couleur

couleur

nom, féminin, /kulœʁ/

Définitions

  1. Impression visuelle produite par la lumière que réfléchit la surface des corps.

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  2. Substance colorante que l'on utilise pour peindre ou pour teindre.

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  3. Chacune des quatre familles de cartes d'un jeu.

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  4. Caractère particulier ou tonalité propre d'une œuvre, d'une époque ou d'une opinion.

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Témoignages historiques

Frise des témoins : Littré 1873 (13 sens) — Académie 1935 (40 sens)

Littré (1873)

s. f.

  1. Sensation que produit sur l'organe de la vue la lumière diversement réfléchie par les corps. Les couleurs, ainsi que l'a démontré Newton, sont le produit de la décomposition de la lumière. Couleurs primitives, les sept couleurs qui se montrent dans la décomposition de la lumière. Couleurs naturelles des corps, celles qui proviennent de la nature des rayons réfléchis ou réfractés par ces corps (ceux qui absorbent tous les rayons du spectre, moins le rayon rouge, qu'ils réfléchissent ou qu'ils laissent passer à travers leur substance, étant d'une couleur rouge, et ainsi de toutes les autres couleurs). Couleurs complémentaires, celles qui reproduisent la couleur blanche en se combinant à une autre couleur ; c'est ainsi que six couleurs du spectre solaire réunies sont toujours complémentaires de la septième couleur avec laquelle elles donnent naissance à la couleur blanche ; dans le système du contraste des couleurs, le mot complémentaire a une autre signification, il sert à indiquer la couleur qui est susceptible d'exhausser le ton d'une autre couleur. Juger, parler d'une chose comme un aveugle des couleurs, en parler sans la moindre connaissance. Couleur se prend au masculin dans les expressions comme celles-ci : Le couleur de rose, d'or, d'eau, de chair, de citron, etc. Après un substantif ces locutions s'emploient comme un adjectif invariable : un ruban couleur de feu ; des souliers couleur de rose. Terme de métallurgie. Couleur d'eau, brillant violet du fer bien poli, qui a passé au feu. Fer de couleur, fer qui devient cassant à la couleur rouge cerise. Couleurs de recuit, couleurs qui indiquent le degré de carburation de l'acier.

    Les couleurs ne sont pas dans les corps colorés, mais dans la lumière ; pour qu'on voie un objet, il faut qu'il soit éclairé — Jean-Jacques Rousseau (1712-1778)

    Le plumage tire sur le couleur de rose vers la racine — La Fontaine (1621-1695)

  2. Substance ou matière colorante dont on se sert en teinture, peinture, etc. Broyer, étendre des couleurs. Peindre à pleine couleur, peindre avec un pinceau très chargé de couleur. Couleurs amies, celles qui s'assortissent agréablement. Terme de peinture. Couleurs légères, celles qui sont comprises sous le blanc, c'est-à-dire sous la dénomination de couleurs blanches. L'outremer est compté parmi les couleurs légères. Couleurs pesantes, celles qui sont comprises sous le noir. Le brun-rouge, la terre d'ombre, le bistre, etc. sont des couleurs pesantes. Couleurs changeantes, celles qui dépendent de la situation des objets à l'égard de la lumière, comme celle des taffetas changeants, de la gorge des pigeons, etc. Couleurs noyées, celles qui s'affaiblissent insensiblement, comme sont celles qui forment les nuances. Couleurs rompues, couleurs trop vives que les peintres affaiblissent par le mélange d'autres plus sombres. Couleur générale, le résultat de l'ensemble des divers objets colorés qui sont dans un tableau. Couleur locale, la couleur propre à chaque objet indépendamment de la distribution de la lumière, et, par extension, couleur locale, art de représenter, soit en peinture, soit dans une composition littéraire, soit même dans une composition musicale, certains détails qu'on croit avoir caractérisé un pays, un temps, etc. Le procédé de la couleur locale a été particulièrement mis en usage par l'école romantique. Terme de peintre en bâtiment. Couleurs simples, celles qui viennent des végétaux et qui ne peuvent pas souffrir le feu. Mettre en couleur, peindre un carreau, un parquet, etc. Terme de teinturier. Couleurs matrices, cinq couleurs dont les autres dérivent.

  3. En parlant des vêtements, toute autre couleur que le blanc et le noir. Elle avait une robe de couleur. Les gens de guerre portent des habits de couleur, les gens d'église en portent de noirs. Terme de liturgie. Se dit des ornements de l'Église suivant les fêtes qu'elle célèbre. Couleurs de blason ; on en distingue cinq : gueules ou le rouge ; azur ou le bleu ; sinople ou le vert ; sable ou le noir, et le pourpre qui est mélangé de gueules et d'azur. Ces couleurs sont dites émaux. Anciennement, livrées. Gens de couleurs, les pages, laquais, cochers et suisses. Cet homme a porté les couleurs, il a été laquais. Porter les couleurs d'une dame, porter des couleurs semblables à celles qu'elle affectionne le plus. Fig.

