Prép. marquant un rapport de lieu, l'intervalle d'un point à un autre. La France s'étend depuis les Alpes jusqu'à l'Océan. Fig. Depuis marquant un rapport d'ordre, de succession. Je les ai tous vus depuis le premier jusqu'au dernier. Depuis marquant un rapport de temps. Je vous attendrai depuis cinq heures jusqu'à six. Depuis, avec un nom de personne ou un pronom personnel, signifie postérieurement à. Il est venu depuis moi. Depuis quand ? depuis combien de temps ? Depuis peu, depuis peu de temps. Il est arrivé depuis peu. Depuis lors, depuis ce temps-là. Il se comporta d'une manière inconvenante ; depuis lors on ne l'a pas revu. Humbert dit, dans le Glossaire génevois, que cette locution ne se trouve que dans J. J. Rousseau, de Saussure et les écrivains suisses. En tout cas, c'est une locution commune, rationnelle, et formée comme dès lors.
Quelle distance depuis l'instinct d'un Lapon ou d'un nègre jusqu'à l'intelligence d'un Archimède ou d'un Newton ! — Marmontel (1723-1799)
Depuis le prophète jusqu'au prêtre, toutes les actions ne sont que mensonge — Lemaistre de Sacy (1613-1684)
Adv. Il est parti il y a un an, je ne l'ai pas revu depuis.
Et tu sais que depuis, à chaque occasion, Je suis tombé pour toi dans la profusion — Pierre Corneille (1606-1684)
Et depuis, jusqu'ici, chaque jour, ses courriers M'apportent en tribut ses vœux et ses lauriers — Pierre Corneille (1606-1684)
Depuis que, loc. conj. suivie de l'indicatif, depuis le temps où...
Depuis qu'elle [Rome] se voit la maîtresse du monde, Depuis que la richesse entre ses murs abonde — Pierre Corneille (1606-1684)
Depuis que le Seigneur m'a reçu dans son temple — Jean Racine (1639-1699)
Depuis, dans le même sens, avec l'infinitif. Cette tournure, quoique peu usitée présentement, mérite d'être employée.
Depuis avoir connu feu M. votre père, j'ai voyagé par tout le monde — Molière (1622-1673)
Villacerf ne remit pas le pied à la cour depuis s'être démis des bâtiments — Saint-Simon (1675-1755)
Depuis que, dans le sens de dès là que, dès lors que, lorsque. Voltaire, dans ses notes sur le Menteur de Corneille, a condamné cette tournure. De fait elle a cessé d'être en usage.
Il n'est rien qui ne cède à l'ardeur de régner ; Et, depuis qu'une fois elle nous inquiète, La nature est aveugle et la vertu muette — Pierre Corneille (1606-1684)
Les rois ne sont plus rois depuis que leur puissance Laisse à la calomnie opprimer l'innocence — Rotrou (1609-1650)
Émile Littré, Dictionnaire de la langue française — domaine public. Numérisation XMLittré, François Gannaz (CC BY-SA 3.0).