de
préposition
Témoignages historiques
Frise des témoins : Littré 1873 (18 sens)
Littré (1873)
prépos.
Suivi de l'article le, de se contracte en du avant un nom qui commence par une consonne ou une h aspirée ; suivi de l'article les, il se contracte en des ; devant une voyelle ou une h muette, l'e de de s'élide. Les sens de la préposition de, comme ceux de la préposition à, sont très nombreux et passent par des nuances que l'on saisit mieux en la considérant dans ses constructions avec les espèces de mots qu'en essayant de les rendre par des périphrases. En conséquence ces constructions seront rangées en dix classes ainsi qu'il suit : A. De entre un substantif et un autre mot ; B. de entre un adjectif et un autre mot ; C. de construit avec un pronom personnel ; D. de construit avec un pronom interrogatif ; de construit avec le pronom démonstratif celui ; E. de entre un nom de nombre et un autre mot ; F. de entre un verbe et un verbe ou un autre mot ; G. de avec un adverbe ; H. de avec une préposition ; I. de construit avec une conjonction ; J. conjonction composée avec de. A. De entre un substantif et un autre substantif. 1° Il marque un rapport d'appartenance. Le livre de Pierre. Les fables de la Fontaine. Les malheurs de la guerre. J'ai suivi en cela l'avis de tous les jurisconsultes et de la plupart des casuistes. Il exprime le sentiment qu'on a pour quelqu'un ou quelque chose. Il exprime un rapport d'origine, de dérivation. Le vent du nord. Les peuples du midi. Les productions des colonies. Il marque l'objet, le but, la fin, la nature, la qualité ; dans ce sens il forme avec le terme qui le suit une expression adjective. Acte de vente. Un homme de génie. Un homme de rien. Il exprime l'instrument. Un coup de fusil. Un signe de tête. Un serrement de main. Il exprime la destination. Une salle de spectacle. Un habit de ville. Couverture de mulet. Couvertures de chevaux. Des souliers de chasse. La profession. Un homme de guerre. Une femme de ménage. Un garçon de magasin. Un marchand de vin. Un marchand de vins fins. Un marchand de paille, de foin. Un marchand de plumes à écrire. Un marchand de plumes pour faire des lits. La matière. Une table de marbre. Une tabatière d'or. Pâte d'amandes. Du sucre de pomme. Une marmelade de pommes. Sirop de groseille. De la fécule de pomme de terre. Un ragoût de pommes de terre. Le contenu. Une pièce de vin. Une tasse de lait. Un baril d'olives. Une assiette de poires. Une pension de femmes. La durée Une guerre de vingt ans. Un travail de dix années. Il exprime la date. Un lièvre de trois jours [un lièvre tué depuis trois jours]. La dimension. Un voile de deux aunes. Un homme de six pieds. La valeur. Une pièce de cent sous. Une maison de cent mille francs. La quantité. Une armée de cent mille hommes. Une population de quinze cents âmes.
Pour vous voir renoncer par l'hymen d'une reine à la part qu'ils avaient à la grandeur romaine — Pierre Corneille (1606-1684)
Lui même en diverses formes Range les troncs coupés des chênes et des ormes — Rotrou (1609-1650)
De sert à unir le nom commun d'une chose avec le mot particulier qui la distingue de toutes les autres choses semblables. La ville de Paris. Le mois de mai. Le mot de langue. On disait de même dans le XVIIe siècle : l'année de 1691, et ainsi de suite. Aujourd'hui on supprime de préférence le de : l'année 1862.
Ils ont exclu l'unité de la signification du mot de nombre — Pascal (1623-1662)
On entend ce que l'on conçoit par le terme de temps ; c'est ce mouvement supposé — Pascal (1623-1662)
Construction de de entre un substantif ou un adjectif pris substantivement et un autre substantif, laquelle est analogue à celle de : la ville de Paris, et dans laquelle le nom construit avec de ne fait que déterminer le nom précédent comme Paris détermine ville : un fripon d'enfant, c'est un fripon qui est un enfant ; mon bourreau de maître, c'est mon bourreau qui est mon maître, et ainsi de suite.
Réglez-vous, regardez l'honnête homme de père Que vous avez du ciel ! comme on le considère ! — Molière (1622-1673)
Ô traître ! ô bourreau d'homme — Molière (1622-1673)
De, placé entre les titres et les noms propres de famille, s'emploie comme signe de noblesse. Madame de Sévigné. Le duc de la Rochefoucauld. De, qualification nobiliaire pris substantivement. Il a ajouté un de à son nom. Il a pris le de.
