dormir

dormir

verbe, /dɔʁmiʁ/

Définitions

  1. Être plongé dans le sommeil, état de repos où la conscience est suspendue.

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  2. Rester inactif ou inutilisé, en parlant d'une ressource, d'un objet ou d'un lieu, sans produire d'effet ou de bénéfice : l'argent dort dans un coffre.

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Témoignages historiques

Frise des témoins : Littré 1873 (10 sens) — Académie 1935 (20 sens)

Littré (1873)

v. n.

  1. Reposer dans le sommeil. Il dort profondément. Le malade va mieux, il a dormi d'un bon somme. Il dormait quelquefois dans le jour. Dormir à bâtons rompus, être réveillé, se réveiller plusieurs fois sans pouvoir faire un somme continu. Dormir comme un loir, dormir beaucoup, profondément, à cause que le loir est un animal hibernant, qui dort plusieurs mois de suite pendant l'hiver. On dit de même, dormir comme une marmotte. Dormir comme une souche, être profondément endormi. Dormir tout debout, ou, simplement, dormir debout, n'en pouvoir plus de sommeil, être accablé par le sommeil, au point de s'assoupir sans être couché ou assis. Conte à dormir debout, propos fabuleux qui ne méritent aucune créance. Dormir sur l'une et l'autre oreille, et, plus souvent, sur les deux oreilles, dormir profondément, et, figurément, être plein de sécurité. Dans un sens opposé, ne dormir que d'un œil, être en une vigilance inquiète. Dormir en lièvre, dormir les yeux ouverts, et, figurément, être toujours sur le qui-vive. Il n'en dort pas, se dit d'un homme qu'une vive espérance, une crainte incessante, une préoccupation assiége constamment. Fig.

    Pourras-tu dans son lit dormir en assurance ? — Pierre Corneille (1606-1684)

    Trop dormir fait mal à la tête, Et trop dormir c'est vivre en bête — Scarron (1610-1660)

  2. Dormir se dit aussi de ce qu'on a nommé le sommeil des plantes.

    Le soir, de nos jardins parcourez les carreaux ; Voyez, ainsi que nous, sur leurs tiges baissées S'assoupir de ces fleurs les têtes affaissées, Et, dormant au lieu même où veilleront leurs sœurs, Du nocturne repos savourer les douceurs — Jacques Delille (1738-1813)

  3. Dans le langage biblique, dormir avec une femme, passer la nuit avec elle.

    Sa maîtresse [de Joseph] le prit par son manteau, et lui dit encore : Dormez avec moi — Lemaistre de Sacy (1613-1684)

  4. Dormir construit avec des substantifs et ayant en apparence, mais en apparence seulement, le sens actif. Le malade a dormi plusieurs heures de suite. Dormir la grasse matinée (c'est-à-dire dormir pendant la grasse matinée), dormir jusqu'à onze heures ou midi. Dormir sa réfection, dormir autant qu'on en a besoin, c'est-à-dire dormir autant que la réfection l'exige.

    Vous deviez être au lit toute cette journée, Ou tout du moins dormir la grasse matinée, — POISSON

    Le sommeil est nécessaire à l'homme ; et lorsqu'on ne dort pas sa réfection il arrive que.... — Molière (1622-1673)

  5. Dans le style élevé, il se dit du sommeil de la mort.

    Elle va descendre à ces sombres lieux, à ces demeures souterraines, pour y dormir dans la poussière avec les grands de la terre, avec ces rois et ces princes anéantis.... — Bossuet (1627-1704)

    Vous serez vous-même réduit en poudre au milieu des incirconcis, et vous dormirez avec ceux qui ont été passés au fil de l'épée — Lemaistre de Sacy (1613-1684)

  6. Fig. Être en repos, en sécurité.

    Nous ne connaissons que notre confiance dans le ministre et le malaise que nous éprouvons : nous ne dormons que parce qu'on dort au pied du Vésuve — Mirabeau (1749-1791)

