cour

cour

nom, féminin, /kuʁ/

Témoignages historiques

Frise des témoins : Littré 1873 (9 sens) — Académie 1935 (2 sens)

Littré (1873)

s. f.

  1. Domaine rural : sens primitif, tombé en désuétude, et qui ne se trouve plus qu'en composition et écrit court dans des noms de lieux en Normandie, en Picardie, en Lorraine : Harcourt, Brucourt, etc. Se dit, en Normandie, du terrain et des plantations dépendant immédiatement du bâtiment de la ferme.

  2. Terrain enfermé de murs et à découvert qui fait partie d'une habitation et de ses commodités (c'est ici le tout pris pour la partie ; l'ancienne court comprenant le logis, la cour, la basse-cour et les terres d'exploitation). Cour d'entrée. Cour de derrière. Cour intérieure. Cour d'honneur, la principale cour d'un palais, d'un château. Basse-cour, cour d'une ferme, d'une maison de campagne, où l'on nourrit la volaille. Basse-cour, cour séparée de la cour principale et où sont les écuries, les équipages. Fig. et familièrement. Nouvelles de la basse-cour, de basse-cour, bruits populaires, nouvelles fausses, ridicules. Basse-cour s'écrit au pluriel basses-cours. Dans les grandes villes, cour, nom de certains passages, et aussi d'enceintes de maisons. Cour des Miracles.

    Madame, Massinisse est dans la grande cour, Qu'on prendrait pour un temple où tout le monde accourt — Jean Mairet (1604-1686)

  3. Le palais du prince : ainsi dit parce que les rois de la première et de la deuxième race et les seigneurs demeuraient habituellement dans des domaines ruraux nommés court. Je me rends à la cour. Avoir bouche à cour, ou bouche en cour, avoir droit de manger à quelqu'une des tables entretenues par le prince. Le prince et son conseil. Recevoir un ordre de la cour. Être bien en cour, être en faveur. Le gouvernement du prince dans ses rapports diplomatiques. La cour de France, d'Espagne. Les trois cours du Nord sont d'accord.

    Vous êtes bien en cour ? Pourvoyez-nous d'une riche abbaye — Béranger (1780-1857)

  4. Les principales personnes qui composent l'entourage d'un prince, et aussi l'air, le ton de la cour, la manière d'y vivre. La cour est partie à la suite du roi. Être effronté comme un page de cour, être hardi jusqu'à l'impudence. Fig. La cour céleste, le ciel où est Dieu avec les anges.

    Et ta honte et sa gloire entretiennent la cour — Mathurin Régnier (1573-1613)

    Pour moi, j'ai de la cour autant comme il m'en faut — Mathurin Régnier (1573-1613)

  5. Homme de cour, celui qui fait partie de la cour, qui a les manières de la cour. Savoir la cour, être au fait des manières de la cour. En mauvaise part et indiquant frivolité, complaisance servile, etc. Abbé de cour. En mauvaise part et indiquant peu de sûreté dans le commerce.

    Y a-t-il esclave plus esclave que tout ce qui s'appelle gens de la cour ? — Bourdaloue (1632-1704)

    Messieurs les gens de cour prétendent juger décisivement de la délicatesse des plaisirs — Saint-Évremond (1614-1703)

  6. Un ami de cour, un ami qui ne l'est qu'en apparence. De l'eau bénite de cour, vaines promesses, protestations de services et d'amitié qui ne produisent rien.

    Et c'est un faible appui des amitiés de cour, Qu'une vieille amitié contre un nouvel amour — Pierre Corneille (1606-1684)

    Allons, ferme, poussez, mes bons amis de cour — Molière (1622-1673)

  7. Cour plénière, grande assemblée de vassaux que convoquaient les anciens rois de France. Tous ceux qui se présentaient à la cour plénière étaient traités aux frais du prince. Par extension. Fig. et familièrement. Avoir, tenir cour plénière, avoir chez soi plus de monde qu'à l'ordinaire, recevoir très nombreuse compagnie. La cour du roi Pétaud, endroit où chacun commande et où tout est confusion, et aussi où chacun veut parler à la fois.

    Gengis tint dans les plaines de Toncat une cour plénière générale — Voltaire (1694-1778)

    Que ne lui vit-on pas donner Dans le temps qu'il tint cour plénière Pour une fête singulière ? Chantilly fut la scène... — La Fontaine (1621-1695)

  8. Fig. Entourage de gens empressés à plaire à une personne. Depuis qu'il est en place, il a une petite cour. ar extension, respects et hommages qu'on rend à une personne, assiduités qu'on a auprès d'elle pour gagner ses bonnes grâces. Faire la cour aux grands. Faire la cour à une jeune personne pour l'épouser. Familièrement. Faire un doigt de cour à une personne, témoigner par quelques légers respects ou hommages qu'on veut gagner sa faveur. Faire la cour de quelqu'un, lui rendre un bon office auprès d'un tiers. J'ai vu le ministre, je lui ai fait votre cour. Faire sa cour aux dépens de quelqu'un, chercher à plaire en le desservant. Faire sa cour d'une chose à quelqu'un ou auprès de quelqu'un, se faire un mérite auprès de lui de lui annoncer une chose qui l'intéresse. Faire la cour se dit aussi des choses qui concilient la faveur, les bonnes grâces.

