque chose une obligation, un devoir, etc. l'imposer comme une obligation, un devoir. Et avec le pronom personnel, se faire un devoir, une obligation d'une chose, la considérer comme de devoir, comme d'obligation. Faire un mérite à quelqu'un de quelque chose, lui tenir cette chose à mérite. Et, avec le pronom personnel, se faire un mérite d'une chose, la considérer comme un mérite pour soi. Faire gloire, faire vanité de quelque chose, en tirer gloire, vanité. Faire ses délices de quelque chose, y prendre un plaisir extrême.
Que de tous tes sujets il fasse des rebelles — Pierre Corneille (1606-1684)
Et d'Indou qu'il était on vous le fait Lapon — La Fontaine (1621-1695)
Faire suivi de la préposition de, signifie disposer de quelqu'un ou de quelque chose, en tirer parti d'une façon quelconque. Faire ce qu'on veut de quelqu'un, se dit d'une personne facile ou faible qui s'accommode à ce qu'on veut d'elle. Faites-en des choux, des raves, c'est-à-dire faites-en ce que vous voudrez. N'avoir que faire de, n'avoir pas besoin de (grammaticalement, la locution équivaut à : n'avoir chose que l'on puisse faire de....). N'avoir que faire à quelqu'un, n'avoir rien à faire auprès de lui. On n'a que faire, il est inutile. N'avoir que faire, être inutile. N'avoir que faire de quelqu'un ou de quelque chose, n'en faire nul cas. Je n'ai que faire de lui et de ses visites. N'avoir que faire, signifie aussi qu'on désapprouve, qu'on trouve mauvais. Je n'ai que faire de vos discours.
Que voulez-vous que je fasse de cet homme-là ? Nous avons besoin d'argent, il n'en sait que faire — Antoine Hamilton (1646-1720)
Que ferez-vous de cette chose, de cette personne, c'est-à-dire à quoi vous servira-t-elle ? Que ferait-il de moi ? que ferais-je de lui ? — Boursault (1638-1701)
Employer ses forces, son activité à quelque chose, s'en occuper, y passer son temps. Faire un travail. Faire sa besogne. Il n'a rien fait de toute la journée. Ne rien faire, ne faire rien, vivre dans l'oisiveté. Ne faire rien, se dit d'un écolier qui ne travaille pas, ne s'applique pas. Un jeune homme qui ne fait rien. N'avoir rien à faire, plus rien à faire, n'avoir pas ou plus d'occupation. C'est une personne à tout faire, qu'on peut employer ou qu'on emploie à tout dans une maison ; en mauvaise part, c'est une personne dangereuse, capable d'actions mauvaises ou violentes. Je ne puis, je ne sais que faire à cela, c'est une chose où je ne puis rien. Que voulez-vous que j'y fasse ? c'est-à-dire, je n'y puis rien, cela ne dépend pas de moi. C'est un faire le faut, voyez FAIRE LE FAUT, à son rang. Je n'en ferai rien, je me garderai bien de faire ce dont il est question. Vous voulez que je parte ; je n'en ferai rien. On dit dans le même sens et dans le langage familier : non ferai. Faire du mal à quelqu'un, lui causer une souffrance physique ou morale. Faire quelque chose à quelqu'un, l'offenser, lui faire du mal. Faire du bien à quelqu'un, se dit d'une personne qui donne des secours à quelqu'un dans la gêne ; se dit aussi d'une chose qui procure du bien-être. Cette potion lui fit du bien. Elliptiquement, grand bien vous fasse, se dit quand, refusant de faire une chose qui est proposée, on souhaite poliment que la chose fasse bien à celui qui la propose.
Que fait-il tout le long du jour ? Le ciel me sera témoin que j'ai fait pour toi tout ce que j'ai pu — Molière (1622-1673)
Hé ! bonjour, ma chère Lisette ; comment te portes-tu, mon enfant ? que fait ta belle maîtresse ? — Regnard (1655-1709)
Terme d'agriculture. Récolter. Les cultivateurs ont fait beaucoup de légumes cette année. On fera beaucoup de vin en Bourgogne. Faire les foins. Fig. Faire ses orges, voy. ORGE. Il signifie aussi semer, cultiver, sans impliquer l'idée de récolte. J'avais fait du blé d'hiver, il n'a pas réussi.
Dans le commerce, faire signifie le genre d'opérations auxquels on se livre. Ce jardinier fait les primeurs. Ce négociant fait les eaux-de-vie.
Produire le même effet, le même résultat que.... Le fusil était chargé avec du petit plomb ; mais, tiré de près, le coup fit balle. Terme de vétérinaire. Faire les forces, faire ciseaux, se dit d'un cheval qui remue sans cesse sa mâchoire. Faire grenier ou magasin, se dit lorsque des pelotes d'aliments restent entre les joues et les molaires du cheval. Faire la révérence, broncher.
