conscience
nom, féminin, /kɔ̃sjɑ̃sə/
Définitions
Perception que l'on a de sa propre existence, de ses pensées et de ses actes.
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Faculté de juger moralement le bien et le mal de ses actions.
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Application scrupuleuse et honnête que l'on met à accomplir une tâche.
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Témoignages historiques
Frise des témoins : Littré 1873 (6 sens) — Académie 1935 (19 sens)
Littré (1873)
s. f.
Sentiment de soi-même ou mode de la sensibilité générale qui nous permet de juger de notre existence : c'est ce que les métaphysiciens nomment la conscience du moi. Double conscience, phénomène qui s'observe chez les somnambules, et qui consiste en ce qu'ils ont deux existences dont chacune ignore l'autre : dans la veille, ils ne se souviennent pas de ce qu'ils ont fait pendant leur sommeil somnambulique, et, pendant le somnambulisme, ils ne se souviennent pas de ce qu'ils ont fait pendant la veille, quoiqu'ils rattachent très bien ensemble tous les actes qui se passent respectivement dans chacun de ces deux états.
Sitôt que nous avons la conscience de nos sensations — Jean-Jacques Rousseau (1712-1778)
C'est alors qu'il prend la conscience de lui-même — Jean-Jacques Rousseau (1712-1778)
Témoignage ou jugement secret de l'âme, qui donne l'approbation aux actions bonnes et qui fait reproche des mauvaises ; ou, autrement, mode d'émotion de l'ensemble des instincts bienveillants et désintéressés, ensemble qui porte aussi le nom de sens moral. La voix de la conscience. Pénétrer dans la conscience, savoir ce qui est dans le cœur d'autrui. Opprimer les consciences, empêcher par la force et l'intimidation la manifestation des sentiments religieux ou moraux. La conscience publique, l'ensemble des opinions morales d'une société, d'un peuple, d'une époque, qui font approuver ou blâmer. Sur mon honneur et sur ma conscience, serment que prononce le chef du jury avant de lire le verdict. Sur ma conscience, en ma conscience, en conscience, sorte de serment familier. Avoir une chose sur la conscience, se la reprocher. Familièrement. Avoir sur la conscience, répondre de. J'en ai la conscience nette, je n'ai point cela à me reprocher. Avoir les mains pures et la conscience nette, être irréprochable. Dire tout ce qu'on a sur la conscience, donner un libre cours à des plaintes qu'on croit fondées et qu'on retenait. Décharger sa conscience, soulager sa conscience, dire une pensée intime que l'on croit devoir dire. Avoir de la conscience, être homme de conscience, être incapable de forfaire à l'honneur, à la probité. N'avoir point de conscience, être sans conscience, ne se faire scrupule de rien. Avoir la conscience large, avoir peu de scrupules. Mariage de conscience, mariage que l'on fait pour satisfaire à sa conscience, pour régulariser une union irrégulière. Faire conscience de, avoir conscience de, avoir scrupule de, ne pas vouloir. On a dit aussi, avec la négation, ne pas faire de conscience. Dans le même sens, se faire une conscience. Se faire une affaire de conscience, regarder comme un devoir. C'est conscience de, il y a conscience à faire telle chose, c'est-à-dire on la ferait si la conscience ne s'y opposait, on serait coupable de la faire. En sûreté de conscience, à l'abri des reproches que peut faire la conscience. En conscience, selon les lois de la probité, les règles de la conscience. En bonne conscience signifie aussi avec franchise. Par acquit de conscience, proprement pour le seul effet d'acquitter la conscience, et, par suite, négligemment, sans intérêt. Il a fait cela par acquit de conscience.
Ne nous flattons donc point, voyons sans indulgence L'état de notre conscience — La Fontaine (1621-1695)
Il parle contre sa conscience — Fénelon (1651-1715)
Terme de religion. Le sentiment des fautes commises. Faire son examen de conscience. Directeur de conscience. Cas de conscience, difficulté sur ce que la religion permet ou défend en certaines circonstances. Se faire un cas de conscience de quelque chose, s'en faire scrupule. Liberté de conscience, liberté de ne pas professer la religion dominante dans un pays et de suivre en secret celle à laquelle on appartient ; elle diffère de la liberté des cultes qui permet d'exercer le culte auquel on est attaché. Conseil de conscience, conseil qui était autrefois établi pour régler les affaires ecclésiastiques.
On ne les envoie à la mort qu'après leur avoir donné le moyen de pourvoir à leur conscience — Pascal (1623-1662)
On se fait aisément de fausses consciences ; on étouffe tous les remords du péché — Bourdaloue (1632-1704)
La région du cœur considéré comme le siége de la conscience ; ne s'emploie, en ce sens, que dans les locutions suivantes : Mettre la main sur la conscience, s'examiner de bonne foi. Elliptiquement. La main sur la conscience, en toute sincérité. Dites-nous, la main sur la conscience, si vous avez quelque chose à vous reprocher. Familièrement. Se mettre quelque chose sur la conscience, mettre quelque chose dans son estomac, l'avaler. Mettez ce verre de vin sur votre conscience. Partie ronde que le serrurier applique contre sa poitrine, quand il fait tourner un outil muni d'une mèche.
Mais, monsieur, mettez la main à la conscience, est-ce que vous êtes malade ? — Molière (1622-1673)
Que chacun mette la main à la conscience — Bossuet (1627-1704)
En un sens restreint, soin minutieux. J'ai fait ce travail en conscience. J'y mets de la conscience.
