ennui

ennui

nom, masculin, /ɑ̃nɥi/

Témoignages historiques

Frise des témoins : Littré 1873 (2 sens) — Académie 1935 (4 sens)

Littré (1873)

s. m.

  1. Tourment de l'âme causé par la mort de personnes aimées, par leur absence, par la perte d'espérances, par des malheurs quelconques. Contrariété. Cette affaire lui a donné beaucoup d'ennui. Être accablé d'ennuis.

    Le roi même arrivant partage leur ennui — Pierre Corneille (1606-1684)

    Si malgré ces raisons votre ennui persévère, Mon cher Lélie, au moins faites qu'il se modère — Molière (1622-1673)

  2. Sorte de vide qui se fait sentir à l'âme privée d'action ou d'intérêt aux choses. Donner, causer, avoir, éprouver de l'ennui. Un ennui mortel. Charmer les ennuis de l'absence. Dégoût de tout. Tomber dans un ennui profond. L'ennui de la vie. Mélancolie vague. L'ennui de Réné [le héros d'un roman de Chateaubriand].

    Quand on se verrait même assez à l'abri de toutes parts [des misères], l'ennui, de son autorité privée, ne laisserait pas de sortir du cœur où il a des racines naturelles, et de remplir l'esprit de son venin — Pascal (1623-1662)

    Dans l'Orient désert quel devint mon ennui ! — Jean Racine (1639-1699)

Étymologie : Berry, enneu ; provenç. enueg, enuet, enuey, enueit, enuit, enuoi, enoi, enut, et au féminin, enueja, enueia ; catal. enutg ; espagn. et portug. enojo ; ital. noja ; anc. ital. nojo. Mot important, mais d'origine douteuse. On le tire ordinairement du latin noxa ou noxia, tort, préjudice ; mais la forme des mots se prête peu à cette étymologie, puisque noxa ou noxia auraient donné nose ou noise. Fauriel propose le basque enoch ; mais rien ne garantit que enoch ne soit pas venu de l'espagnol dans le basque. Pour ces raisons, Diez, se joignant à Cabrera, propose le latin odium : est mihi in odio,

Historique : XIIe s. Sumeilla la meie aneme [âme] pur ennui Amors m'a fait oublier L'ennui qui long tens m'a mort Se li ennuis de la gent malparliere Ne me feïst douloir Mais de chevage prendre est moult grant li anois ; à tort et à pechié somes clamé François Li prelaz d'Eurewie, cil de Londres, ço qui [je pense], Conseil lui unt duné privéement andui [tous deux], Que, veant si grant gent, ne li fesist anui XIIIe s. D'ennui et de paour sui au cuer mout destroite Ours ne lion n'est, ne beste sauvage Qui, tel foiz est, ne fraigne son vouloir De faire mal et ennui et domage Car endroit moi ai-je fiance, Que …

Émile Littré, Dictionnaire de la langue française — domaine public. Numérisation XMLittré, François Gannaz (CC BY-SA 3.0).

Académie française, 8e édition (1935)

n. m.

  1. Lassitude d’esprit, langueur, dépression causée par une occupation dépourvue d’intérêt, monotone, déplaisante ou trop prolongée, ou par le désoeuvrement. éprouver de l’ennui. Donner, causer de l’ennui. Un ennui mortel. Un spectacle qui engendre l’ennui. On ne saurait entendre cette lecture sans ennui, sans mourir d’ennui. Cet ouvrage distille l’ennui.

  2. Il se dit particulièrement de la Lassitude morale qui fait qu’on ne prend d’intérêt, qu’on ne trouve de plaisir à rien. être accablé d’ennui. Tomber dans un ennui profond. La maladie de l’ennui.

  3. L’ennui de vivre, Le dégoût de la vie.

  4. Il signifie encore Contrariété, souci; et dans ce sens, il s’emploie souvent au pluriel, Cette affaire lui a donné beaucoup d’ennui. L’ennui de l’absence. Un homme accablé d’ennuis. Les ennuis de la vieillesse. De mortels ennuis. Des ennuis d’argent.

Dictionnaire de l'Académie française, huitième édition (1932-1935) — domaine public. Numérisation ATILF/Chicago, conversion communautaire.

Grammaire et formes (2)
  • ennuis — pluriel — /ɑ̃nɥi/
  • ennui — singulier — /ɑ̃nɥi/

Source de l'entrée : Morphalou 3.1, licence LGPL-LR — entrée ennui#25238.

Entrée morphologique (v0.1). Données JSON : lemme.