Le de s'usurpait aussi par qui voulait depuis longtemps — Saint-Simon (1675-1755)
Il n'est vilain qui faute de mieux ne mette au moins un de à son nom — Paul-Louis Courier (1772-1825)
De placé entre un mot et ce même mot répété exprime l'excellence ; usage qui, provenant de la langue hébraïque, ne s'étend guère au delà des locutions bibliques ou de locutions formées sur ce modèle. Le saint des saints, le lieu le plus saint dans le temple de Jérusalem. Le cantique des cantiques, titre d'un cantique qui est dans la Bible. L'être des êtres, Dieu.
Vanité des vanités, et tout est vanité ; c'est la seule parole qui me reste ; c'est la seule réflexion que me permet, dans un accident si étrange, une si juste et si sensible douleur — Bossuet (1627-1704)
Humble, et du saint des saints respectant les mystères, J'héritai l'innocence et le Dieu de mes pères — Lamartine (1790-1869)
De entre un substantif et un verbe à l'infinitif, ce qui est une espèce de substantif. L'art de bien dire. La faculté de prévoir. Aura-t-il la force d'achever un tel travail ? Entre un substantif et quelques mots considérés habituellement comme des adverbes. La journée de demain. Entre un substantif et une préposition. Le pays d'au delà la Loire.
Notre esprit la reçoit [la foi] à son premier réveil, Comme les dons d'en haut, la vie et le soleil — Lamartine (1790-1869)
De pris partitivement ; ce qui d'ailleurs, au fond, n'est encore que le cas de de entre un substantif et un autre substantif, puisque, dans la construction partitive, un substantif est sous-entendu. Des hommes m'ont dit, c'est-à-dire un certain nombre d'hommes. De bons livres, c'est-à-dire un certain nombre de bons livres. De pris partitivement devant un nom singulier : je n'ai point d'argent ; il n'a pas eu de contentement ; je n'ai jamais vu de ville plus jolie ; en ce cas le substantif est un nom qui admet la division, ou qui, ne l'admettant pas de sa nature, est considéré comme une sorte de nom collectif divisible : je n'ai point portion d'argent : il n'a pas eu portion de contentement ; je n'ai jamais vu (ville) plus jolie (dans le genre) de ville. De se prend partitivement aussi devant un nom de nombre. De pris partitivement dans une phrase négative avec que, construction dont le sens est pas autre. De pris partitivement devant certain. Nous bûmes de certain vin. De certains hommes vinrent à nous. Aujourd'hui on supprime souvent le de devant certain. De employé partitivement devant aucuns, aucunes dans le XVIIe siècle et signifiant quelques-uns, de certaines personnes. Cette tournure n'est plus usitée. De, dans une construction où au fond il est explétif, devant des adjectifs ou des participes pris partitivement d'après l'analyse grammaticale. Il y eut cent hommes de tués. Est-il quelqu'un d'assez osé ? Je n'y vois rien d'étonnant. Sa conduite n'a rien de généreux. Payez ; sinon, rien de fait [rien qui soit fait, arrêté, conclu]. Ces phrases se résolvent en : de tués, il y eut cent hommes ; d'assez osé, d'homme assez osé, est-il quelqu'un ? etc. toutes constructions qui grammaticalement sont partitives. Des grammairiens modernes ont prétendu qu'il n'était pas correct de dire : il y a eu cent hommes de tués, et que le de devait être supprimé. La question avait été agitée déjà du temps de Vaugelas qui déclare que le de est appuyé par de bons auteurs. Aujourd'hui l'usage l'a consacré, usage qui d'ailleurs n'a rien d'inexplicable grammaticalement. On remarquera cette tournure : Bossuet ayant à construire rien de plus insensé avec paraître, a mis le verbe au milieu ; construction qui peut sembler insolite, mais qui est bonne et à imiter. Il n'y a rien de tel que l'adversité pour mûrir un homme. On dit aussi sans le de : il n'y a rien tel que.... De se construit de même partitivement et explétivement, avec les mots mieux, pis, plus, moins. Vous n'aurez rien de plus.
