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crainte

crainte

nom, féminin · /kʁɛ̃tə/

Usage : fréquent (34 occurrences par million, Lexique 3.83).

Définitions

  1. Sentiment d'appréhension ou de peur ressenti face à un danger ou une menace.

    Elle n'a jamais caché sa crainte des orages.

    Synonymes : peur, appréhension.

    « Anaxagoras abandonna tout ce qu'il avait, de crainte que le soin de ses propres intérêts le détournât de l'étude »Fénelon (1651-1715)

    « ....Fi du plaisir Que la crainte peut corrompre »La Fontaine (1621-1695)

  2. Soutenu. Sentiment de respect mêlé d'appréhension envers une autorité ou une puissance supérieure, souvent de nature religieuse ou morale.

    La crainte de Dieu est le thème de ce sermon.

    « Les barbares furent tenus en crainte par ses armes »Bossuet (1627-1704)

    « Cette disposition renferme premièrement un mépris de Dieu qui la rend très criminelle, secondement une crainte du monde qui la rend très insensée »Massillon (1663-1742)

Définitions Francorium (CC BY-SA 4.0) · méthode.

Expressions : de crainte que

Grammaire et formes (2)
  • craintes : pluriel · /kʁɛ̃tə/
  • crainte : singulier · /kʁɛ̃tə/

Témoignages historiques

Littré (1873) · 5 sens

s. f.

  1. Sentiment par lequel on craint.

    Ôter de crainteVoiture (1597-1648)

    C'est par là que l'on tient ses voisins en contrainte, Ses peuples en repos, ses ennemis en craintePierre Corneille (1606-1684)

  2. Sentiment de crainte respectueuse. La crainte de Dieu. Crainte filiale. Terme de droit. Crainte révérencielle, synonyme de crainte filiale ou respectueuse. Crainte servile, celle qui naît de la seule appréhension du châtiment. Crainte grave, celle qui est capable d'ébranler même une âme forte, comme la crainte de la mort. Une crainte grave suffit pour annuler un contrat. On dit par opposition : crainte légère

    Celui-ci avait la crainte des dieuxFénelon (1651-1715)

    La bonne crainte vient de la foi : la fausse crainte vient du doutePascal (1623-1662)

  3. Sentiment d'un respect mal placé.

    Cette disposition renferme premièrement un mépris de Dieu qui la rend très criminelle, secondement une crainte du monde qui la rend très insenséeMassillon (1663-1742)

    Rappelé d'un côté par la voix de Dieu, de l'autre retenu par la crainte des hommesMassillon (1663-1742)

  4. Dans la crainte de, avec l'infinitif, ou dans la crainte que, avec le subjonctif et la particule ne. Dans la crainte de tomber. Dans la crainte que l'orage ne survienne. C'est une licence de ne pas mettre ne.

    Le maréchal de Boufflers attaqua deux heures avant l'arrivée de son infanterie, dans la crainte que les ennemis se retirassentSaint-Simon (1675-1755)

  5. De crainte de, avec l'infinitif. De crainte que, avec le subjonctif et la particule ne, en craignant que. De crainte que l'on ne vous trompe. De crainte que l'heure ne fût passée. C'est une licence de ne pas mettre ne. Elliptiquement, crainte de. Crainte de, pris ainsi adverbialement, se dit des choses et jamais des personnes : Il a fait cela crainte de pis ; on ne dirait pas : Il a fait cela crainte de vous. Cette locution s'emploie avec un substantif pour complément, plutôt qu'avec un infinitif ; cependant on trouve cet exemple-ci de l'infinitif dans J. J. Rousseau, exemple qui pourrait être imité : On n'osait interroger personne, crainte d'apprendre plus qu'on ne voulait savoir, Hél. VI, 11. Elle ne s'emploie pas avec que : De crainte qu'on ne nous dérange, et non : Crainte qu'on ne nous dérange.

    Quoique ce soit un bien que l'un et l'autre attende, De crainte de le perdre, aucun ne le demandePierre Corneille (1606-1684)

    Anaxagoras abandonna tout ce qu'il avait, de crainte que le soin de ses propres intérêts le détournât de l'étudeFénelon (1651-1715)

Étymologie : Craint ; wallon, crimeûre. L'ancien français crieme, craime vient directement de l'ancien verbe cremir.

Historique : XIIe s. Cumencement de sapience, la crieme de nostre Segnor Jo tis serfs, dès m'enfance, ai crieme oüd de nostre Seignur XIIIe s. Grant craime et grant paor en a, Mès sachiez qu'il se deffendra, S'il li vient nus hom qui l'assaille XVe s. Lequel s'en alla sans dire adieu à son maistre, pour la crainte de sa personne, autrement il eust esté tué ou prins XVIe s. Boire à la françoise, et moderéement en crainte de sa santé Sa gravité estoit melée d'une maniere de crainte, qu'il sembloit qu'il redoubtast la presence du peuple

Émile Littré, Dictionnaire de la langue française, domaine public. Numérisation XMLittré, François Gannaz (CC BY-SA 3.0). Tout ce témoin.

Académie française, 8e édition (1935) · 6 sens

n. f.

  1. Action de craindre. La crainte du châtiment. La crainte de la mort. La crainte de l’enfer. La crainte des jugements de Dieu. Donner, inspirer de la crainte à quelqu’un. Jeter de la crainte dans l’esprit, dans l’âme. être saisi, pénétré, rempli de crainte. Mouvement de crainte. Je lui ai ôté cette crainte, je l’ai délivré de cette crainte. Abjurer toute crainte.

  2. Crainte servile, La crainte qui naît de la seule appréhension du châtiment.

  3. DANS LA CRAINTE DE, CRAINTE DE

  4. loc. prép.

  5. DANS LA CRAINTE, DE CRAINTE QUE, loc. conj.

  6. De crainte d’être surpris. De crainte qu’on ne vous trompe. On dit quelquefois simplement Crainte de malheur, d’accident, crainte de pis.

Dictionnaire de l'Académie française, huitième édition (1932-1935), domaine public. Numérisation ATILF/Chicago, conversion communautaire. Tout ce témoin.

Source de l'entrée : Morphalou 3.1, licence LGPL-LR, entrée crainte#18918.

Entrée morphologique (v0.1). Données JSON : lemme.