    Je le sais, ma princesse, et qu'il vous fait la cour — Pierre Corneille (1606-1684)

    [Il] Agit contre son rang pour mieux faire sa cour — Pierre Corneille (1606-1684)

  9. Siége de justice où l'on plaide (ainsi dit, parce que les cours de justice résidaient primitivement dans la cour du roi ou des seigneurs). Autrefois il se disait de la plupart des tribunaux ; aujourd'hui on ne le dit que des tribunaux supérieurs. Cour d'assises. Cour d'appel, juridiction supérieure dont l'attribution principale est de juger les appels des jugements de première instance. Conseiller à la cour d'appel. La cour suprême, se dit quelquefois pour la cour de cassation. Haute cour, tribunal exceptionnel de haute justice. Sous la monarchie parlementaire, la cour des pairs, la chambre des pairs constituée en haute cour de justice pour connaître d'un crime d'État. Sous la république de 1848, il y eut aussi une haute cour chargée de juger les crimes contre l'État. Cour des comptes, juridiction chargée de juger les comptes des comptables de deniers publics et de surveiller l'exécution des lois de finances. La cour des monnaies, c'était jadis une compagnie souveraine qui jugeait des différends survenant au sujet des monnaies et des manufactures d'or et d'argent. La cour de parlement, c'était jadis tout le parlement, composé de plusieurs chambres : la grand'chambre, la tournelle civile, la tournelle criminelle, les cinq chambres des enquêtes, les deux chambres des requêtes, et les requêtes de l'hôtel. La cour des aides, c'était jadis une compagnie souveraine qui jugeait en dernier ressort les causes civiles et criminelles regardant les aides, les impôts, les gabelles, etc. La cour des aides n'est pas loin, dicton jovial et jeu de mots sur aide, qui s'emploient pour exprimer que, si un mari néglige sa femme, d'autres le remplaceront. Autrefois, en matière criminelle, hors de cour signifiait qu'il n'y avait pas assez de preuves pour asseoir une condamnation. Aujourd'hui, mettre hors de cour, mettre hors de cour et de procès, déclarer qu'il n'y a pas lieu à suivre. Substantivement. Un hors de cour. Prononcer un hors de cour. Les membres d'une cour. La cour va en délibérer. Lieu où siége une cour de justice. Je vais à la cour de cassation. En termes d'ancienne pratique, cour signifiait pouvoir de juger. Ravoir la cour, obtenir le renvoi d'une cause. Dans le moyen âge, cour d'amour, société provençale de personnes des deux sexes qui traitait ou jugeait des questions de galanterie. du XVIIe siècle :

    Nous sommes renvoyés hors de cour — Jean Racine (1639-1699)

    Nous pouvons condamner à la potence ou renvoyer hors de cour — Voltaire (1694-1778)

Étymologie : Norm. court, grande ferme ; bourguig. cor ; provenç. cort ; ital. et espagn. corte ; du bas-latin, curtis, cortis, dérivé du latin cohors ou cors, basse-cour, enclos ; grec, χόρτος, qui a le même radical que le latin hortus, et l'allemand Garten, jardin. Le t qui appartient à cour dans tous les anciens textes et dans toutes les langues romanes, et qui se retrouve dans tous les dérivés, courtois, courtisan, etc. montre que le mot vient de curtis et non de curia, fausse étymologie qui commença à se montrer dans le XIVe siècle où l'on se mit à nommer en latin les gens de cour curiales. Curtis a s

Historique : XIe s. Qu'il issit à dreit en la curt.... Meillur vassal n'aveit en la curt nul XIIe s. [Il fut] à cort de roi et serviz et losez En ceste cort [il] vous vient au roi pleger Je deïsse et l'estre et l'errement De la grant court de France au dous renom, Où toute valor se baigne La corz fu moult pleniere ; quatorze rois i ot À la cort le manda l'hostes par un garçon E quant [il] vus volt tolir vostre curt e fauser, E apele autre curt, de ço le poez [tu le peux] grever Se [il] ne peüst le roi dunc el païs trover, Le prelat esteüst à la justice aler [il faudrait que le prélat allât à la justice], Ç…

Émile Littré, Dictionnaire de la langue française — domaine public. Numérisation XMLittré, François Gannaz (CC BY-SA 3.0).

Académie française, 8e édition (1935)

n. f.

  1. Espace découvert qui dépend d’une maison, d’un hôtel, etc., et qui est entouré de murs ou de bâtiments. Cour d’entrée. Cour principale. Cour de devant. Cour de derrière. Cour intérieur. Cour pavée, sablée, gazonnée. Maison bâtie entre cour et jardin. Cour à fumier.

  2. Cour d’honneur, La principale cour d’un château, d’un palais.

Dictionnaire de l'Académie française, huitième édition (1932-1935) — domaine public. Numérisation ATILF/Chicago, conversion communautaire.

Grammaire et formes (2)
  • cours — pluriel — /kuʁ/
  • cour — singulier — /kuʁ/

Source de l'entrée : Morphalou 3.1, licence LGPL-LR — entrée cour#18693.

Entrée morphologique (v0.1). Données JSON : lemme.