corps
nom, masculin, /kɔʁ/
Définitions
Ensemble des parties matérielles constituant l'organisme d'un être vivant : le corps humain.
Définition Francorium (CC BY-SA 4.0) — validation automatisée · méthode.
Témoignages historiques
Frise des témoins : Littré 1873 (24 sens) — Académie 1935 (56 sens)
Littré (1873)
s. m.
Ce qui fait l'existence matérielle d'un homme ou d'un animal, vivant ou mort. Les corps vivants. Les membres du corps. Corps très bien conformé. Les maladies qui attaquent le corps humain. Un corps souple et agile. N'être qu'un en deux corps, être lié par une étroite amitié. Un corps de fer, un homme qui résiste aux plus dures fatigues. Faire de son corps une boutique d'apothicaire, prendre trop de remèdes, se droguer. Gagner sa vie, son pain à la sueur de son corps, manger son pain à la sueur de son corps, se procurer par un rude travail ce qui est nécessaire à la subsistance. Familièrement. Il faut voir ce que cet homme a dans le corps, il faut tâcher de découvrir ses opinions, ses sentiments, et aussi tâter son courage. C'est un homme qui n'a rien dans le corps. Passer sur le corps d'une troupe ennemie, la renverser. Fig. Passer sur le corps de quelqu'un, obtenir un emploi auquel son rang lui donnait droit, devenir, de son inférieur, son supérieur. Familièrement. Faire rentrer dans le corps, faire rengainer, faire taire. Avoir le diable au corps, être d'une audace extrême, et encore, être singulièrement habile, ingénieux. Se dit aussi en parlant d'un cheval fougueux. Honorer de son corps, a été dit par Molière d'un homme qui épouse une femme, quand il croit lui faire honneur en l'épousant ; mais dit pour faire ressortir le ridicule du personnage. Un corps mort, un cadavre d'homme ou de femme. À bras-le-corps, loc. adv. En passant les bras autour du corps d'un autre. Il le saisit à bras-le-corps et le retint sur sa chaise malgré lui. La construction est : saisir, prendre le corps à [avec les] bras. Corps à corps, loc. adv. En attaquant de près son adversaire. Combat corps à corps. Fig.
Mais garde de toucher ce misérable corps — Pierre Corneille (1606-1684)
La mort ne nous laisse pas assez de corps pour occuper quelque place, et on ne voit là que les tombeaux qui fassent quelque figure ; notre chair change bientôt de nature ; notre corps prend un autre nom ; même celui de cadavre, parce qu'il nous montre encore quelque forme humaine, ne lui demeure pas longtemps ; il devient un je ne sais quoi qui n'a plus de nom dans aucune langue — Bossuet (1627-1704)
Plus particulièrement, la partie du corps humain qui est entre le cou et les hanches, le tronc. Il a un coup d'épée dans le corps. À mi-corps, par la moitié du corps. Il était penché à mi-corps par la fenêtre. Terme d'escrime. Plier le corps en avant, en arrière. Plier le corps sur la jambe droite, sur la jambe gauche. Avancer le corps. Effacer son corps. Tenir le corps ferme. Partir du corps. Fig. Prendre le lièvre au corps, attaquer, dans une affaire, le point essentiel ; locution tirée de la chasse, le chien prenant le lièvre au corps effectivement. Terme de manége. On dit qu'un cheval a du corps, quand ses côtes sont amples et longues.
D'autres animaux à mi-corps, quelquefois des lions en ronde bosse, sont attachés aux bras [de la statue de Diane] — Jean-Jacques Barthélemy (1716-1795)
Le corps considéré par opposition à l'âme ; la partie sensuelle de l'être humain. Tant que l'âme me battra dans le corps, tant que je serai en vie. Se tuer le corps et l'âme, se donner beaucoup de mal sans résultat. Se donner à quelqu'un corps et âme ou de corps et d'âme, se dévouer entièrement à lui. Faire folie de son corps, se dit d'une femme qui se livre au désordre. Une femme folle de son corps, une femme qui se livre au désordre. Un corps sans âme, un homme qui ne sait que faire, que devenir. Un corps sans âme, se dit aussi d'un parti, d'une armée sans chef. Familièrement. Il n'est pas traître à son corps, se dit d'un homme qui ne s'épargne rien, qui ne se refuse pas les commodités de la vie. Dans la justice féodale, on disait que le corps était perdu quand une condamnation capitale était prononcée, par opposition à l'âme qui pouvait toujours être sauvée. Fig. Le corps d'une devise, la figure qui y est représentée, par opposition à l'âme de la devise ou mots qui accompagnent cette figure.