Nous ne pouvions jeter les yeux sur les deux rivages sans apercevoir des villes opulentes, des maisons de campagne agréablement situées, des terres qui se couvraient tous les ans d'une moisson dorée, des prairies pleines de troupeaux — Fénelon (1651-1715)
La corruption qui tous les jours peut produire de nouveaux fruits de mort — Massillon (1663-1742)
De pris absolument devant un substantif, exprime la manière, la disposition, l'état, la situation. De gaieté de cœur. De colère il rompit l'entretien. De peur d'un plus grand mal il céda. De côté et d'autre. Du côté des ennemis. En cet emploi, de signifie parfois : en fait de. N'avoir du pouvoir que l'apparence. D'honneur, d'homme d'honneur, sorte d'affirmation interjective signifiant sur mon honneur, sur la parole d'un homme d'honneur. De exprimant qu'il est question, qu'il est traité d'une matière. De la chasse. De la tragédie grecque. Des peintres italiens du XVIe siècle. Il y a de sous-entendu : livre, chapitre qui traite de la chasse, etc. Pendant. De nuit. De jour, la chouette se cache dans les trous, et de nuit elle va chercher sa pâture. À partir de. De, construit de cette façon, indique le changement d'état, de condition : de commis il devint directeur. Cette construction s'emploie aussi avec les adjectifs. De pauvre il devint riche. De.... en.... exprime que l'on va d'un lieu, d'un objet en un autre. De.... à.... exprime, au physique ou figurément, l'intervalle, le passage d'une chose à un autre. De l'Elbe à la mer Baltique ou jusqu'à la mer Baltique. Ils étaient de trente à quarante, leur nombre était entre trente et quarante. Je serai chez moi de cinq heures à SIX, entre cinq heures et six heures. De.... à.... D'homme à homme, c'est-à-dire entre deux hommes, quand il s'agit de deux hommes. D'homme à homme, cela peut se dire et se faire. De vous à moi, c'est-à-dire entre vous et moi, et de manière que ce qui se passe entre vous et moi ne soit pas répété. Ceci est de vous à moi ; vous n'en parlerez pas. De.... en.... De point en point, c'est-à-dire d'un point jusqu'à l'autre, tout à fait, complétement. Il a executé ses ordres de point en point. De bout en bout, c'est-à-dire d'un bout jusqu'à l'autre. De jour en jour, c'est-à-dire un jour après l'autre, chaque jour, incessamment. Le danger devient plus grand de jour en jour. B. 9° De entre un adjectif et un substantif ou un pronom personnel. Digne d'estime. Avide de gloire. Altéré de sang. Je suis mécontent de moi. Faible d'esprit et de corps. De se construit avec le superlatif Le meilleur des hommes. De entre un adjectif et un verbe. Désireux de voir. De entre un adjectif et un infinitif, avec le sens de à cause que, vu que. De ou que de entre un adjectif construit avec si et un verbe, et signifiant assez.... pour.... C. 10° De construit avec un pronom personnel. On n'agit pas toujours de soi-même. Il est venu de lui-même s'excuser. De soi, par sa propre vertu, naturellement. De soi, rien n'est permanent sur la terre. Cela va de soi. Cela s'entend de soi. De moi, c'est-à-dire quant à moi, pour ce qui me concerne ; ancienne locution qui représente : quant à ce qui est de moi ; elle est tombée en désuétude, et on dit : pour moi. De devant un pronom démonstratif. De celui-ci allons à celui-là. De cela même, à cause de cela même. D. 11° De entre un pronom conjonctif et un autre mot. Des grammairiens ont blâmé cette tournure, assurant qu'il fallait dire non : lequel des deux était le plus éloquent, de César ou de Cicéron ; mais lequel des deux, César ou Cicéron, était le plus éloquent, ou bien : lequel, de Cicéron et César, était le plus éloquent ? De ces deux tournures la première est correcte et peut s'employer ; la seconde est peu usitée. Dans tous les cas, l'ancienne tournure, qui est dans Rotrou, est justifiée par l'usage et implique seulement un pléonasme dans le de placé devant chaque nom. De construit dans le même sens avec le pronom démonstratif celui, celle, ceux, celles. E. 12° De entre un nom de nombre et un autre mot. L'un des deux. Deux des quatre. De avec ellipse de un. Il vint des derniers, c'est-à-dire un des derniers. Et de, pris absolument devant un nom de nombre, exprime que, comptant quelque chose, on signale particulièrement le nombre indiqué. F. 13° De entre un verbe et un nom, construction où il exprime les compléments des différents verbes de la phrase. Que pensez-vous de cela ? Traiter de la paix. Différer d'avis. Médire de quelqu'un. Il se mêle d'affaires qui ne le regardent pas. On l'accusa de ce malheur. Vous le taxiez de folie. Vivre de légumes. Son esprit manque de justesse. Tirer avantage de ses talents. Le vrai ne dépend point du temps ni de la mode. Issu d'une bonne famille.
