enfer

enfer

nom, masculin, /ɑ̃fɛʁ/

Définitions

  1. Lieu où, selon certaines religions, les âmes des damnés subissent un châtiment éternel.

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  2. Situation ou lieu extrêmement pénible et insupportable.

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  3. Qualifie, dans la locution d'enfer, ce qui est extrême ou, familièrement, remarquable et excellent.

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Témoignages historiques

Frise des témoins : Littré 1873 (11 sens) — Académie 1935 (10 sens)

Littré (1873)

s. m.

  1. Terme des anciennes religions polythéistiques. Lieu souterrain qu'habitaient les âmes des morts. Les enfers comprenaient le Tartare pour les méchants, et les Champs-Élysées pour les justes. Les trois juges des enfers, Minos, Éaque et Rhadamanthe. Les filles d'enfer, les furies. En ce sens, enfer se dit le plus souvent au pluriel.

    Je saurai le braver jusque dans les enfers — Pierre Corneille (1606-1684)

    L'enfer s'émeut au bruit de Neptune en furie ; Pluton sort de son trône, il pâlit, il s'écrie — Boileau (1636-1711)

  2. Lieu destiné au supplice des damnés, dans la religion chrétienne ; on dit dans le même sens, au pluriel, les enfers. Le feu de l'enfer. L'Enfer, titre d'une des parties de la Divine comédie, poëme de Dante. Il se dit aussi d'un des enfers ou lieux du supplice décrits dans ce poëme.

    La bouche de l'enfer est toujours ouverte, et les grands et les petits, les forts et les faibles, les riches et les pauvres y entrent pêle-mêle à tous moments — Pierre Nicole (1625-1695)

    L'enfer est le centre des damnés comme les ténèbres sont le centre de ceux qui fuient le jour — Pierre Nicole (1625-1695)

  3. Fig. Chose excessivement déplaisante, pénible.

    Hé ! monsieur, si vous le pouvez, sauvez-vous de cet enfer-là [les procès] — Molière (1622-1673)

    Ils lui montrèrent [au duc du Maine] les enfers ouverts sous ses pieds par le mariage de Mlle de Bourbon [avec le duc de Berry] — Saint-Simon (1675-1755)

  4. Par extension, les démons, les puissances de l'enfer. C'est l'enfer qui l'a créé. Les enfers ont jeté ce monstre parmi nous.

    Mes amis, J'ai soumis L'enfer à ma puissance ; De son obéissance J'ai pour gage certain Un lutin — Béranger (1780-1857)

  5. Un enfer, lieu, réunion, vie commune où règnent la discorde, la confusion. Se dit, à Londres, des maisons de jeu et des lieux de débauche.

    Et j'abhorre des nœuds Qui deviendraient sans doute un enfer pour tous deux — Molière (1622-1673)

    On a raison d'appeler ces salles [les assemblées de jeu] un enfer — MERCIER

  6. Désordre, trouble.

    Combien n'a-t-on point vu de belles aux doux yeux, avant le mariage anges si gracieux, Tout à coup se changeant en bourgeoises sauvages, Vrais démons, apporter l'enfer dans leurs ménages — Boileau (1636-1711)

    Je pense qu'avec eux tout l'enfer est chez moi — Boileau (1636-1711)

  7. Violente peine qu'inspire la passion ou le remords. Avoir l'enfer dans le cœur. Porter son enfer avec soi. Furie d'enfer, monstre échappé de l'enfer, personne très méchante. Tison d'enfer, porte d'enfer, c'est-à-dire personne capable d'opérer la perte des âmes.

    Et si l'enfer est fable au centre de la terre, Il est vrai dans mon sein — Malherbe (1555-1628)

    Ils commencent leur enfer sur la terre — Bossuet (1627-1704)

  8. D'enfer, loc. adject. Excessif. Faire un feu d'enfer. Mener un train d'enfer. Jouer un jeu d'enfer. Terme de cuisine. Mettre, faire griller quelque chose au feu d'enfer, le faire griller à un feu de charbon très ardent. C'est un métier d'enfer, c'est un métier extrêmement fatigant.

    M. de Vendôme commença à s'apercevoir que ce feu d'enfer par lequel il avait compté de les écraser [les ennemis] ne leur nuirait guères — Saint-Simon (1675-1755)

    On a joué un jeu d'enfer, cinq sous la fiche — Louis-Benoît Picard (1769-1828)

  9. Terme de typographie. Cassetin dans lequel on jette les mauvaises lettres. Vieux. On dit aujourd'hui cassetin du diable.