Macérer, mortifier son corps.... Dans son premier lustre il est déjà soldat, Le corps attend les ans, mais l'âme est toute prête — Pierre Corneille (1606-1684)
Le ciel n'a point encor, par de si doux accords, Uni tant de vertus aux grâces d'un beau corps — Pierre Corneille (1606-1684)
La personne même. Répondre de quelqu'un corps pour corps, se porter garant de sa loyauté. Faire bon marché de son corps, s'exposer hardiment au péril, ne pas se ménager assez. Bourreau de son corps, celui qui ne ménage pas sa santé. Un drôle de corps, un homme original, plaisant. On dit dans le même sens : c'est un plaisant corps. C'est un pauvre corps, c'est un homme sans esprit ni vigueur. Fig. Tomber sur le corps de quelqu'un, l'attaquer vivement en paroles, soit présent, soit absent. Avoir une mauvaise affaire sur le corps, être impliqué dans quelque affaire compromettante, dangereuse. La personne du prince. Les gardes du corps. Terme de jurisprudence. La personne, par opposition aux biens ou aux marchandises. Séparation de corps et de biens. La contrainte par corps. Le par-corps, la contrainte par corps. Craindre le par-corps. Terme de marine. Périr corps et cargaison, corps et biens, se dit quand tout périt, vaisseau et marchandises. À corps perdu, loc. adv. sans ménagement pour sa personne, sans circonspection. Il se jeta a corps perdu dans la mêlée. Il se jeta à corps perdu dans les entreprises. À son corps défendant, loc. adv. En résistant à une attaque. S'il l'a tué, c'est à son corps défendant. La construction est : à [en] défendant son corps. Fig. malgré soi, à regret. Je n'y ai consenti qu'à mon corps défendant.
J'en réponds corps pour corps — Pierre Corneille (1606-1684)
Je réponds de vous corps pour corps — La Fontaine (1621-1695)
Bon corps, mauvais corps, bon état, mauvais état de la constitution. Absolument. Corps, l'embonpoint. Prendre du corps. Faire corps neuf, se dit du rétablissement après une longue maladie. Cela se dit aussi des chevaux mis au vert. Terme de fauconnerie. Être trop en corps, se dit d'un oiseau, quand il est trop gras et qu'il vole avec difficulté.
Ce roi vit un troupeau qui couvrait tous les champs, Bien broutant, en bon corps.... — La Fontaine (1621-1695)
Terme de théologie. Il se dit en parlant du sacrement de l'Eucharistie. Recevoir le corps de Notre-Seigneur. Corps saint, le corps d'un saint. On trouva dans cette église plusieurs corps saints. Enlever un homme comme un corps saint, l'enlever de vive force et sans qu'il ait le temps de résister. Ainsi écrite, cette locution est inintelligible ; car les corps des saints ne sont enlevés ni de vive force ni sans qu'ils aient le temps de résister ; voyez-en l'explication à CORSIN qui est une bonne orthographe, celle-ci étant tout à fait vicieuse. Aussi, comme on ne comprenait plus la locution, on y a attaché un sens tout opposé et en rapport avec corps saint, c'est-à-dire enlever en pompe et avec honneur, ainsi qu'on le voit par cette phrase d'une traduction de Don Quichotte, citée par LEROUX DE LINCY, Prov. t. I, p. 9 : " On vint le [Sancho] recevoir sous les armes, on l'enleva en pompe comme un corps saint, et on le porta sur les épaules à la grande église. " Mais le fait est qu'en ce sens la locution n'existe ni dans les textes ni dans les dictionnaires. Corps glorieux, état où seront les corps des bienheureux après la résurrection. Familièrement et par antiphrase. C'est un corps glorieux, ce n'est pas un corps glorieux, c'est ou ce n'est pas une personne qui reste longtemps sans éprouver certains besoins corporels.
Partie des vêtements qui s'applique à la partie supérieure du corps. Corset. Corps de baleine, ancien corset de femme fait avec des baleines. Corps de cuirasse.