    Comment ! un aumônier portant vos couleurs ? — Antoine Hamilton (1646-1720)

    Faire par les couleurs distinguer ses valets — Boileau (1636-1711)

  4. Drapeau. Après un assaut acharné, les couleurs françaises flottèrent sur les remparts. Les couleurs nationales. Les trois couleurs, le drapeau ou la cocarde tricolore. Terme de marine. Couleurs, s. f. plur. Pavillon, drapeau national.

    ... Qui pouvait répondre Que le ciel.... N'eût point vu sur la tour de Londre Flotter en fin les trois couleurs ! — Béranger (1780-1857)

    Quand secouerai-je la poussière Qui ternit ses nobles couleurs ? — Béranger (1780-1857)

  5. Fig. Caractère propre à telle ou telle opinion. Ses opinions ont complétement changé de couleur. La couleur de ce journal est encore indécise. Prendre couleur, se décider pour un parti politique.

    M. Judas .... soutient avec chaleur Qu'il n'a joué qu'un seul rôle Et n'a pris qu'une couleur — Béranger (1780-1857)

  6. Au jeu de cartes, le rouge et le noir, et chacune des quatre marques : pique, trèfle, cœur et carreau. De quelle couleur tourne-t-il ? Je n'ai point de cette couleur. Au lansquenet, prendre couleur, entrer au jeu et couper. Nommer la couleur, se dit, à l'hombre, pour signifier : faire la triomphe en indiquant la couleur. Jeu des trois couleurs, sorte de jeu de hasard que l'on joue avec un plateau et trois dés, portant chacun trois couleurs différentes.

  7. Le teint, la couleur du visage. Être haut en couleur, avoir la figure très colorée. Reprendre couleur, perdre sa pâleur, revenir à la vie ; et fig. rentrer en faveur, reparaître dans le monde. Un homme, une femme de couleur, un mulâtre, une mulâtre. Les gens de couleur. Terme de médecine. Les pâles couleurs, la chlorose.

    Déjà l'étonnement lui fait la couleur blême — Malherbe (1555-1628)

    J'ai couru sur le lieu sans force et sans couleur — Pierre Corneille (1606-1684)

  8. Terme de rôtisseur et de boulanger. Qualité colorée qu'on donne à la viande et au pain, par le moyen du feu. Ce rôti, ce pain a pris couleur. Fig. L'affaire prend couleur, tourne à bien, commence à bien aller.

    L'affaire du quiétisme, qui dormait un peu à la congrégation du saint-office, reprit couleur, et couleur qui commença à devenir fort louche pour M. de Cambrai — Saint-Simon (1675-1755)

  9. Coloris, en parlant d'un tableau. Ce tableau est d'une bonne couleur. Terme de gravure. Cette estampe est d'une belle couleur, on y reconnaît la couleur du tableau. Fig.

    C'est à monseigneur à mettre la dernière couleur — Mme de Sévigné (1626-1696)

  10. Éclat, brillant du style. Son style a une couleur brillante. Ce morceau manque de couleur. Expressions considérées en tant qu'elles peignent. Terme de musique. Couleurs des sons, se dit quelquefois pour timbre.

    Mais je ne trouve pas de couleurs assez noires Pour en représenter les tragiques histoires — Pierre Corneille (1606-1684)

    Toutes les langues ont les couleurs entières de l'expression et n'ont pas les mêmes nuances — Marmontel (1723-1799)

  11. Certain caractère des choses. Aux yeux du mélancolique, tout revêt de sombres couleurs. Voir tout couleur de rose, voir tout en beau. Familièrement. Je ne sais de quelle couleur est son argent, c'est-à-dire il ne m'a pas payé ce qu'il me devait, il ne m'a pas fait les gratifications qu'il était convenable qu'il me fît. On dit dans ce même sens : depuis huit jours je ne connais pas la couleur de ses paroles, il ne m'a parlé depuis huit jours.

    Ainsi nous séduisant d'une fausse couleur — Mathurin Régnier (1573-1613)

    Il m'a rendu ma gloire et préservé mon front Des infâmes couleurs d'un si mortel affront — Pierre Corneille (1606-1684)

  12. Apparence, prétexte, raison palliée. Populairement, mauvaise raison, mensonge. Quelle couleur ! J'ai deviné la couleur.

    Sous couleur d'aller voir une femme malade — Mathurin Régnier (1573-1613)

    Ce traître.... Entra dedans mon cœur sous couleur d'amitié — Mathurin Régnier (1573-1613)

  13. Couleur, nom qu'on donnait, alors que les tulipes faisaient fureur, à celle qui n'était que d'une couleur.

Étymologie : Bourguig. quelou ; provenç. et espagn. color ; portug. cor ; ital. colore ; du latin colorem.

