Littré (1873)
s. f.
Petite pointe métallique en fil de laiton garnie d'une tête, dont on se sert généralement pour la toilette. La pointe d'une épingle. Un quarteron d'épingles. S'enfoncer une épingle dans le doigt. Mettre une épingle sur sa manche, afin de se souvenir de quelque chose. Fig. et familièrement. Tirer son épingle du jeu, se dégager adroitement ou sans perte d'une mauvaise affaire ; locution qui vient d'un jeu de petites filles : elles mettent des épingles dans un rond, et, avec une balle qui, lancée contre le mur, revient vers le rond, elles essayent d'en faire sortir les épingles ; quand on fait sortir la mise, on dit qu'on retire son épingle du jeu. Être tiré à quatre épingles, être très paré, très ajusté. Discours tiré à quatre épingles, discours dont le style est affecté, sans naturel. Cela ne vaut pas une épingle, je n'en donnerais pas une épingle, je m'en soucie comme d'une épingle, j'en donnerais le choix pour une épingle ; toutes phrases qui se disent de choses qu'on regarde comme sans importance. On jetterait une épingle qu'elle ne tomberait pas à terre, se dit d'une foule très compacte. Fig. Coups d'épingles, petites offenses, petites contrariétés qu'on inflige à quelqu'un. Conspiration de l'épingle noire, conspiration qui se forma sous la Restauration et dans laquelle les conjurés avaient pris pour signe de ralliement une épingle noire.
Vous tirez sagement votre épingle du jeu — Molière (1622-1673)
Je crois que le plus sûr est de ne me point mêler de tout cela et de tirer adroitement mon épingle du jeu — Dancourt (1661-1725)
Épingle à cheveux, épingle qui autrefois était droite, et qui est maintenant à deux branches ondulées dans le milieu ; elle est noire et sert aux femmes à retenir leurs cheveux.
Bijou, en forme d'épingle, qui se fixe au linge sur la poitrine et sur la cravate. Épingle de diamant.
Au plur. Don ou gratification qu'on accorde à une femme pour quelque service rendu. C'est pour les épingles des filles, se dit de ce qu'on ajoute, en payant une marchandise ou un ouvrage, au prix convenu. Don fait à une femme quand on conclut quelque marché avec son mari. Ce sont les épingles de madame. En quelques provinces, épingles se dit pour arrhes. En Bourgogne, quand on vend du vin, on demande des épingles.
Ah ! que vous êtes adroit, monsieur Dubois ! vous prétendez que, pour mes épingles, je me contente de ce petit surplus — Dancourt (1661-1725)
Terme de cuisine. Filet de glace qui se forme dans une crème ou dans une autre composition glacée.
Goutte de soudure qui perce dans l'intérieur du tuyau de plomb que l'on soude.
Petit morceau de bois fendu, pour attacher du linge ou des estampes sur une corde.
Étymologie : Champ. éplingue ; picard, épieule, épiule ; génev. épingue ; bas-latin, spindula, spinula ; du latin spinula, petite épine, d'après Diez. Scheler conteste cette étymologie, n'admettant pas l'intercalation d'un g ; l'allemand Spange, agrafe, avec ses diminutifs dialectiques, spangel, spengel, spingel, lui paraissent expliquer plus naturellement la forme épingle. L'ancien français espille et le picard épieule représentent non spinula, mais spiculum.
Historique : XIIIe s. Que nul mestre ne mestresse ne puisse acheter fil cher pour fere espingles, se ce n'est à ceus du dit mestier, sus peine de l'amande XVe s. Humbles furent, coies et simples, Ne sçurent que ce fut d'espingles, Ne d'orgueil ; car humilité Estoit en leur simplicité Un carteron de longues espingles à la façon d'Angleterre Mme d'Estampes prend de pension, pour ses espingles, cinq cens livres Et s'il chiet [tombe] à la dame une espille, il l'amassera, car elle se pourroit affoller ou blecer XVIe s. La moindre picqueure d'esplingue et passion de l'ame Mais, ne pouvant rien contre vent et mar…
Émile Littré, Dictionnaire de la langue française — domaine public. Numérisation XMLittré, François Gannaz (CC BY-SA 3.0).