Je crois toujours que c'est qu'on voit mes pensées au travers de mon corps de jupe — Mme de Sévigné (1626-1696)
Il faut lui mettre un petit corps qui lui tienne la taille — Mme de Sévigné (1626-1696)
Par extension de l'idée de corps d'animal à celle d'un objet quelconque, tout ce qui frappe nos sens par des qualités spéciales. L'air, la terre, une pierre, un arbre, un animal, sont autant de corps. L'impénétrabilité des corps. En physique, on distingue les corps en solides et en fluides, et ceux-ci en liquides et en fluides élastiques. Terme de chimie. Corps simples, ceux dont on n'a pu tirer, jusqu'à ce jour, qu'une seule espèce de molécules. Corps composés, ceux qui sont formés de deux ou de plusieurs espèces de molécules. Les corps célestes, le soleil, les étoiles fixes, les planètes, les satellites et les comètes. Terme de physiologie. Corps organisé, tout corps ou portion de corps appartenant ou ayant appartenu à un corps vivant, végétal ou animal. Terme de chirurgie. Corps étrangers, corps qui sont introduits accidentellement ou qui se développent dans l'économie. Prendre l'ombre pour le corps, prendre l'apparence pour la réalité. C'est l'ombre et le corps, se dit de deux personnes inséparables. Faire corps, se dit des choses unies ou adhérentes. Le bourgeon fait corps avec l'écorce. Fig.
Le corps n'est autre chose qu'une étendue solide et bornée par une figure qui est une manière d'être de cette étendue — BOULLAINVILLIERS
Les corps ne sont figurés, mobiles, etc. que parce qu'ils sont étendus — Condillac (1714-1780)
Terme de droit. Corps de délit, fait matériel qui constate le crime. Corps certain et déterminé, un objet désigné, comme par exemple le cheval qui est dans l'écurie : cela se dit par opposition aux choses de genre. Corps héréditaire, la masse des biens qui composent une succession.
La partie principale ou la plus grosse de certains objets. Le corps d'un violon, d'une pompe, d'un carrosse, d'un édifice, d'un vaisseau. Par extension. Corps de sonde, ensemble d'allonges ajustées les unes à la suite des autres. Dans l'écriture, le corps d'une lettre, le principal trait de cette lettre. Quand on parle d'une lettre missive, le corps d'une lettre est cette lettre sans les compliments, la date, la signature, etc. En typographie, la dimension de la pièce fondue qui supporte l'œil de la lettre et qui se mesure par points typographiques du côté du cran. Au lieu de trismégiste, gros canon, etc. on dit corps 36, corps 44, en sous-entendant points. La partie d'un poêle, comprise entre le socle et la corniche. Terme de serrurerie. La tige d'une espagnolette.
Ce n'est là que l'ouvrage d'un académicien ; si celui de l'Académie était publié, non-seulement il nous résoudrait une infinité de doutes, mais encore il est vraisemblable qu'il affermirait et fixerait en quelque sorte le corps de la langue — Pellisson (1624-1693)
Collection, recueil de pièces. Le corps de l'histoire de France par les bénédictins. Le corps du droit civil.
Dans un temps où chaque ville, bourg ou village, avait sa coutume, donner un corps général de lois écrites, c'était vouloir renverser dans un moment toutes les lois particulières sous lesquelles on vivait dans chaque lieu du royaume — Montesquieu (1689-1755)
Dès l'âge de vingt ans, le jeune Montesquieu préparait déjà les matériaux de l'Esprit des lois, par un extrait raisonné des immenses volumes qui composent le corps du droit civil — D'Alembert (1717-1783)
Corps de doctrine, ensemble de principes religieux ou philosophiques. Corps de la conduite, ensemble de la conduite que tient une personne. Terme de jurisprudence. Corps de preuves, réunion de plusieurs sortes de preuves qui toutes ensemble concourent à former une preuve complète.
Lorsque l'œil est simple et éclairé, il répand la lumière sur tout le corps de la conduite — Massillon (1663-1742)
Épaisseur ou consistance que présentent certaines choses. Ce papier, cette étoffe, ce sirop n'a pas de corps. Un vin qui a du corps, de la force. Fig.
Ce sont viandes creuses qui n'ont pas assez de corps pour la sustenter — Bossuet (1627-1704)
Il faut donner du corps à toutes les instructions qu'on veut insinuer dans l'esprit de l'homme — Fénelon (1651-1715)
Réunion de personnes vivant sous les mêmes lois. L'État est un corps politique dont le souverain est le chef. L'Église est un corps mystique dont J. C. est le chef. Le corps de l'Église, l'ensemble des fidèles.
