demeure
nom, féminin · /dəmœʁə/
Usage : fréquent (21 occurrences par million, Lexique 3.83).
Définitions
Soutenu. Habitation, lieu où l'on réside de façon durable.
Il a fixé sa demeure à la campagne.
Synonymes : domicile, résidence.
« Elle va descendre à ces sombres lieux, à ces demeures souterraines, pour y dormir dans la poussière avec les grands de la terre »Bossuet (1627-1704)
« Au delà de ces lieux gardez-vous d'avancer ; C'est des ministres saints la demeure sacrée »Jean Racine (1639-1699)
Bâtiment résidentiel de caractère, souvent vaste ou imposant.
Une somptueuse demeure du dix-huitième siècle domine le parc.
Synonyme : résidence.
« Il y a dans les sciences plusieurs places honorables, comme il y a, si l'on en croit l'Évangile, plusieurs demeures dans la maison du Père céleste »D'Alembert (1717-1783)
« Il y a plusieurs demeures dans la maison de mon Père »Lemaistre de Sacy (1613-1684)
Droit. Sommation officielle adressée à quelqu'un d'exécuter une obligation (mise en demeure).
« Je me trompe en doutant de tout, et je suis en demeure à l'égard de la vérité qui se présente à moi »Fénelon (1651-1715)
« Sans plus longue demeure, Il lui dit en deux mots.... »La Fontaine (1621-1695)
Définitions Francorium (CC BY-SA 4.0) · méthode.
Expressions : à demeure · il y a péril en la demeure · la dernière demeure · mettre en demeure
Grammaire et formes (2)
- demeures : pluriel · /dəmœʁə/
- demeure : singulier · /dəmœʁə/
Témoignages historiques
Littré (1873) · 7 sens
s. f.
Retard, délai. Être en demeure envers quelqu'un, être en retard de bons offices. Il y a péril en la demeure, le moindre retardement peut causer du préjudice.
Oui, sans plus de demeure, Pour l'intérêt des dieux je consens qu'elle meurePierre Corneille (1606-1684)
Le ciel ne veut point de demeureHoudar de La Motte (1672-1731)
Terme de procédure. Retardement, le temps qui court au delà du terme où l'on est tenu de faire quelque chose. Mettre quelqu'un en demeure de, le sommer de remplir une obligation, un engagement. Mise en demeure, sommation de faire telle ou telle chose.
Durée de la résidence. Je ne ferai pas longue demeure en cette maison.
Par extension, habitation, domicile.
Mais qu'eussent-ils gagné par un siècle d'années, Ou que leur avint-il en ce vite départ, Que laisser promptement une basse demeure Qui n'a rien que du mal, pour avoir de bonne heure Aux plaisirs éternels une éternelle part ?Malherbe (1555-1628)
Ce que je trouve admirable, c'est qu'un homme qui s'est passé, durant sa vie, d'une assez simple demeure, en veuille avoir une si magnifique pour quand il n'en a plus que faireMolière (1622-1673)
Lieu de résidence. Samos est leur patrie et Rhodes leur demeure. Fig. Terme de chasse. Endroit fourré de bois où se retirent les cerfs. Bonne demeure, demeure bien fourrée. Demeure douce, taillis de 5 ou 6 ans.
Loin du monde elle fait sa demeure et son gîteMathurin Régnier (1573-1613)
Où la cour faisait sa demeure ordinaireBossuet (1627-1704)
Terme de rhétorique. Sorte de figure appelée plus souvent commoration, épimone, insistance, qui consiste, comme l'indique ce dernier mot, à insister sur quelque raison.
À demeure, loc. adv. De manière à ne pas changer de résidence. Par extension. En parlant des choses, de manière à n'être pas déplacé, ôté. Établir un châssis à demeure. Objets attachés à un fonds à perpétuelle demeure. Labourer à demeure, donner le dernier labour avant de semer. Semer à demeure, répandre la semence dans un lieu d'où la plante ne doit pas être transplantée.
Que j'étais déjà assez dupe d'avoir si mal employé mes quarante écus, et que je ne le serais pas au point de lui céder à demeure la bonne placeMarmontel (1723-1799)
Quand je retrouvais dans la poussière des bibliothèques d'Italie les chefs-d'œuvre de l'antiquité grecque, je n'étais pas à demeure [domicilié] dans ces bibliothèquesPaul-Louis Courier (1772-1825)
Étymologie : Voy. DEMEURER ; provenç. demora, s. f. et demor, s. m. ; espagn. demora ; ital. dimora. L'ancien français, outre demore et demor, avait demorance ; Berry, demeurance, demourance.
Historique : XIIe s. [Il] saisi l'espié, puis monte sanz demor Comment que longue demeure [interruption] [j'] Aie faite de chanter, Ore est bien raison et heure Que [je] m'i doie retourner XIIIe s. Il avoient mandé [le marchis] par tant de messages que à paine que il ne diervoient [désespéraient] por sa demeure [retard] La longueur de la demorre du terme ne tolt au seignor son poeir [Dieu] Qui Jonas garda en la mer Par grant amor, Les trois jors qu'il i fist demor Grans biens ne vient pas en poi d'hore ; Ains convient metre demore Et un pou après mons. Jehan de Waleri revint, qui blasma le roy et son conse…
Émile Littré, Dictionnaire de la langue française, domaine public. Numérisation XMLittré, François Gannaz (CC BY-SA 3.0). Tout ce témoin.
Académie française, 8e édition (1935) · 8 sens
n. f.
Habitation. domicile. Choisir, établir sa demeure quelque part. Changer sa demeure. Changer de demeure.
Il se dit, en termes de Jurisprudence, du Retard, du temps qui court au-delà du terme où l’on est tenu de payer ou de faire quelque autre chose. être en demeure de livrer une chose.
Mettre quelqu’un en demeure de, Faire, par sommation ou autrement, qu’une personne soit avertie que le terme où elle doit remplir une certaine obligation approche ou est passé, en sorte qu’elle ne puisse en alléguer l’oubli ou l’ignorance. On dit dans le même sens Mise en demeure. Il se dit aussi figurément, d’une façon plus générale, de Toute espèce de sommation. Il m’a mis en demeure d’exécuter ma promesse.
Il y a péril en la demeure, Le moindre retard peut causer du préjudice. Ne vous hâtez pas trop, il n’y a pas péril en la demeure.
à DEMEURE
loc. adv.
De manière à rester dans le même endroit, dans le même état, à demeurer stable, à n’être pas déplacé. Il n’avait fait jusqu’ici que des séjours dans notre ville : il y est maintenant à demeure. Un châssis, un vitrage à demeure. On dit aussi, en termes de Jurisprudence, à perpétuelle demeure.
En termes d’Agriculture, Labourer à demeure, Donner le dernier labour avant de semer. Semer à demeure, Répandre la semence dans un lieu d’où la plante ne doit pas être transplantée. On sème à demeure le persil, le cerfeuil.
Dictionnaire de l'Académie française, huitième édition (1932-1935), domaine public. Numérisation ATILF/Chicago, conversion communautaire. Tout ce témoin.
Source de l'entrée : Morphalou 3.1, licence LGPL-LR, entrée demeure#20190.