digne

digne

adjectif, /diɲə/

Témoignages historiques

Frise des témoins : Littré 1873 (6 sens) — Académie 1935 (7 sens)

Littré (1873)

adj.

  1. Qui mérite, en parlant des personnes. Il est digne de récompense. Digne d'être admiré. Qui mérite, en parlant des choses. Conduite digne d'éloges. Langage digne d'être applaudi. Exemple digne d'imitation. Digne de créance, digne de foi, se dit des personnes et des choses.

    Il est faux que nous soyons dignes que les autres nous aiment ; il est injuste que nous le voulions — Pascal (1623-1662)

    Approchez, ô vous qui courez avec tant d'ardeur dans la carrière de la gloire, âmes guerrières et intrépides ; quel autre fut plus digne de vous commander ? — Bossuet (1627-1704)

  2. En mauvaise part. Il est digne de punition, de mépris. Cette action est digne d'un châtiment.

    Car c'en est une [trahison] enfin bien digne de supplice Qu'avoir d'un tel secret donné le moindre indice — Pierre Corneille (1606-1684)

    Et toutes les hauteurs de sa folle fierté Sont dignes tout au plus de ma sincérité — Molière (1622-1673)

  3. Absolument. Honnête, honorable ; en ce sens digne se met toujours avant son substantif. Un digne homme. Un digne magistrat. Capable. C'est un digne sujet. Cependant, si digne, en ces emplois, est modifié par quelque autre mot, on peut le mettre après son substantif. On le dit aussi des choses ; et alors digne se met encore après son substantif. Une conduite digne. Rien de plus digne que sa conduite.

    Et demandons aux dieux, nos dignes souverains.... — Pierre Corneille (1606-1684)

    Rodrigue aime Chimène, et ce digne sujet De ses affections est le plus cher objet — Pierre Corneille (1606-1684)

  4. Convenable, mérité ; il se met en ce sens, avant son substantif.

    On regarde sa mort comme un digne supplice — Pierre Corneille (1606-1684)

    Choisissez-lui, Lépide, un digne appartement — Pierre Corneille (1606-1684)

  5. Qui est en rapport, qui a de la convenance, de la conformité avec. Il montra partout une vertu digne de sa naissance. Il régit que avec le subjonctif. Il est bien digne que vous fassiez quelque chose pour lui. Il n'était pas digne qu'on fît quelque chose pour lui. Êtes-vous digne qu'on fasse quelque chose pour vous ?

    Si je n'eusse produit un fils digne de moi, Digne de son pays et digne de son roi — Pierre Corneille (1606-1684)

    Mais si par d'autres soins plus dignes de mon âge — Jean Racine (1639-1699)

  6. Grave, réservé, fier, en parlant du ton, des manières ; digne se met alors toujours après son substantif. Avoir, prendre un air digne. Il se dit quelquefois, par dénigrement, d'une affectation d'importance. Elle a un petit air digne qui me déplaît.

    C'était une personne froide, digne, silencieuse — Mme de Staël (1766-1817)

Étymologie : Bourguig. doigne ; provenç. digne, deing ; espagn. digno ; ital. degno ; du latin dignus.

Historique : XIe s. Quar il ad Deu bien et à gret servit, Et il est digne d'entrer en paradis XIIe s. Chers [riches] est li lieus, si est digne l'eglise XIIIe s. De la folie as femes m'esmerveil ge souvent ; Femme est plus orgueilleuse que lions ne serpent ; Par femes sommes nous trestuit mis à torment ; Feme nos gita fors du disne firmament XIVe s. .... que dame Dieu qui maint en Bethleent Vueille garder de mal, par son disne commant, Bertran.... XVe s. Celle oriflambe est une digne banniere et enseigne Et si leur bataille tourne et leurs gens viennent pour les secourir, nous sommes bien dignes [capables]…

Émile Littré, Dictionnaire de la langue française — domaine public. Numérisation XMLittré, François Gannaz (CC BY-SA 3.0).

Académie française, 8e édition (1935)

adj. des deux genres

  1. Qui mérite quelque chose. Il se prend en bien et en mal. Digne de louange, de récompense. Digne d’estime, de confiance. Digne de mépris, de punition. C’est un homme digne de mort, de la mort. Digne de grâce, de pardon. Il était digne d’un meilleur sort. Se rendre digne des bontés de quelqu’un. Son sort est digne d’envie. Un objet digne d’attention. Il n’est pas digne de cette place, de cet emploi. Digne d’être aimé, adoré. Il n’est pas digne de vivre.

  2. Digne de créance, de crédit, digne de foi, Qui mérite qu’on lui donne croyance, qu’on ajoute foi à ce qu’il dit. Témoin digne de foi. Témoignage digne de foi.

  3. Il signifie aussi, absolument, Qui a de l’honnêteté, de la probité, qui mérite l’estime; et alors il se place toujours avant le nom. C’est un digne homme, une digne femme. Un digne magistrat.

  4. C’est un digne homme s’emploie dans le sens de C’est un brave homme.

  5. Il signifie également Qui mérite d’être approuvé. Dans cette occasion, rien ne fut plus digne que sa conduite.

  6. Absolument, il signifie Qui est grave, composé, mêlé de réserve et de fierté. Avoir, prendre un air digne. Parler d’un ton digne. Avoir des manières dignes.

  7. Il signifie encore très souvent Qui est en conformité, en convenance, en proportion avec. Un fils digne d’un tel père. Avoir des sentiments dignes de sa naissance. C’était là un sujet digne de son génie, une entreprise digne de son courage. C’est une digne récompense de ses travaux. Cette conduite est digne d’un honnête homme. Dans un sens péjoratif et avec une nuance d’ironie, C’est un forfait digne de lui. Cette réponse est bien digne d’un sot.

Dictionnaire de l'Académie française, huitième édition (1932-1935) — domaine public. Numérisation ATILF/Chicago, conversion communautaire.

Grammaire et formes (2)
  • dignes — pluriel — /diɲə/
  • digne — singulier — /diɲə/

Source de l'entrée : Morphalou 3.1, licence LGPL-LR — entrée digne#20665.

Entrée morphologique (v0.1). Données JSON : lemme.