  7. Fig. Ne point agir quand on devrait le faire. En matière féodale, quand le vassal dort, le seigneur veille, ou quand le seigneur dort, le vassal veille, c'est-à-dire quand l'un des deux néglige d'user de ses droits, l'autre en profite. Familièrement. Cet homme ne dort pas, se dit d'un homme à l'affût de toutes les circonstances qui lui sont favorables. Dormir sur une affaire, la conduire lentement, doucement. Laisser dormir un ouvrage d'esprit, attendre pour en mieux juger que l'imagination soit refroidie. Laisser dormir une affaire, attendre pour y donner suite. Laisser dormir les lois, en suspendre momentanément l'exécution. Laisser dormir ses fonds, ses capitaux, ne pas les faire valoir. Laisser dormir noblesse, se disait autrefois lorsqu'un gentilhomme, qui voulait faire le commerce, déclarait qu'il n'entendait être commerçant que pendant un certain temps.

    Aux menaces du fourbe on doit ne dormir point — Molière (1622-1673)

    L'habitude de se laisser voler par ses domestiques, jointe à la vigilance du coupable, à qui son maître ne pouvait reprocher d'avoir dormi dans son service, le portèrent à la clémence — Antoine Hamilton (1646-1720)

  8. Rester immobile, être sans mouvement, en parlant des choses. Il fait beau pêcher où l'eau dort. On dit qu'un sabot, qu'une toupie dorment, quand le mouvement qui les anime est si rapide qu'ils semblent immobiles. Fig. Dormir comme un sabot, dormir profondément. Terme de marine. On dit que le sablier dort, quand on a oublié de le retourner ; qu'une rose des vents dort, quand elle ne tourne pas, le bâtiment changeant de route. Laisser dormir l'horloge, oublier de la remonter.

  9. V. a. Dans le langage élevé et dans cette seule locution, dormir son sommeil. Par une même figure grammaticale, mais dans le langage familier, dormir un bon somme, avoir un bon sommeil pendant un long espace de temps. C'est par analogie de cet emploi que A. de Musset a hasardé dormi au passif : Suis-je pas belle encor ? pour trois nuits mal dormies Ma joue est-elle creuse et mes lèvres blêmies ? dans le Dict. de POITEVIN. On trouvera à l'historique : dormir une éternelle nuit. Cela pourrait aussi très bien se dire.

    Dormez votre sommeil, riches de la terre, et demeurez dans votre poussière — Bossuet (1627-1704)

    Tous les riches ont dormi leur sommeil, et, lorsqu'ils se sont éveillés, ils n'ont rien trouvé dans leurs mains — Lemaistre de Sacy (1613-1684)

  10. S. m.

    Le long dormir est exclu de ce lieu — La Fontaine (1621-1695)

    Que les soins de la Providence N'eussent pas au marché fait vendre le dormir Comme le manger et le boire — La Fontaine (1621-1695)

Étymologie : Bourguig. dremi ; Berry, dourmir ; provenç. dormir, durmir ; espagn. dormir ; ital. dormire ; du latin dormire. Dans l'ancienne langue, dormir prend la forme réfléchie, comme d'autres verbes neutres la prenaient et la prennent encore. La conjugaison je dors, tu dors, il dort, etc. n'est point, dans la vérité, une irrégularité ; ces formes suivent la conjugaison latine : dórmio, dórmis, dórmit, etc. où l'accent est sur dor.

Historique : XIe s. Charles se dort, li empereres riches Par touz les prez or se dorment li Franc XIIe s. Que il m'avint anuit [cette nuit] en mon dormant Ne fausse amors ne veut que s'entremete De moi laisser dormir ne reposer Il dormirent lur somne Li dormirs est partiz de mes eauz [yeux] XIIIe s. Là dormirent la nuit Anuit avecques moi [je] ferai Bertain dormir De peine et de travail [elle] dort si ferm et si dur Nus selier ne autres ne doit sele tainte garnie livrer, devant que ele est esté vernicie, se ce n'est sele dormant Trop de ledes choses aviennent à ceux qui tex [tels] dormirs maintiennent L'en…

Émile Littré, Dictionnaire de la langue française — domaine public. Numérisation XMLittré, François Gannaz (CC BY-SA 3.0).