Terme d'imprimerie. Travail à la journée, sans autre mesure que la conscience de l'ouvrier. Mettre un compositeur en conscience. Les compositeurs qui travaillent en conscience. C'est ordinairement la conscience qui corrige les tierces. Le lieu où ils travaillent.
Étymologie : Provenç. conciencia, cossiencia ; espagn. conciencia ; ital. coscienza ; du latin conscientia, de cum, et scientia, science.
Historique : XIIe s. Sa cunscience le remorst XIIIe s. Tu as feite moult bele fin, se ta concience est tex come la semblance La coscience le roi de France fut apaisie Cui conscience ne reprent Et dit au conte [l'évêque] : ne troublez pas vostre conscience quant le patriarche ne vous absout XIVe s. Que dieux lui doint voloir, conscience et advis De moi ce pardonner qu'envers lui ai mespris Car telle conscience avoit ou [au] chevalier, Jà n'essauchast le tort, ains le volt abaissier Et que tu t'armes volentiers ; Car c'est tes souverains mestiers ; N'autre honneur, n'autre science Qu'armes, dames et conscien…
Émile Littré, Dictionnaire de la langue française — domaine public. Numérisation XMLittré, François Gannaz (CC BY-SA 3.0).
Académie française, 8e édition (1935)
n. f.
Sentiment intime par lequel l’homme se rend témoignage à lui- même de ce qu’il fait de bien et de mal. Conscience délicate. Conscience scrupuleuse. Conscience timorée. Conscience bourrelée. Conscience tranquille. Scrupule de conscience. Le cri, les reproches de la conscience. Le tribunal de la conscience. Descendre dans sa conscience. Faire une chose pour l’acquit de sa conscience. Cela peut se faire en sûreté de conscience, en toute sûreté de conscience. Agir, parler contre sa conscience, selon sa conscience. Capituler, transiger avec sa conscience. Capitulation de conscience. On l’emploie plus spécialement en matière de religion. Examen de conscience. Directeur de conscience. Diriger les consciences.
Liberté de conscience, Liberté pour chacun de croire ce qu’il veut et de conformer ses actes à ses croyances.
Cas de conscience, Voyez
CAS.
Par extension, Se faire un cas de conscience d’une chose, Répugner à la faire, par humanité, par loyauté, par délicatesse, etc.
Se faire conscience d’une chose, Se faire scrupule d’une chose, parce qu’on croit qu’elle est contre les bonnes moeurs, contre la raison, contre la bienséance. Je me fais conscience de vous importuner si souvent de la même chose. On dit dans le même sens C’est conscience de faire telle chose. C’est conscience de le laisser dans l’erreur où il est.
Avoir de la conscience, être homme de conscience, être attentif à ne rien faire qui puisse blesser la conscience. On dit, dans le sens contraire, être sans conscience, n’avoir point de conscience.
Avoir la conscience large, N’être guère scrupuleux sur ce qui concerne la probité, le devoir.
Avoir la conscience nette, N’avoir rien à se reprocher.
Je mets cela, je laisse cela sur votre conscience ; Je m’en remets, je m’en rapporte à votre conscience ; Vous aurez cela sur la conscience, Si vous agissez ainsi, vous aurez à vous le reprocher. Il a certaine chose sur la conscience, Il a certaine chose à se reprocher.
Fig., Mettre la main sur la conscience, Examiner de bonne foi si l’on a fait tort à quelqu’un, si l’on a commis quelque injustice. On dit de même à une personne qu’on presse d’avouer la vérité, de parler franchement : Dites-moi, la main sur la conscience, ce que vous pensez de cela.
Dire tout ce qu’on a sur la conscience, Ne rien cacher de ce qu’on sait, de ce qu’on a sur le coeur.
En conscience, en bonne conscience, En vérité, franchement, selon les règles de la conscience. Je vous le dis en conscience. Ce marchand vend en conscience, il ne surfait point. En bonne conscience, pouvez-vous me demander ce prix? Vous êtes obligé en conscience à cela, de faire cela.
J’ai fait ce travail en conscience, Je l’ai fait tel qu’il doit être fait. J’y mets de la conscience, Je ne néglige rien pour m’en acquitter dignement.
Sur mon honneur et ma conscience, devant Dieu et devant les hommes, la déclaration du jury est : oui, l’accusé, etc. ; non, l’accusé, etc. Formule qui précède la déclaration du chef d’un jury.
La conscience publique, Le sentiment qu’un peuple a du bien et du mal. Un acte pareil est une insulte à la conscience publique. La conscience du genre humain, Le sentiment que tous les hommes ont du bien et du mal.
Il se dit, en termes de Philosophie, de la Connaissance que nous avons de notre propre existence et des phénomènes de sensibilité et d’activité qui se succèdent en nous. Les faits de conscience.
Il se dit aussi de la Connaissance que nous avons de nous-mêmes par le sentiment intime. Les hommes ont la conscience de leur liberté. Avoir la conscience de son talent.
En termes d’Imprimerie, il se dit du Travail fait à l’heure pour lequel on s’en rapporte à la conscience de l’ouvrier. Une journée de conscience. Mettre un compositeur en conscience. Ce compositeur travaille à la conscience.
Dictionnaire de l'Académie française, huitième édition (1932-1935) — domaine public. Numérisation ATILF/Chicago, conversion communautaire.
Grammaire et formes (2)
- consciences — pluriel — /kɔ̃sjɑ̃sə/
- conscience — singulier — /kɔ̃sjɑ̃sə/
Source de l'entrée : Morphalou 3.1, licence LGPL-LR — entrée conscience#17437.