s. m.
Action de compter ; résultat de cette action. Faire un compte. Il sait le compte de son argent. Le compte est juste. Ligne de compte, marge blanche qu'on laisse exprès à côté d'un compte, et contenant les chiffres répondant aux articles détaillés dans le compte ; pour le calcul on ne regarde que ce qui est tiré en ligne de compte. Fig. Mettre, faire entrer en ligne de compte, prendre en considération. Compte borgne, se dit quand la somme est composée de fractions, et aussi quand le compte n'est pas clair. Et dans le même sens : mauvais compte. Compte rond, nombre, somme sans fractions. Cela n'est pas de compte, cela ne compte pas. À compte, loc. adv. À valoir, en déduction. J'ai reçu mille francs à compte. À-compte, s. m. Somme donnée ou reçue en déduction d'un compte, d'une dette. J'ai déjà reçu plusieurs à-compte. Au compte, suivant la manière de compter. Fig. À ce compte, à ce compte-là, d'après ce raisonnement. Au bout du compte, tout bien considéré, après tout. En fin de compte, finalement. Bois de compte, bûche de compte, se dit pour désigner un certain nombre de bûches qui se donne pour une certaine mesure en comptant et sans mesurer. Monnaie de compte, voy. MONNAIE. Par compte, à fur et mesure. On dit qu'un homme ne tient ni compte ni mesure quand il laisse aller ses affaires en confusion. Nombre de cent fils dans la largeur d'une pièce de toile. Compte se dit de plusieurs petites choses qu'on prend à la main ou qu'on jette ensemble pour compter plus rapidement. Les prunes se comptent deux à deux, trois à trois ; les espèces d'or et d'argent deux à deux, trois à trois, quatre à quatre ; et chaque prise ou jet se nomme un compte. Cette locution a vieilli.
J'ai reçu des compliments sans compte — Mme de Sévigné (1626-1696)
J'ai perdu plus que tous les autres en chevaux et en effets, mais j'ai le compte de mes membres — Paul-Louis Courier (1772-1825)
Bon compte, bon marché. Le bon compte que l'on trouve chez ce marchand. Faire bon compte. Ce marchand vous fera meilleur compte. À bon compte, à bon marché, au propre et au figuré. Vendre, acheter à bon compte. De bon compte, en comptant bien, au moins. Être de bon compte, se disait d'un associé qui ne trompait pas son associé ou son maître. Un homme de bon compte, homme sincère, qui ne trompe personne. Être de bon compte, être loyal et accommodant en fait d'intérêts ; et fig. Convenir franchement d'une chose. Soyez de bon compte, vous ne vous attendiez pas à cette aubaine. Manger, se divertir à bon compte, c'est-à-dire manger, se divertir sans se mettre en peine de rien, et aussi sans qu'il en coûte rien. Recevez cela à bon compte, c'est-à-dire en déduction de ce que je vous dois.
Grâce aux bontés du ciel, j'en suis quitte à bon compte — Molière (1622-1673)
En voici une, voire cent à meilleur compte — Pascal (1623-1662)
État de recettes et de dépenses. Solder un compte. Familièrement. Tenu comme un compte de cuisinière, tenu sans aucune des formes de comptabilité. De compte fait, le compte ayant été fait. De compte fait, je vous dois cinq cents francs. Fig. Tout considéré. Être à compte à demi avec quelqu'un, être en société avec quelqu'un, partager par moitié. Faire une chose de compte à demi avec quelqu'un, en partageant les dépenses et les bénéfices. Pour le compte de quelqu'un, pour faire ses affaires. Faire le compte à un domestique, lui donner son compte, lui payer ce qu'on lui doit et le renvoyer. Et dans un sens analogue, le domestique demande son compte, quand il veut quitter la maison où il est. Fig. Je lui ai donné son compte, je l'ai traité de fait ou de parole comme il le mérite. Par extension, son compte est bon, son compte sera bientôt réglé, c'est-à-dire on lui fera un mauvais parti. Il en a pour son compte, il lui est arrivé quelque perte, quelque mésaventure. C'est pour son compte, tant pis pour lui. Et dans un sens favorable : Les applaudissements étaient pour son compte. Régler ses comptes, établir ce que nous devons et ce qui nous est dû. Fig. Rendre ses comptes, justifier de l'emploi régulier des valeurs dont on a eu la gestion. Avoir quelque chose en compte, en disposer à la charge d'en rendre compte. Passer en compte, porter sur le compte de, mettre comme dû, au propre et au figuré. Passer sur le compte de, être attribué à. Mettre quelque chose sur le compte de quelqu'un, lui attribuer quelque fait plus ou moins répréhensible. Prendre, mettre une chose sur son compte, se l'attribuer. Sur le compte de quelqu'un, en ce qui le concerne. Nous sommes fort inquiets sur son compte. On m'a donné sur son compte des renseignements qui ne sont guère favorables. Pour le compte de quelqu'un, pour ce qui le regarde. Pour mon compte, je suis résolu à obéir. Pour votre compte, vous ferez bien de partir au plus vite. Tenir compte à quelqu'un d'une chose, le dédommager d'une perte. Fig. Lui savoir gré de sa conduite en une circonstance. Faire son compte de, être dans l'intention de. Faire son compte que, être assuré que. Avoir son compte, avoir ce qu'on désire, ou être bien dans ses affaires ; et ironiquement, être très maltraité de fait ou de paroles ; être ivre. Entendre, savoir bien son compte, entendre bien ses intérêts. Trouver son compte à, avoir profit, avantage à. Dans un sens analogue. Je vous ai prêté vingt francs, vous m'en rendez dix-sept ; ce n'est pas mon compte. Fig. Fig. Vous ne trouverez pas votre compte avec cet homme-là, c'est-à-dire ne contestez pas contre lui ; il est plus fort, plus habile que vous. Être loin de compte, se tromper dans son calcul, dans ses combinaisons. Par extension. Ils sont tous deux bien loin de compte, ils sont loin de tomber d'accord. Fig. À bon compte, tout de bon, effectivement.