À moins que d'une tête, un si grand corps chancelle — Pierre Corneille (1606-1684)
Le corps politique, aussi bien que le corps de l'homme, commence à mourir dès sa naissance et porte en lui-même les causes de la destruction — Jean-Jacques Rousseau (1712-1778)
Compagnie qui, réunie par un certain lien, a une existence et une fonction dans l'État ou dans l'Église. Le corps du clergé, de la noblesse. Les grands corps de l'État. Le corps législatif. Corps constitués, les divers tribunaux ou administrations, par opposition soit au corps de la nation, soit au corps législatif ou constituant. En droit, collection d'individus qui a une existence légale, exerce des droits propres, pris par opposition aux personnes individuelles. Le corps de ville, les magistrats de la municipalité. Le corps diplomatique, les ambassadeurs et les ministres étrangers. Corps de métier, réunion des ouvriers d'un même état. Corps d'état, réunion des personnes d'un même état. Esprit de corps, opinions bonnes et mauvaises communes aux divers membres d'une corporation. Repas de corps, repas d'apparat où se réunissent les membres d'un corps. En corps, loc. adv. En masse, collectivement.
Ce grand corps tous les ans change d'âme et de cœurs, C'est le même sénat et d'autres sénateurs — Pierre Corneille (1606-1684)
Son inimitié Voulut de ce grand corps retrancher la moitié [des janissaires] — Jean Racine (1639-1699)
Terme du langage militaire. Corps d'armée, grande division d'une armée. Le troisième corps d'armée, ou, simplement, le troisième corps prit position. Corps de bataille, la partie centrale de l'armée. Corps de réserve, corps tenu en arrière pour être appelé au besoin. Un corps d'infanterie, de cavalerie. Il est aimé dans son corps. Il a rejoint son corps, il a rejoint son régiment. L'ensemble de ceux qui appartiennent à certaines armes spéciales. Le corps du génie. Le corps d'artillerie. Corps francs, petits corps de troupes qui n'appartiennent pas à la ligne, qui d'ordinaire ne reçoivent pas de solde, et qui souvent ont un caractère insurrectionnel. Dans l'ancienne armée française les premiers corps d'infanterie étaient les régiments des gardes françaises et suisses ; après marchaient les six vieux corps, qui étaient les régiments de la plus ancienne création, Picardie, Piémont, Champagne, Navarre, Normandie et le Maine ; ensuite les six petits vieux corps, qui portaient chacun le nom de son colonel. Corps de garde, petite troupe qui monte la garde. Lieu où se tient cette petite troupe. Plaisanteries de corps de garde, plaisanteries grossières. Habitudes de corps de garde, se dit d'habitudes de sans-gêne, comme fumer, se coucher nonchalamment, etc.
Il formera un grand corps d'armée — Pascal (1623-1662)
Il paraît que les Asiatiques ont été des siècles avant de savoir diviser une armée en différents corps — Condillac (1714-1780)
Corps d'harmonie, se dit quelquefois d'un corps de musique militaire. Le corps de ballet, la troupe des danseurs qui exécutent un ballet, par opposition à ceux qui dansent un pas. Corps de ballet désigne aussi la troupe des danseurs.
Corps de logis, la masse ou la partie principale d'un bâtiment, considérée séparément des pavillons ou ailes. Corps de logis simple, celui qui ne renferme qu'une pièce ou qu'une seule suite de pièces. Corps de logis double, celui qui, dans son épaisseur, renferme deux pièces ou une suite de pièces. Corps de logis se dit aussi d'un édifice détaché de l'édifice principal. Il occupe un petit corps de logis au fond du jardin.
Quand l'architecte travaille au corps du bâtiment, s'il ne songe ni à la cour ni au portail, son ouvrage n'est qu'un assemblage confus de parties magnifiques qui ne sont point faites les unes pour les autres — Fénelon (1651-1715)
Trois corps de logis, formant avec l'église un carré long, composent l'édifice des Invalides — Chateaubriand (1768-1848)
Terme d'architecture. Corps, toute partie qui, par sa saillie, excède le nu du mur et sert de champ à quelque décoration. Terme de construction hydraulique. Corps mort, pièce de bois pour assujettir les mâts au fond de l'eau.
Terme de marine. Corps mort, objet établi solidement sur le rivage ou sur le fond d'une rade pour l'amarrage des navires. Corps de voile, voile principale. Corps de pompe, l'ensemble des pompes principales. Corps de voilure, la voilure entière. Corps organisés, nom des équipages de ligne et des compagnies d'ouvriers mécaniciens. La partie d'un bateau de pêche comprise depuis le mât jusqu'à peu près les deux tiers de sa longueur, tant à l'avant qu'à l'arrière.
Étymologie : Provenç. cors ; espagn. cuerpo ; ital. corpo ; du latin corpus ; comparez le celtique : gaél. corp ; irland. cuirp ; cornw. coref ; kymri, corf, cwrf ; bas-bret. corf ; d'après Burnouf. Yaçna, p. CXIX et p. 137, le même que le zend kehrpa ( avec un e bref), corps, sanscrit kripita, ventre. Dans l'ancien français, le nominatif est li cors, et le régime, par une faute devenue habituelle, le cors, aussi avec l's ; cependant quelques textes ont la forme régulière le cor.
