discrétion

discrétion

nom, féminin, /diskʁesjɔ̃/

Témoignages historiques

Frise des témoins : Littré 1873 (5 sens) — Académie 1935 (10 sens)

Littré (1873)

s. f.

  1. Qualité par laquelle on discerne, on juge. L'âge de discrétion, l'âge de raison.

    Un innocent qui n'a pas encore l'âge de discrétion — Voltaire (1694-1778)

  2. Par extension, réserve, retenue prudente dans les paroles ou dans les actes. Agir avec discrétion. Son zèle est sans discrétion. User d'une chose, d'une permission avec discrétion. S'en mettre, s'en remettre à la discrétion de quelqu'un, c'est-à-dire s'en rapporter à son jugement dans une affaire. Par extension, se mettre à la discrétion de quelqu'un, se livrer entièrement à sa volonté. Être à la discrétion de quelqu'un, dépendre de sa volonté. Il se dit en parlant d'une femme qui s'est rendue aux désirs. Je laisse cela à votre discrétion, vous arrangerez cela comme vous le jugerez bon. Le bénéfice est de tant ; vous me ferez ma part ; je laisse cela à votre discrétion. À discrétion, loc. adv. À volonté. Pour le pain vous en aurez à discrétion. Boire à discrétion. Vivre à discrétion, se dit de gens, et surtout de gens de guerre, qui se font donner par les habitants d'un lieu tout ce qu'ils veulent. Se rendre à discrétion, se mettre à la merci du vainqueur.

    Il y a parmi les morts une honnêteté, une discrétion la plus grande du monde ; jamais on n'en voit se plaindre du médecin qui l'a tué — Molière (1622-1673)

    Les convives [dans l'Eldorado] étaient pour la plupart des marchands et des voituriers, tous d'une politesse extrême, qui firent quelques questions à Cocambo, avec la discrétion la plus circonspecte — Voltaire (1694-1778)

  3. Discrétion des prix, taux modéré.

  4. Ce qu'on gage ou ce qu'on joue sans le déterminer précisément et qu'on laisse à la volonté de celui qui perdra. Gagner une discrétion.

    Si je n'eusse point gagé de vous donner votre portrait pour une discrétion, je n'eusse jamais cru qu'une personne de ma qualité et de mon humeur eût pu avoir de la répugnance à payer ses dettes

  5. Qualité par laquelle on sait garder un secret. Il est plein de discrétion. Une discrétion éprouvée.

    Il le conte au docteur ; discrétion française Est chose outre nature et d'un trop grand effort — La Fontaine (1621-1695)

    Mais quoi ? vous ne pouvez rien taire ; un peu de discrétion est bien rare aujourd'hui ; les gens crèveraient plutôt que de ne point jaser — Paul-Louis Courier (1772-1825)

Étymologie : Provenç. discretio ; espagn. discrecion ; ital. discrezione ; du latin discretionem, de discretum, supin de discernere (voy. DISCERNER).

Historique : XIIe s. Si mostrat il par sormonte de discretion, par com grant songe [soin] on doit enquerre les pechiez Li clers est corunez ; Deus deit en lui seeir ; Aprendre deit tuz dis ; mult li covient saveir ; Discretiun e sens deit en tuz liuz aveir Quand [ils] orent lor aage, sen [sens] et discrecion.... XIIIe s. Cil qui sunt fol de nature, si fol qu'il n'ont en eus nule discretion, par quoi il se puissent ne sacent maintenir, ne doivent pas tenir tere XIVe s. Et pour ce en tel cas est mestier de la sentence et discretion du juge Il donne à chascun sans discrettion Ce doit estre laissié en la discr…

Émile Littré, Dictionnaire de la langue française — domaine public. Numérisation XMLittré, François Gannaz (CC BY-SA 3.0).

Académie française, 8e édition (1935)

n. f.

  1. Réserve, retenue, dans les actions et dans les paroles. Agir, parler avec discrétion. Il a beaucoup de discrétion. Il n’a point de discrétion. Un zèle sans discrétion. User d’une permission avec discrétion.

  2. Il se dit particulièrement de la Qualité qui consiste à garder un secret. Parle devant lui en toute assurance, on peut compter sur sa discrétion. Discrétion éprouvée.

  3. Il signifie encore Droit, pouvoir qu’on a de décider, dans les expressions suivantes :

  4. Se remettre à la discrétion de quelqu’un dans une affaire, S’en rapporter absolument à son jugement, à sa décision, à sa volonté pour une affaire, dans la confiance qu’on a en sa justice et en sa sagesse. On dit dans un sens analogue Laisser quelque chose à la discrétion de quelqu’un.

  5. être à la discrétion de quelqu’un, Dépendre absolument de quelqu’un.

  6. Se rendre à discrétion, Se mettre à la merci du vainqueur.

  7. Il signifie aussi, en termes de Jeu, Ce qu’on gage ou ce qu’on joue, sans le déterminer précisément, et qu’on laisse à la volonté soit de celui qui gagne, soit de celui qui perd. Gagner, perdre une discrétion.

  8. à DISCUSSION

  9. loc. adv.

  10. Autant que l’on veut, avec toute l’abondance désirable. Pour le pain, vous en aurez à discrétion. On leur donna du vin à discrétion. Vivre à discrétion quelque part.

Dictionnaire de l'Académie française, huitième édition (1932-1935) — domaine public. Numérisation ATILF/Chicago, conversion communautaire.

Grammaire et formes (2)
  • discrétions — pluriel — /diskʁesjɔ̃/
  • discrétion — singulier — /diskʁesjɔ̃/

Source de l'entrée : Morphalou 3.1, licence LGPL-LR — entrée discrétion#20916.

Entrée morphologique (v0.1). Données JSON : lemme.