Académie française, 8e édition (1935)

v. intr.

  1. être dans le sommeil. Dormir d’un profond sommeil. Il ne dort ni jour, ni nuit. Il dort profondément. Avoir envie de dormir. Faire semblant de dormir. Dormir sur un lit, sur un canapé, dans un fauteuil.

  2. Dormir d’un bon somme, de bon somme, Dormir d’un sommeil tranquille.

  3. On dit aussi, transitivement, Dormir un bon somme. Dormez votre sommeil.

  4. Fam., Dormir la grasse matinée, Dormir bien avant dans le jour, se lever fort tard.

  5. Par exagération, Dormir debout, tout debout, éprouver le besoin du sommeil au point de s’assoupir même sans être couché ou assis.

  6. Conte à dormir debout. Voyez

  7. CONTE.

  8. Prov. et fig., Qui dort dîne, Le sommeil tient lieu de nourriture.

  9. Fig., Le bien, la fortune lui vient en dormant, se dit en parlant d’une Personne qui devient riche sans rien faire.

  10. éveiller le chat qui dort. Voyez

  11. CHAT.

  12. Fig. et fam., Cette toupie, ce sabot dort, se dit d’une Toupie, d’un sabot qui tourne si vite que le mouvement en est imperceptible.

  13. Pop., Dormir comme un sabot, Dormir profondément et sans aucun mouvement.

  14. Fam., Dormir comme une marmotte, Dormir longtemps et profondément. On dit de même Dormir comme un loir.

  15. Fig. et fam., Dormir sur les deux oreilles, être en pleine sécurité. Je veillerai à votre affaire, dormez sur les deux oreilles.

  16. Fig. et fam., Ne dormir que d’un oeil, être sur le qui-vive. Ou dit aussi Dormir les yeux ouverts.

  17. Fig. et fam., Il n’en dort pas, se dit de Quelqu’un qui est tenu en éveil par une vive espérance ou une crainte incessante.

  18. Fig., Laisser dormir ses capitaux, ses fonds, Ne pas les faire valoir. Laisser dormir un ouvrage, Le garder pendant quelque temps, pour en juger mieux quand l’imagination sera refroidie. Laisser dormir une affaire, Ne pas y donner suite, ne pas la réveiller.

  19. Il se dit encore figurément des Eaux qui n’ont point de mouvement, ou dont le mouvement est imperceptible. Il fait beau pêcher où l’eau dort.

  20. Prov. et fig., Il n’y a pire eau que l’eau qui dort, se dit de Quelqu’un qui cache ses desseins, sa vraie nature.

Dictionnaire de l'Académie française, huitième édition (1932-1935) — domaine public. Numérisation ATILF/Chicago, conversion communautaire.

