cuir
nom, masculin, /kɥiʁ/
Témoignages historiques
Frise des témoins : Littré 1873 (1 sens) · 1873 (6 sens) — Académie 1935 (7 sens)
Littré (1873) — entrée 2
s. m.
Terme populaire. Faute de langage qui consiste à prononcer à la fin d'un mot qu'on lie à un autre, un t pour un s, j'étai-t à la campagne, et réciproquement, il étai-z à la campagne, ou à intercaler une liaison là où il n'en faut point, j'ai-z été. Faire un cuir, des cuirs.
À faire mon d'voir toujours prête, Not' maître, je v'nons vous offrir C'te paire de rasoirs pour vot' fête ; Acceptez-la z'avec un cuir — DÉSAUGIERS
Étymologie : On prétend que ce mot vient du substantif cuir, employé pour désigner la peau des animaux, et qu'on s'en est servi en ce sens à raison de l'analogie que présentent les expressions écorcher un mot et faire un cuir avec l'action d'enlever la peau des animaux pour en faire du cuir ; peut-être aussi est-ce à cuir de rasoir qu'il faut le rapporter, ces lettres ainsi prononcées étant de prétendus adoucissements de la prononciation, comme le cuir adoucit le rasoir.
Émile Littré, Dictionnaire de la langue française — domaine public. Numérisation XMLittré, François Gannaz (CC BY-SA 3.0).
Littré (1873) — entrée 1
s. m.
Peau épaisse de certains animaux. L'épaisseur du cuir qui couvre l'éléphant. Terme d'anatomie. Cuir chevelu, la peau qui recouvre le crâne et où naissent les cheveux.
Peau des animaux séparée de la chair et corroyée. Cuir de vache. Par plaisanterie, un orfévre en cuir, un savetier. Cuir bouilli, cuir cuit et préparé qu'on emploie sous diverses formes. Un visage de cuir bouilli, visage de mauvaise couleur. Cuir cru, vert ou en vert, cuir qui n'a reçu aucune préparation. Cuir plaque, cuir tanné et corroyé dans son tan. Cuir à l'orge, cuir qu'on fait fermenter dans une pâte d'orge. Cuir à œuvre, cuir mince des petits bœufs. Cuir de Valachie, cuir préparé dans un passement d'orge. Cuir en triple, cuir pelé et rincé. Cuir de Transylvanie, cuir préparé à la farine de seigle. Cuir de poule, cuir qui sert à faire des gants. Cuir de Russie ou de Roussi, cuir de vache préparé en Russie. La locution cuir de Russie est la seule correcte ; cuir de Roussi en est une vieille corruption. Cuir de Russie est aussi la peau de phoque tannée avec l'écorce du bouleau noir.
Les cuirs, fruit unique des courses des boucaniers, avaient été le premier objet d'exportation de St-Domingue — Raynal (1713-1796)
Nos cuirs dorés, où il n'entre pas la moindre parcelle d'or, montrent que nous savons au moins, dans certains arts, imiter la sage économie de la nature — Charles Bonnet (1720-1793)
Cuir à rasoir, ou, simplement, cuir, bande de cuir tendue sur une palette pour donner le fil aux rasoirs.
Familièrement, la peau. Entre cuir et chair, sous la peau. Fig. et familièrement. Pester entre cuir et chair, s'impatienter sans oser le faire paraître.
Le beau corps, le beau cuir ! — La Fontaine (1621-1695)
C'est bien le cuir plus doux ! — La Fontaine (1621-1695)
Cuir de laine, épaisse et forte étoffe croisée.
Cuir des arbres, le rhacodion xylostome. Cuir de montagne, cuir fossile, asbeste. Faire du cuir d'autrui large courroie, se dit de ceux qui sont libéraux du bien d'autrui.
Étymologie : Génev. cuer, couer (l'r sonne) ; wallon, cûr ; namurois, cû ; provenc. cuer, cur ; anc. catal. cuyr ; espagn. cuero ; ital. cuojo ; du latin corium ; grec, χόριον.
Historique : XIe s. En [pour cela, pour servir son roi] doit hom perdre et du quir et du peil Dur [ils] ont le quir ensement come fer XIIe s. Sur l'espaule senestre l'espée li cula, Le mantel e les dras tresqu'al cuir encisa, E le braz maistre Edward près tut en dous colpa Coustume est de mecine, ke ele la chalor des entrailhes trait par defors el cuir, et de ce dont ele navret par defors sanet ele par dedens Un cuir boli [sorte d'armure] a en son dos gité, Par desore ot un clavain afautré XIIIe s. La carre du roi Phyon fut de cuir d'elephant bouilli, dont le tabernacle et la marcelle fu peint à collors et…
Émile Littré, Dictionnaire de la langue française — domaine public. Numérisation XMLittré, François Gannaz (CC BY-SA 3.0).
Académie française, 8e édition (1935)
n. m.
Peau épaisse de certains animaux. L’âne et le mulet ont le cuir extrêmement épais et dur.
Il se dit plus ordinairement de la Peau des animaux, quand elle est séparée de la chair et corroyée. Cuir de vache. Cuir cru. Préparer, apprêter, passer, tanner des cuirs. Cuir de Russie.
Cuir bouilli. Voyez
BOUILLI.
Cuir à rasoir, Bande de cuir préparée pour donner le fil aux rasoirs.
Il se dit quelquefois de la Peau de l’homme. Des sérosités qui s’amassent entre cuir et chair, Sous la peau. Le cuir chevelu, La peau du crâne qui porte les cheveux.
Il se dit aussi populairement d’un Vice de langage qui consiste à lier les mots entre eux d’une façon vicieuse. Faire un cuir, des cuirs.
Dictionnaire de l'Académie française, huitième édition (1932-1935) — domaine public. Numérisation ATILF/Chicago, conversion communautaire.
Grammaire et formes (2)
- cuirs — pluriel — /kɥiʁ/
- cuir — singulier — /kɥiʁ/
Source de l'entrée : Morphalou 3.1, licence LGPL-LR — entrée cuir#19482.