Je les suivis de rage et m'y rangeai comme eux — Pierre Corneille (1606-1684)
De bonheur pour ce loup qui ne pouvait crier, Près de là passe une cigogne — La Fontaine (1621-1695)
De entre un verbe et un substantif et composant avec ce substantif une sorte de locution adverbiale qui modifie le sens du verbe à la façon des adverbes. Il me parla d'un ton menaçant. Il alla de son propre mouvement le trouver.
Non, je n'en ferai rien, la chose est résolue, Ou l'on m'y contraindra de puissance absolue — Jean Mairet (1604-1686)
Si vous ne consolez d'un traitement plus doux Celui qui désormais ne peut vivre sans vous — Jean Mairet (1604-1686)
De entre un verbe passif ou un participe passif ou une construction à sens passif et un substantif ou un pronom personnel et faisant fonction de complément passif.
Je suis vaincu du temps, je cède à ses outrages — Malherbe (1555-1628)
Tantôt je me la vois d'un pirate ravie — Malherbe (1555-1628)
De entre un verbe et un substantif, et signifiant : pour, à cause de, avec.
Mais je hais vos messieurs de leurs honteux délais — Molière (1622-1673)
J'adore le bon abbé de tout ce qu'il me mande là-dessus, et de l'envie qu'il a de me voir recevoir une si chère et si aimable compagnie — Mme de Sévigné (1626-1696)
De entre un verbe et un adjectif. Il s'est laissé traiter de lâche, c'est-à-dire il s'est laissé appeler lâche. Même emploi avec un substantif. On le traita publiquement d'homme sans foi La voix publique le qualifiait de traître, c'est-à-dire elle le disait traître. Se qualifier de prince.
C'était s'exposer à être traité de séditieux par les Hérodiens — Bourdaloue (1632-1704)
De entre un verbe et un autre verbe qui sert de complément au premier. On l'accusa d'avoir conspiré. Vous êtes chargé de lui écrire. Il désespérait de réussir. On lui conseille de partir. Dans le XVIIe siècle, de était employé dans des cas où présentement on met à.
Choisis de leur donner ton sang ou de l'encens — Pierre Corneille (1606-1684)
Il lui échappa d'écrire : Qu'a de commun la censure de Rome avec celle de France ? — Pascal (1623-1662)
De entre deux verbes, avec un sens équivalent à : de ce que, vu que, puisque, quand, comme si. De entre un verbe pris impersonnellement, et un infinitif. Il est bon de s'amuser. Il convient de travailler.
Que veut-elle dire De ne venir pas ? — Malherbe (1555-1628)
Je mérite la mort de mériter sa haine — Pierre Corneille (1606-1684)
De devant un infinitif et pris absolument, c'est-à-dire sans nom ou verbe dont il soit le complément. On les appela ; eux, de courir, c'est-à-dire, sous-entendu, ils commencèrent, ils se hâtèrent de courir.
Grenouilles aussitôt de sauter dans les ondes, Grenouilles de rentrer en leurs grottes profondes — La Fontaine (1621-1695)
Les médiocres gens Vinrent se mettre sur les rangs ; Elle, de se moquer — La Fontaine (1621-1695)
De devant un infinitif et pris absolument comme le précédent, mais servant, dans cette construction, soit de sujet complexe au verbe de la phrase, soit d'annonce de ce qui va suivre. Cette tournure est perpétuelle dans le XVIIe siècle, et on ne parle guère autrement ; aujourd'hui on supprime souvent, surtout quand l'infinitif est sujet complexe, ce de qui n'est ni sans utilité ni sans grâce, et qui d'ailleurs peut être repris, quand on veut, d'après les meilleures et les plus sûres autorités. Cette tournure rend compte de phrases comme celle-ci : Sa force était de céder à propos ; il faut entendre que de céder est un sujet complexe, et construire : de céder à propos était sa force.
Mais de souffrir ma gloire en la bouche des miens, C'est en ôter le prix au ciel dont je la tiens — Rotrou (1609-1650)
Car, de m'imaginer que vous me méprisiez, j'avoue franchement que je n'ai pas si mauvaise opinion de moi — Guez de Balzac (1597-1654)
C'est par une même analogie d'emploi et pour un certain besoin de l'oreille que l'on met de ou que de devant des verbes où ces mots sont explétifs.