Historique : XIe s. Li reis Marsiles ad la culur muée XIIe s. [Ils font] Engin de mainte color [espèce], Pour tourner joie en tristor Bele Erembors à la fenestre, au jor, Sur ses genous tient paile de color XIIIe s. La colors n'estoit pas en semblance de choe [chouette] Quant li rois l'entendi, color [il] prit à muer Li bateurs d'estain puet taindre son estain de toutes manieres de couleurs Il iert biaus, et ele bele ; Bien resembloit rose novele De sa color.... Se leur messe [des ordres mendiants] vaut quatre, il ont bone couleur De dire que leur messe soit de greignor valeur XIVe s. Ce que il dit eust au…

Émile Littré, Dictionnaire de la langue française — domaine public. Numérisation XMLittré, François Gannaz (CC BY-SA 3.0).

Académie française, 8e édition (1935)

n. f.

  1. Impression que fait sur l’oeil la lumière réfléchie par la surface des corps et qui nous les rend diversement sensibles. Couleur naturelle. Couleur artificielle. Couleur claire. Couleur sombre, brune, obscure. Couleur éclatante. Couleur voyante. Couleur gaie. Couleur vive. Couleur triste, morne. Couleur chargée. Couleur fanée, passée, effacée, ternie. Couleur tirant sur le brun, sur le bleu. Couleur changeante. Couleur tranchante. Couleur noire, grise, rouge. Couleur vert- pomme, vert Nil. Couleur chair. Ce marbre est d’une belle couleur. Variété, mélange de couleurs. Les diverses nuances d’une même couleur. Assortir les couleurs. Couleur à la mode. Les couleurs primitives. Les couleurs simples. Les couleurs composées.

  2. Après un nom, le mot COULEUR, déterminé par un autre nom, s’emploie comme une sorte d’adjectif. Un ruban couleur de feu. Des souliers couleur de rose. Un maillot couleur de chair ou couleur chair.

  3. Fig., Juger, parler d’une chose comme un aveugle des couleurs. Voyez

  4. AVEUGLE.

  5. Fig. et fam., Voir tout couleur de rose, Voir tout en beau. On dit dans le même sens Tout lui paraît couleur de rose. Il n’a que des pensées couleur de rose.

  6. Fig. et fam., En faire voir à quelqu’un de toutes les couleurs, Abreuver quelqu’un de mauvais procédés, de tromperies, d’humiliations.

  7. On ne connaît pas la couleur de son argent, Il ne paie pas ses dettes. On dit dans un sens analogue Je ne connais pas la couleur de ses paroles, Je ne l’ai jamais entendu rien dire.

  8. Les hommes de couleur, Les mulâtres, les hommes provenant du mélange de la race blanche et de la race noire.

  9. En termes de Physique, Couleurs complémentaires. Voyez — COMPLÉMENTAIRE.

  10. Les couleurs du drapeau, Les couleurs adoptées par chaque nation comme marque distinctive et reproduites sur le drapeau. On dit de même Les couleurs nationales. Spécialement, Les couleurs françaises.

  11. Dans la Marine, Les couleurs, Les pavillons. Hisser les couleurs.

  12. En termes de Blason, il se dit des Cinq couleurs, azur, gueules, sinople, sable et pourpre. Couleur sur métal. Métal sur couleur.

  13. Il se dit encore, en parlant d’étoffes et d’habits, pour désigner Toute autre couleur que le noir, le gris, le blanc, etc. Le deuil de cette femme est trop récent pour qu’elle reprenne les robes de couleur.

  14. Renoncer à la couleur, Ne plus porter que le noir, ou d’autres couleurs peu éclatantes.

  15. En langage de Courses, Porter les couleurs d’une écurie.

  16. Porter les couleurs d’une dame, Porter dans son ajustement des couleurs semblables à celles que cette dame affectionne le plus ; et, figurément, Se mettre au rang de ses adorateurs.

  17. Couleurs symboliques, couleurs théologales, Couleurs adoptées par l’église pour les ornements liturgiques.

  18. Il se prend aussi particulièrement pour le Teint, la couleur du visage. Couleur vermeille. Couleur pâle, blême. Couleur plombée, livide olivâtre, brune. Il est haut en couleur. Il se porte bien, la couleur lui est revenue. Il a repris ses couleurs. Cette personne a de belles couleurs. Elle n’a pas de couleurs.

  19. Il se dit également des Altérations subites qu’éprouve la couleur du visage par l’effet de quelque douleur ou de quelque émotion violente. Il entendit son arrêt sans changer de couleur. à cette nouvelle, il devint de toutes les couleurs. Elle tomba entre leurs bras, inanimée et sans couleur.

  20. Pâles couleurs. Voyez

Dictionnaire de l'Académie française, huitième édition (1932-1935) — domaine public. Numérisation ATILF/Chicago, conversion communautaire.

Grammaire et formes (2)
  • couleurs — pluriel — /kulœʁ/
  • couleur — singulier — /kulœʁ/

Source de l'entrée : Morphalou 3.1, licence LGPL-LR — entrée couleur#18630.

Entrée morphologique (v0.1). Données JSON : lemme.