Les doigts, qui ont deux lignes de largeur, sont à peu près égaux en grosseur, mais le premier doigt, qui fait pouce, et qui a de longueur douze lignes, a un ongle de trois pouces six lignes qui est large et plat comme ceux des makis — Buffon (1707-1788)
Arranger, mettre dans un état convenable. Faire une chambre. Faire un lit. Faire un appartement. Faire les habits. Faire la barbe, raser. Terme de boucherie. Faire une bête, la tuer et la préparer comme il faut. Fig. Faire le bec à quelqu'un, voy. BEC. Familièrement. Faire maison nette, congédier tous ses domestiques. Faire table rase, voy. TABLE.
Un grand benêt de vingt-cinq ou vingt-six ans, qu'elle avait pris pour faire le jardin — Mme de Sévigné (1626-1696)
Au noble hôtel de la Vermine, On est logé très proprement ; Rivarol y fait la cuisine, Et Champcenets l'appartement — Beaumarchais (1732-1799)
Mettre en pratique, observer, en parlant de choses d'obligation, de précepte. Faire ce que Dieu ordonne. Terme de jurisprudence. Obligation de faire, obligation d'accomplir une action. Obligation de ne pas faire, obligation de s'abstenir d'une action. Se conformer à une prescription, à une obligation temporaire. Faire diète. Faire gras. Faire la quarantaine, ou faire quarantaine. Fig. Faire son devoir, se dit de choses employées avec une grande force à faire quelque chose. Faire une fête, la célébrer. Faire les Rois. Faire la Cène. Populairement. Faire le lundi, passer la journée du lundi à s'amuser au lieu de travailler. Faire le sabbat, voy. SABBAT.
Faites votre devoir, et laissez faire aux dieux — Pierre Corneille (1606-1684)
Si les sages mortels à qui je dois la vie N'avaient fait à mon cœur un contraire devoir — Voltaire (1694-1778)
Former par un exercice convenable. Ce général a fait de bons officiers. Faire la main, donner de l'habileté à la main. Cela fait la main. Se faire la main, devenir habile de la main. Terme de fauconnerie. Faire l'oiseau, le dresser. Accoutumer, habituer. Les voyages l'ont fait à la fatigue.
Tandis que, pour faire des soldats, il obligeait les hommes à une vie si laborieuse et si tempérante — Bossuet (1627-1704)
Voiture qui, si galamment, Avait fait je ne sais comment Les muses à son badinage — SARRASIN
Se dit des choses qui marquent espace, étendue. Faire des pas. Faire une promenade. Faire un tour de jardin. Un homme qui fait deux lieues par heure. Faire du chemin. Fig. Faire son chemin, obtenir de l'avancement, s'enrichir. On dit dans le même sens, il a bien fait du chemin en peu de temps. Faire des progrès, voy. PROGRÈS.
Voyage qui ne peut pas être moins de trois cents lieues ; et autant tout au moins pour les autres détours en différents endroits ; il se trouvera qu'Alexandre, dans l'espace de moins de huit ans, aura fait avec son armée dix-sept cents lieues, sans parler de son retour à Babylone — Rollin (1661-1741)
M. Fabry, qui avait erré pendant quinze mois dans les terres de l'Ouest, au delà du fleuve Mississipi, m'a assuré qu'il avait fait souvent trois et quatre cents lieues sans rencontrer un seul homme — Buffon (1707-1788)
Il exprime un grand nombre de modes d'action et de manières d'être, au moyen des autres mots de la phrase auxquels il est lié et qui lui donnent sa signification spéciale. En voici quelques exemples. Faire l'admiration, être admiré. Faire des affaires, de mauvaises affaires à quelqu'un, lui susciter des embarras, des querelles, des périls. Faire de mauvaises affaires, se ruiner, faire faillite. Faire besoin, être nécessaire. Faire un faux bond, commettre une faute. Faire comparaison, comparer. Cette muraille fait le coude, elle forme un coude, un angle. Faire le coup de fusil, échanger des coups de fusil avec une troupe armée. Faire des discours, tenir des propos, un langage. Sa maison fait face à la mienne, elle est en face de la mienne. Ce tableau fait pendant à tel autre, il sert ou peut servir de pendant à tel autre. Faire bonne mine, bon visage à quelqu'un, voy. MINE et VISAGE. Faire règle, loi, jurisprudence, c'est-à-dire être tenu pour règle, loi, jurisprudence. Ce texte fait règle. Cet exemple fait loi. Cet arrêt fait jurisprudence. Faire des siennes, faire des fredaines. On dit faire des leurs, quand il s'agit de plusieurs personnes. Faire les yeux doux, voy. ŒIL. Ne faire ni une ni deux, voy. DEUX.
Quoique jeune encore, il faisait l'admiration de tous ceux qui le connaissaient — Rollin (1661-1741)
Les mauvaises affaires que M. d'Aubigné s'était faites l'obligèrent à la fin de prendre un établissement à l'Amérique — Mme de Caylus (1673-1729)
Il se dit de certaines fonctions de guerre. Faire sentinelle, faire faction, faire la garde, faire le guet, faire la ronde, faire la revue d'une armée.
Émile Littré, Dictionnaire de la langue française — domaine public. Numérisation XMLittré, François Gannaz (CC BY-SA 3.0).