v. a.
Mettre au lit. Coucher un enfant. Les valets de chambre viennent coucher leurs maîtres. Les garçons de la noce venaient coucher l'épousée.
Étendre quelqu'un ou quelque chose tout de son long sur la terre ou sur quoi que ce soit. Coucher une échelle. On coucha le blessé sur un matelas. Coucher une bouteille sur le côté, la vider. Terme d'horticulture. Plier les rameaux jusqu'à terre et les couvrir de terre pour qu'ils prennent racine. Terme de doreur. Coucher d'assiette, coucher une couleur rougeâtre pour servir de préparation à recevoir l'or. Coucher de fond, étendre une couleur sur les rouleaux de papier avant de les imprimer. Fig. Coucher quelqu'un sur le carreau, l'étendre sur la place mort ou grièvement blessé.
Dieu dans un moment a couché ce géant [Galérius] sur la terre — Chateaubriand (1768-1848)
Ainsi le trait fatal dans les rangs se promène, Et comme des épis les couche dans la plaine — Lamartine (1790-1869)
Incliner, pencher, rabattre quelque chose. La pluie et le vent couchent les blés. Coucher le poil d'un chapeau. Coucher des galons, une dentelle sur une étoffe. Terme de marine. Coucher un bâtiment, l'incliner pour le caréner. On dit aussi que le vent couche un bâtiment, quand il l'incline sur le côté. Terme de manufacture. Ranger avec la brosse le poil sur un drap tondu à fin. Fig. Coucher le poil à quelqu'un, le flatter, le cajoler.
La brise qui soulève ou couche les épis — Lamartine (1790-1869)
Coucher en joue, donner au fusil une position couchée, horizontale, en l'ajustant à l'épaule et contre la joue pour tirer. Fig.
Que l'on couchait en joue, et de plus d'un endroit, Celle dont il a vu qu'une lettre en avance Avait si faussement divulgué la naissance — Molière (1622-1673)
Il crut que ces longues paupières n'avaient jamais couché que lui en joue — Antoine Hamilton (1646-1720)
Etendre en couche. Coucher une couleur, de l'or, de l'argent sur.... Terme de peinture. Coucher des couleurs, les étendre avec le pinceau l'une à côté de l'autre avant de les fondre.
Coucher quelque chose par écrit, mettre par écrit.
Couche de ses faveurs l'histoire par écrit — Mathurin Régnier (1573-1613)
Nous faisons profession de ne coucher dans ces mémoires que ce que nous tenons de celui même dont nous racontons les faits — Antoine Hamilton (1646-1720)
Inscrire. Coucher quelqu'un sur une liste, sur l'état des pensions. Coucher un article en recette, en dépense.
Dans peu de temps, j'espère Y voir coucher [dans un testament] mon nom en riche caractère — Regnard (1655-1709)
Terme de jeu. Mettre comme enjeu. Il est grand joueur, il couche mille écus sur une carte. Coucher gros, jouer très gros jeu, et fig. risquer beaucoup. On dit, au neutre, coucher de tant. Fig. Coucher gros, avancer quelque chose d'extraordinaire : vieux en ce sens.
La corneille.... Qui, croassant partout d'un orgueil effronté, Ne couche de rien moins que l'immortalité — Mathurin Régnier (1573-1613)
Vous couchez d'imposture et vous osez jurer ! — Pierre Corneille (1606-1684)
V. n. Prendre son repos de nuit. Coucher dans un lit, sur un matelas. Coucher sur la dure. Chambre à coucher.
Pygmalion ne couche jamais deux nuits de suite dans la même chambre, de peur d'être égorgé — Fénelon (1651-1715)
Loger ou passer la nuit. Il coucha dans une hôtellerie. Coucher en ville. Coucher dans la rue. Coucher à la belle étoile, et, populairement, coucher à l'enseigne de la lune, coucher en plein air. Coucher dans son fourreau comme l'épée du roi, ou, simplement, coucher dans son fourreau, coucher tout habillé.
Elle le retenait souvent à coucher — Antoine Hamilton (1646-1720)
.... Vous ennuyez-vous point De coucher toujours seul ? une esclave assez belle Était à mes côtés ; voulez-vous qu'on l'appelle ? — La Fontaine (1621-1695)
Coucher avec une femme, avoir commerce avec elle.
Jupiter, en couchant avec Alcmène, fait une nuit de 24 heures — Voltaire (1694-1778)
On ne pouvait coucher ensemble la première nuit des noces, ni même les suivantes, sans en avoir acheté la permission — Montesquieu (1689-1755)
Se coucher, v. réfl. Se mettre au lit. Ils se sont couchés fort tard. Familièrement. Se coucher comme les poules, se mettre au lit de très bonne heure. Populairement. Allez vous coucher, c'est-à-dire laissez-moi tranquille.
Est-ce donc pour veiller qu'on se couche à Paris ? — Boileau (1636-1711)
Pour moi, fermant ma porte, et cédant au sommeil, Tous les jours je me couche avecque le soleil — Boileau (1636-1711)
S'étendre. Terme de manége. Le cheval se couche en vache, lorsque, dans le décubitus sternal, les talons de ses sabots et les extrémités des branches du fer viennent heurter et contondre la peau du sommet du coude. Se coucher sur la volte, se dit d'un cheval qui, malgré son cavalier, force ses inclinaisons dans les changements de direction. Être couché, étendu. Ce collet est mal taillé, il ne se couche pas bien sur l'habit.
Le reste.... se couche contre terre et sans faire aucun bruit Passe une bonne part d'une si belle nuit — Pierre Corneille (1606-1684)
Éconduit, il [le courtisan] insiste ; repoussé, il tient bon ; qu'on le chasse, il revient ; qu'on le batte, il se couche à terre — Paul-Louis Courier (1772-1825)
Passer au-dessous de l'horizon, en parlant des astres. Le soleil se couchera bientôt. À Paris, la Grande Ourse ne se couche jamais.
Émile Littré, Dictionnaire de la langue française — domaine public. Numérisation XMLittré, François Gannaz (CC BY-SA 3.0).