Historique : Xe s. Bel avret [elle avait] corps, bellezour anima XIe s. Home qui plaide en curt, à cui curt que ço soit, fors là où li cors le rei est.... Gent ad le cors et contenance fiere Je conduirai mon cors [ma personne] en Roncevauz Franceis descendent, si adoubent lur cors Li amirals en jure quanqu'il puet De Mahomet les vertuz et le cors XIIe s. Et ton saint cors livras à la passion Outre, cuivers ! [que] li cors Dieu te honnie Dusque je soie de vostre cors [sur votre personne] vengez Car je mon cors de traïson defent Mais [ils] n'i voient rien qui fasse à desplaire N'en cors, n'en bras, n'en bouc…
Émile Littré, Dictionnaire de la langue française — domaine public. Numérisation XMLittré, François Gannaz (CC BY-SA 3.0).
Académie française, 8e édition (1935)
n. m.
Portion de matière qui forme un tout individuel et distinct. Tout corps a trois dimensions : longueur, largeur et profondeur. Corps simple. Corps composé. Corps organique. Corps inorganique. Corps aérien, léger, pesant, diaphane, transparent, opaque, compact, dense, spongieux. Les corps célestes. Les corps élémentaires. Les corps ne peuvent se pénétrer les uns les autres. L’impénétrabilité des corps.
Fig., Prendre l’ombre pour le corps, Prendre l’apparence pour la réalité.
Il désigne aussi, dans un sens particulier, la Partie matérielle d’un être animé, et principalement de l’homme. Le corps humain. Le corps d’un animal. Les diverses parties du corps. Il a le corps bien conformé, bien proportionné. J’ai le corps brisé, moulu. Les exercices du corps.
Dans ce sens, il s’oppose à Esprit, âme. L’homme est composé de corps et d’âme, du corps et de l’âme. Quand l’âme est détachée, séparée du corps, est sortie du corps. Quand l’âme abandonne le corps.
Corps mort, ou simplement Corps, Cadavre, corps privé de vie. Il ne se dit qu’en parlant du Corps humain. Ensevelir les corps. Mettre, porter un corps en terre. Enterrer, inhumer un corps. Le corps fut exposé. Suivre, accompagner le corps. Ouvrir un corps. Embaumer un corps. Disséquer un corps. Faire l’anatomie d’un corps. Procéder à la levée d’un corps. Voyez
LEVÉE.
Corps mort, se dit figurément, en termes de Marine, de Tout objet établi sur le rivage, ou sur le fond d’une rade, pour l’amarrage des navires : c’est ordinairement une très grosse ancre borgne avec une chaîne ou un câble, dont le bout est porté par un bateau ou par une caisse flottante.
Les phrases suivantes se rapportent à ces diverses acceptions du mot Corps.
Se donner à quelqu’un ou à quelque chose de corps et d’âme, ou se donner corps et âme. Appartenir à quelqu’un corps et âme, Se donner entièrement à lui.
Fig., C’est un corps sans âme. Voyez
ÂME.
Fig., Folle de son corps, se dit d’une Fille qui se livre au libertinage.
Fig., Avoir le diable au corps. Voyez
DIABLE.
Fam., Bourreau de son corps, se dit de Quelqu’un qui ne ménage pas sa santé.
Fam., C’est un drôle de corps, se dit de Quelqu’un qui est d’humeur bizarre.
Prendre du corps, Prendre de l’embonpoint.
Fig., Passer sur le corps à une troupe ennemie, Forcer l’obstacle qu’elle oppose à une marche en avant ; la bousculer. Passer sur le corps de quelqu’un, Obtenir un emploi auquel son rang, son mérite ou l’ancienneté lui donnait droit.
Fig., à corps perdu, Avec impétuosité, sans songer à se ménager. Il se jeta à corps perdu dans la mêlée, dans le danger. Il se jette à corps perdu dans les entreprises les plus hasardeuses.
à son corps défendant, Malgré soi, à regret, avec répugnance. Si j’y ai consenti, ç’a bien été à mon corps défendant. Croyez qu’il ne fera cela qu’à son corps défendant.
Dictionnaire de l'Académie française, huitième édition (1932-1935) — domaine public. Numérisation ATILF/Chicago, conversion communautaire.
Grammaire et formes (1)
- corps — forme de base — /kɔʁ/
Source de l'entrée : Morphalou 3.1, licence LGPL-LR — entrée corps#18312.