constitution

constitution

nom, féminin, /kɔ̃stitysjɔ̃/

Témoignages historiques

Frise des témoins : Littré 1873 (8 sens) — Académie 1935 (7 sens)

Littré (1873)

s. f.

  1. Acte de mettre dans. La constitution complète de la production de la chaleur dans le poumon n'a pas été ratifiée par les plus récentes recherches.

  2. Terme de procédure. Constitution de procureur, d'avoué, acte par lequel le procureur ou l'avoué déclare à son adversaire qu'il occupe pour une partie. Constitution se dit aussi pour le fait de constituer un avoué.

  3. Terme de pratique. Établissement d'une rente, d'une pension ; la rente même. Il a pour vingt mille francs de constitution. Contrat de constitution, constitution de rente, contrat par lequel le débiteur constitue une rente au profit du prêteur qui aliène son capital. On disait autrefois mettre son bien en constitutions, pour le placer de manière à lui faire produire ces rentes. Un marchand perd son crédit sur la place quand il met son bien en constitutions. Tout le bien de ce bourgeois est en constitutions. Constitution de dot, action d'établir une dot. On ne dit plus guère aujourd'hui une constitution ; on dit une constitution de rente.

    À vous prendre depuis les pieds jusqu'à la tête [en évaluant tout votre habillement], il y aurait de quoi faire une constitution — Molière (1622-1673)

    Passez-lui un contrat de constitution — La Bruyère (1645-1696)

  4. Terme de politique. La nature d'un gouvernement en tant que son pouvoir est réglé. Constitution monarchique. Violer la constitution. Donner, établir une constitution.

    Le gouvernement monarchique et héréditaire est la constitution du royaume [d'Angleterre] — Fénelon (1651-1715)

    Ils [les Italiens] sont un exemple de ce qu'un peuple peut devoir aux seuls bienfaits de la nature, comme les Anglais de ce qu'il peut devoir aux seuls bienfaits d'une bonne constitution — D'Alembert (1717-1783)

  5. Loi fondamentale, soit ecclésiastique ou civile, soit générale ou particulière. Les constitutions des papes sont distinguées par un nom qui est le premier mot du texte. Les fondateurs des ordres religieux ont fait approuver par les papes les constitutions de leur ordre. Les constitutions des empereurs. Les constitutions canoniques. La constitution Unigenitus, ou, absolument, la constitution, constitution du pape qui condamnait certaines propositions extraites des Réflexions morales du P. Quesnel et qui excita en France, dans le XVIIIe siècle, un grand trouble religieux. Constitution civile du clergé, organisation du clergé français décrétée par l'assemblée constituante le 12 juillet 1790. Acte par lequel on règle les droits politiques d'une nation, la forme du gouvernement et l'organisation des pouvoirs publics. L'ère des constitutions politiques s'ouvre en 1789. Autrefois et en certains pays, loi, ordonnance, règlement fait par l'autorité qui a le pouvoir législatif.

    Quelle constitution du pape ai-je violée ? — Pascal (1623-1662)

    Le peuple consentit enfin à payer les dîmes, à condition qu'il pourrait les racheter ; la constitution de Louis le Débonnaire et celle de l'empereur Lothaire, son fils, ne le permirent pas — Montesquieu (1689-1755)

  6. Ce qui fait la substance d'un corps, la manière dont il est composé. La constitution de l'air. La constitution du monde, des parties du corps humain. La constitution d'un discours.

    Voici une pièce d'une constitution assez extraordinaire ; aussi est-ce la vingt et unième que j'ai fait voir sur le théâtre — Pierre Corneille (1606-1684)

    La première constitution de l'univers se trouvant affaiblie, la vie humaine, qui se poussait à près de mille ans, se diminue peu à peu — Bossuet (1627-1704)

  7. Constitution atmosphérique, état de l'atmosphère considérée relativement à son influence sur l'économie animale. Constitution médicale, rapport qui existe entre les constitutions atmosphériques et les maladies régnantes.

  8. État général de l'organisation particulière de chaque individu, d'où résultent sa force, sa santé, sa vitalité. Une bonne constitution est celle où tous les viscères, tous les systèmes, tous les appareils, également développés et doués d'une égale énergie, remplissent leurs fonctions avec aisance et activité.

    Malebranche, quoique d'une assez mauvaise constitution, avait joui d'une santé assez égale — Fontenelle (1657-1757)

    L'ardeur de l'étude avait ruiné sa constitution aussi faible que vive, et l'excès du travail l'empêcha d'en recueillir les fruits — D'Alembert (1717-1783)

Étymologie : Provenç. constitutio ; espagn. constitucion ; ital. constituzione, costituzione ; du latin constitutionem, de constituere, constituer.

Historique : XIIe s. Nos leiz, noz constitutions XIIIe s. Et note que vou [vœu], de la nature de soi, ne depiece pas mariage, mès c'est de constitucion d'yglise Or dit l'en que la constitutions ne regarde pas le tans qui est passez, mes regarde le tans qui est à venir Il, par le conseil de sainte Eglise, fist constitution novele, que mariages se peust fere puis le quart degré De ces trois cas.... est il ordené et establi comment on en doit ouvrer par une nouvele constitution que li rois a fete en la maniere qui ensuit XVe s. Avecques toutes et quelconques autres constitucions, par les quelles il pourroit s…

Émile Littré, Dictionnaire de la langue française — domaine public. Numérisation XMLittré, François Gannaz (CC BY-SA 3.0).

Académie française, 8e édition (1935)

n. f.

  1. Manière dont une chose est constituée, dont ses éléments combinés forment un tout. La forme et la matière entrent essentiellement dans la constitution des corps. La constitution de l’air, ou La constitution atmosphérique. La constitution du monde.

  2. Il se dit particulièrement du Tempérament et de la complexion du corps humain. Bonne, forte constitution. Constitution robuste. Constitution délicate. Il est de bonne constitution, de mauvaise constitution.

  3. Il se dit également d’une Charte ou loi fondamentale qui détermine la forme du gouvernement et qui règle les droits politiques des citoyens. Donner, établir une constitution. La France a eu successivement plusieurs constitutions. Violer la constitution. La Constitution américaine.

  4. Constitution civile du clergé, Organisation du clergé français, décrétée par l’Assemblée constituante, le 12 juillet 1790.

  5. Il signifie, dans une acception plus étendue, Ordonnance, loi, règlement. On ne le dit guère qu’en parlant de Législation ancienne, ou en matière ecclésiastique. Les constitutions des empereurs. Les constitutions canoniques. La constitution ou bulle Unigenitus. Constitutions apostoliques. Les constitutions d’un ordre religieux.

  6. Il se dit encore de l’Action de constituer, d’établir légalement. Constitution de rente. Un contrat de constitution. Constitution de dot.

  7. En termes de Procédure, Constitution d’avoué, Déclaration que tel avoué occupera pour telle partie, dans un procès. Cette assignation est nulle, on y a omis la constitution d’avoué. Donner acte à un avoué de sa constitution, lorsqu’elle est faite à l’audience.

Dictionnaire de l'Académie française, huitième édition (1932-1935) — domaine public. Numérisation ATILF/Chicago, conversion communautaire.

Grammaire et formes (2)
  • constitutions — pluriel — /kɔ̃stitysjɔ̃/
  • constitution — singulier — /kɔ̃stitysjɔ̃/

Source de l'entrée : Morphalou 3.1, licence LGPL-LR — entrée constitution#17576.

Entrée morphologique (v0.1). Données JSON : lemme.