C'est faire injure au maître d'une maison, d'y entrer par la fenêtre — Pascal (1623-1662)
Son père Antonin lui avait appris qu'il valait mieux sauver un seul citoyen que de défaire mille ennemis — Bossuet (1627-1704)
De entre le verbe être ou tout autre verbe exprimant un état, et un substantif, construction où il indique que la chose dont il s'agit devient nôtre. La lecture est d'une grande fatigue pour mes yeux affaiblis. Nous sommes de la maison. Il est de votre âge. Le verbe peut être sous-entendu. Il est de.... c'est le propre de, le caractère de. Il est de.... comme.... impersonnellement, avec un substantif ou un pronom, signifiant qu'une chose se comporte comme une autre. Qu'est-ce.... avec de ou que de. Familièrement. Ce que c'est que de nous ! c'est-à-dire, voyez la misérable condition humaine. Dans une phrase affirmative. Nous ne savons ce que c'est que de tromperie, ou de tromper. Malherbe (IV, 10) a dit d'une façon analogue, mais qui a vieilli : Ce ne m'est plus de nouveauté [cela ne me surprend plus] Qu'elle soit parfaite en beauté. Si j'étais de vous ou que de vous, si j'étais à votre place. G. 24° De placé entre un adverbe et un nom ; il s'agit ici des adverbes loin, près, tant, trop, etc. qui apportent à l'esprit l'idée de choses et non, comme l'adverbe proprement dit, l'idée d'une qualité abstraite. Loin de la patrie. Près du tombeau. Moins d'argent. Tant de belles actions. Je suis confondu de tant de bonté. Trop ou trop peu d'exercice nuit à la santé. Voici, voilà avec de. Voilà de quel ton il a parlé. Qu'est-ce donc [l'animal] ? Une montre. Et nous ? C'est autre chose. De placé entre un adverbe et un verbe. Bien loin de céder. Près de partir. De construit avec un adverbe, en tant que nom abstrait de lieu, de temps, de quantité, etc. De là, d'ici. De près, de loin. De trop. De construit avec plus ou moins, au sens de que. Il ne s'y trouva pas moins de trente personnes, c'est-à-dire pas moins que trente personnes. Ce cep portait plus de vingt grappes, c'est-à-dire plus que vingt grappes. Cet emploi est un reste de la vieille langue qui exprimait le complément du comparatif non par que, mais par de (exemple : plus fort de moi), comme l'Italien l'exprime par di ; de ou di rendant l'ablatif latin usité en ce cas. H. 25° De construit avec une préposition. Distinguer l'ami d'avec le flatteur. La justice et la charité ont disparu d'au milieu d'eux. Je suis sorti d'avec lui très satisfait. Vous m'avez chassé de chez moi. D'outre en outre. De par le roi, en vertu de l'autorité du roi. Et familièrement, cela s'est fait de par ma volonté (voy. PAR). En cette locution se sont confondues la construction des deux prépositions de par, et l'ancienne forme de part le roi, c'est-à-dire de la part du roi. I. 26° De construit avec la conjonction quand. J. 27° De ce que, conjonction composée qui signifie parce que, à cause que. De ce que je n'en parle pas, cela ne veut pas dire que je n'y songe plus.
J'ai toujours marché depuis par le plus beau temps, le plus beau pays et le plus beau chemin du monde ; vous me disiez qu'il était d'hiver quand vous y passâtes ; il est devenu d'été, et d'un été le plus tempéré qu'on puisse imaginer — Mme de Sévigné (1626-1696)
Jésus-Christ leur avait fait expressément entendre que son royaume ne serait pas de ce monde — Bourdaloue (1632-1704)
Étymologie : Provenç. espagn. et portug. de ; ital. di ; du latin de.
Historique : IXe s. D'ist di [de ce jour] in avant De suo part [de sa part] Xe s. In figure de colomb [elle] volat à ciel De cest peril E si penteiet [si poeniteret] de cel mel [mal] que fait habebant Preietz [priez] li que de cest periculo nos liberat XIe s. Environ lui plus de vint milie homes D'or et d'argent quatre cenz muls chargez Enveions i les filz de nos moillers Et dist au rei : Salvez seiez de Deu [Il] Conquerrat [à] lui d'ici qu'en Orient N'avez baron qui mieuz de lui la face [l'avant-garde] De quinze lieues en ot [ouit] hom la rumur Il n'ont de blanc ne mais que sul les denz Saint Gabriel de s…
Émile Littré, Dictionnaire de la langue française — domaine public. Numérisation XMLittré, François Gannaz (CC BY-SA 3.0).
Grammaire et formes (2)
- d' — forme de base
- de — forme de base
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