cruauté
nom, féminin, /kʁyote/
Témoignages historiques
Frise des témoins : Littré 1873 (4 sens) — Académie 1935 (5 sens)
Littré (1873)
s. f.
Penchant à infliger des souffrances et la mort. Exercer sa cruauté contre des innocents.
Quels foudres lancez-vous quand vous vous irritez, Si même vos faveurs ont tant de cruautés ? — Pierre Corneille (1606-1684)
Il y a de la cruauté à tuer un homme — Pascal (1623-1662)
Action cruelle. Les cruautés de Néron.
Il exerce des cruautés inouïes — Bossuet (1627-1704)
Père dénaturé, malheureux politique, Esclave ambitieux d'une peur chimérique, Polyeucte est donc mort, et par vos cruautés Vous pensez conserver vos tristes dignités — CORN
Chose fâcheuse ; acte rigoureux. Les cruautés du sort.
Quelle cruauté de se voir trahi par ses amis ! Vous refusez de me voir, quelle cruauté ! Je ne me ferais pas de cruautés comme cette fois [je ne m'infligerais pas une peine si grande] — Mme de Sévigné (1626-1696)
Que nos plaisirs passés augmentent nos supplices ! Qu'il est dur d'éprouver après tant de délices Les cruautés du sort ! — La Fontaine (1621-1695)
La cruauté, les cruautés d'une maîtresse, son indifférence ou ses rigueurs.
Que je bénis, seigneur, l'heureuse cruauté Qui vous rend.... - Tu l'as vu comme elle m'a traité — Jean Racine (1639-1699)
Étymologie : Provenç. cruzeltat, crueltat ; catal. crudeltat ; espagn. crueldad ; portug. crueldade ; ital. crudeltà ; du latin crudelitatem, de crudelis (voy. CRUEL). Crudelité qu'on trouve dans quelques textes était refait sur le latin, qui, à l'origine, avait donné régulièrement cruelté, crualté, cruauté.
Historique : XIIe s. Par vos grant cruautez Membrer vous doit que laide cruauté Fait qui ocist son lige homme demaine XIIIe s. Or oés se ceste gens devoient terre tenir, qui si grant cruauté faisoient li uns envers les autres [Ils] Lui ont mis cele corde ; ce fut grant cruauté Il meïsmes n'a pas vergoigne De recongnoistre, ains le tesmoigne, Et sa crualté pas ne cele, Quant perilleus miroir l'apele Ne nul testamens ne doit mie estre fes selonc crualté, mais selonc misericorde XIVe s. Crudelité ou ire XVe s. Sire de Laval, respondit le duc, laissez moy faire ma voulenté ; car Clisson m'a tant de fois courro…
Émile Littré, Dictionnaire de la langue française — domaine public. Numérisation XMLittré, François Gannaz (CC BY-SA 3.0).
Académie française, 8e édition (1935)
n. f.
Plaisir qu’on éprouve à faire souffrir ou à voir souffrir. Exercer sa cruauté sur des innocents. Traiter ses ennemis avec cruauté. User de cruauté envers quelqu’un. Par extension, La cruauté du tigre, du lion.
Fig., La cruauté du sort, du destin, de la fortune, etc., se dit en parlant des Grandes afflictions, des grands revers de fortune.
Il signifie aussi Action cruelle. Commettre des cruautés. C’est une cruauté inouïe de les faire ainsi souffrir.
Par exagération, La cruauté, les cruautés d’une maîtresse, Son indifférence ou ses rigueurs.
Il se dit par exagération de Tout acte rigoureux, injuste. Vous refusez de m’entendre ; quelle cruauté! Il a eu la cruauté de me laisser sans nouvelles.
Dictionnaire de l'Académie française, huitième édition (1932-1935) — domaine public. Numérisation ATILF/Chicago, conversion communautaire.
Grammaire et formes (2)
- cruautés — pluriel — /kʁyote/
- cruauté — singulier — /kʁyote/
Source de l'entrée : Morphalou 3.1, licence LGPL-LR — entrée cruauté#19265.