Grammaire et formes (51)
  • dormirions — conditionnel présent 1ʳᵉ pers. pluriel — /dɔʁmiʁjɔ̃/
  • dormirais — conditionnel présent 1ʳᵉ pers. singulier — /dɔʁmiʁɛ/
  • dormiriez — conditionnel présent 2ᵉ pers. pluriel — /dɔʁmiʁje/
  • dormirais — conditionnel présent 2ᵉ pers. singulier — /dɔʁmiʁɛ/
  • dormiraient — conditionnel présent 3ᵉ pers. pluriel — /dɔʁmiʁɛ/
  • dormirait — conditionnel présent 3ᵉ pers. singulier — /dɔʁmiʁɛ/
  • dormons — impératif présent 1ʳᵉ pers. pluriel — /dɔʁmɔ̃/
  • dormez — impératif présent 2ᵉ pers. pluriel — /dɔʁme/
  • dors — impératif présent 2ᵉ pers. singulier — /dɔʁ/
  • dormirons — indicatif futur 1ʳᵉ pers. pluriel — /dɔʁmiʁɔ̃/
  • dormirai — indicatif futur 1ʳᵉ pers. singulier — /dɔʁmiʁe/
  • dormirez — indicatif futur 2ᵉ pers. pluriel — /dɔʁmiʁe/
  • dormiras — indicatif futur 2ᵉ pers. singulier — /dɔʁmiʁa/
  • dormiront — indicatif futur 3ᵉ pers. pluriel — /dɔʁmiʁɔ̃/
  • dormira — indicatif futur 3ᵉ pers. singulier — /dɔʁmiʁa/
  • dormions — indicatif imparfait 1ʳᵉ pers. pluriel — /dɔʁmjɔ̃/
  • dormais — indicatif imparfait 1ʳᵉ pers. singulier — /dɔʁmɛ/
  • dormiez — indicatif imparfait 2ᵉ pers. pluriel — /dɔʁmje/
  • dormais — indicatif imparfait 2ᵉ pers. singulier — /dɔʁmɛ/
  • dormaient — indicatif imparfait 3ᵉ pers. pluriel — /dɔʁmɛ/
  • dormait — indicatif imparfait 3ᵉ pers. singulier — /dɔʁmɛ/
  • dormîmes — indicatif passé 1ʳᵉ pers. pluriel — /dɔʁmimə/
  • dormis — indicatif passé 1ʳᵉ pers. singulier — /dɔʁmi/
  • dormîtes — indicatif passé 2ᵉ pers. pluriel — /dɔʁmitə/
  • dormis — indicatif passé 2ᵉ pers. singulier — /dɔʁmi/
  • dormirent — indicatif passé 3ᵉ pers. pluriel — /dɔʁmiʁə/
  • dormit — indicatif passé 3ᵉ pers. singulier — /dɔʁmi/
  • dormons — indicatif présent 1ʳᵉ pers. pluriel — /dɔʁmɔ̃/
  • dors — indicatif présent 1ʳᵉ pers. singulier — /dɔʁ/
  • dormez — indicatif présent 2ᵉ pers. pluriel — /dɔʁme/
  • dors — indicatif présent 2ᵉ pers. singulier — /dɔʁ/
  • dorment — indicatif présent 3ᵉ pers. pluriel — /dɔʁmə/
  • dort — indicatif présent 3ᵉ pers. singulier — /dɔʁ/
  • dormir — infinitif — /dɔʁmiʁ/
  • dormies — participe passé pluriel féminin — /dɔʁmi/
  • dormis — participe passé pluriel masculin — /dɔʁmi/
  • dormie — participe passé singulier féminin — /dɔʁmi/
  • dormi — participe passé singulier masculin — /dɔʁmi/
  • dormant — participe présent — /dɔʁmɑ̃/
  • dormissions — subjonctif imparfait 1ʳᵉ pers. pluriel — /dɔʁmisjɔ̃/
  • dormisse — subjonctif imparfait 1ʳᵉ pers. singulier — /dɔʁmisə/
  • dormissiez — subjonctif imparfait 2ᵉ pers. pluriel — /dɔʁmisje/
  • dormisses — subjonctif imparfait 2ᵉ pers. singulier — /dɔʁmisə/
  • dormissent — subjonctif imparfait 3ᵉ pers. pluriel — /dɔʁmisə/
  • dormît — subjonctif imparfait 3ᵉ pers. singulier — /dɔʁmi/
  • dormions — subjonctif présent 1ʳᵉ pers. pluriel — /dɔʁmjɔ̃/
  • dorme — subjonctif présent 1ʳᵉ pers. singulier — /dɔʁmə/
  • dormiez — subjonctif présent 2ᵉ pers. pluriel — /dɔʁmje/
  • dormes — subjonctif présent 2ᵉ pers. singulier — /dɔʁmə/
  • dorment — subjonctif présent 3ᵉ pers. pluriel — /dɔʁmə/
  • dorme — subjonctif présent 3ᵉ pers. singulier — /dɔʁmə/

Source de l'entrée : Morphalou 3.1, licence LGPL-LR — entrée dormir#21440.

Entrée morphologique (v0.1). Données JSON : lemme.