  10. Terme d'huilerie. Citerne où se réunissent les eaux qui ont été mêlées avec le marc d'olive.

    Les résidus de ces cuviers s'écoulent dans un souterrain qu'on nomme l'enfer.... ce qu'on en tire est l'huile d'enfer, qui est la plus basse sorte

  11. Enfer de Boyle, matras de verre à fond plat et à col effilé, dans lequel Boyle et d'autres chauffaient le mercure pendant des mois et des années.

Étymologie : Bourg. enfar ; picard, infer ; provenç. infern, yfern, enfern, effern ; catal. infiern ; espagn. infierne ; ital. inferno ; du latin infernus, enfer, proprement lieu bas (voy. INFÉRIEUR).

Historique : XIe s. L'enchanteür qui ja fut en enfer XIIe s. L'ame s'en va en enfer osteler Tu ies pieres, e sur ceste piere ferai M'iglise, e ma meisun i edifierai, E les portes d'enfer par li depecerai XIIIe s. Et li ame de li soit en enfer ravie Certes durement me merveil Comment hons, s'il n'iere de fer, Puet vivre un mois en tel enfer Sacent donques tuit, que lor ames sunt données as ennemis d'enfer, et lor cors as vers, et lor avoirs à lor parens Leenz a une grant meson, Qui lors estoit, en la seson, Plaine de fermes et d'enfers [malades] ; Assez estoit griez [fâcheux] cis enfers XVe s. Dieu la confo…

Émile Littré, Dictionnaire de la langue française — domaine public. Numérisation XMLittré, François Gannaz (CC BY-SA 3.0).

Académie française, 8e édition (1935)

n. m.

  1. Lieu destiné au supplice des damnés. Il est opposé à Ciel et à Paradis. Les tourments de l’enfer. Le feu de l’enfer. La crainte de l’enfer. JÉSUS-CHRIST a promis que les portes de l’enfer (c’est-à-dire les puissances de l’enfer) ne prévaudront point contre son église.

  2. Fig. et fam., C’est un enfer, un véritable enfer, se dit d’un Lieu où l’on souffre, où l’on est au supplice, où l’on est extrêmement gêné, tourmenté, où il y a beaucoup de confusion et de désordre. C’est un enfer pour moi que cette maison. Sauvez-moi de cet enfer.

  3. Fig., Porter son enfer avec soi, Porter son supplice avec soi. Les méchants portent leur enfer avec eux.

  4. Fig., Avoir l’enfer dans le coeur se dit d’une Personne tourmentée de remords, ou agitée par la haine.

  5. Il désigne aussi figurément les Démons, les puissances de l’enfer. L’enfer en gémit. L’enfer se déchaîne contre lui.

  6. Fig. et fam., Un feu d’enfer, Un feu très grand, très violent. Il y a toujours un feu d’enfer dans cette verrerie. En termes de Cuisine, Faire griller quelque chose au feu d’enfer, le mettre au feu d’enfer, Le faire griller à un feu de charbons très ardent.

  7. Fig. et fam., Jouer un jeu d’enfer, Jouer très gros jeu. Aller un train d’enfer, Aller fort vite.

  8. Il se dit figurément d’une Partie réservée d’une bibliothèque où sont conservés les ouvrages dont la communication est jugée dangereuse.

  9. ENFERS se dit au pluriel, dans un sens particulier, du Lieu où étaient les âmes que Notre-Seigneur délivra après sa mort. JÉSUS- CHRIST est descendu aux enfers. La descente de Notre-Seigneur aux enfers.

  10. ENFERS, au pluriel, se prend encore aujourd’hui pour les Lieux souterrains où les païens croyaient que les âmes allaient après la mort. Les Enfers contenaient les Champs-élysées et le Tartare. Orphée alla chercher Eurydice aux Enfers. Hercule, énée descendit aux Enfers.

Dictionnaire de l'Académie française, huitième édition (1932-1935) — domaine public. Numérisation ATILF/Chicago, conversion communautaire.

Grammaire et formes (2)
  • enfers — pluriel — /ɑ̃fɛʁ/
  • enfer — singulier — /ɑ̃fɛʁ/

Source de l'entrée : Morphalou 3.1, licence LGPL-LR — entrée enfer#25049.

Entrée morphologique (v0.1). Données JSON : lemme.