Tenir un compte exact de ce qui leur est dû — Fénelon (1651-1715)
Je suis dans l'embarras d'arrêter un grand compte de dix-neuf années — Mme de Sévigné (1626-1696)
Terme de droit. État de recette et de dépense des biens dont on a l'administration et des sommes que l'on a touchées. Le tuteur doit rendre compte. Affirmation, clôture d'un compte.
Terme de commerce et de finances. État d'opérations tenu dans une forme régulière, état de situation entre deux personnes qui se doivent réciproquement. Livre de compte. Le crédit et le débit d'un compte. Avoir un compte ouvert avec quelqu'un, prendre chez lui à crédit. Avoir des marchandises à compte, les avoir à crédit. Terme de banque. Compte de retour, compte qui accompagne la retraite ou lettre de change tirée par le porteur d'une lettre protestée, et qui contient les frais et intérêts à rembourser au porteur. Compte courant, situation de deux personnes qui s'engagent à faire l'une pour l'autre des versements et des encaissements, sous la condition de régler à une certaine époque leur position réciproque. On dit que ce compte est courant, parce qu'il reçoit des articles successifs jusqu'à la clôture définitive. Être en compte courant avec la banque. Compte courant, état des opérations intervenues entre les personnes en compte courant. Anciennement. Chambre des comptes, cour souveraine qui allait à côté du parlement et qui connaissait, en dernier ressort, des finances et du domaine du roi. Aujourd'hui, Cour des comptes, cour supérieure établie pour examiner et juger les comptes de ceux qui ont manié les deniers de l'État.
Considération, cas. Le compte que l'on fait de lui. Le compte où l'on tient le livre publié par ce savant. Le peu de compte qu'il a fait de me répondre. En ce sens, compte ne se dit guère qu'avec les verbes faire et tenir. Faire compte, faire cas, tenir en estime, donner attention. Tenir compte de quelqu'un, de quelque chose, l'avoir en considération. Il ne tient aucun compte de ce qu'on lui dit. Cette femme ne tient pas compte d'elle, se néglige, ou bien ne ménage pas sa réputation.
Se plaignant que sa faute vient d'elle, Il n'en veut faire compte — Malherbe (1555-1628)
Et brisant tous ces nœuds dont j'ai tant fait de compte — Mathurin Régnier (1573-1613)
Rapport circonstancié. Demander, rendre compte d'un événement. Rendre bon compte à, parler ou agir à la satisfaction de. Dans un sens tout différent. Vous me rendrez bon compte de votre conduite, c'est-à-dire je vous en ferai repentir. Se rendre compte de quelque chose, en pénétrer la cause, le secret. Rendre compte d'un ouvrage dans un journal, l'apprécier en l'annonçant. Compte rendu, récit, exposé d'un fait ou d'une question. Compte rendu d'une séance, d'une audience. Compte rendu, exposé d'une situation, d'un ensemble d'opérations. Compte rendu présenté au roi, au mois de janvier 1781, par Necker. Compte rendu des travaux des ingénieurs des mines. Le compte rendu, exposé de principes politiques fait par les députés de la gauche en 1832. Justification, explication, responsabilité, avec les verbes devoir, rendre, demander.
Un valet.... Qui rend comme espion compte exact de ta vie — Mathurin Régnier (1573-1613)
Il s'en retourna rendre compte de sa commission — Fénelon (1651-1715)
Émile Littré, Dictionnaire de la langue française — domaine public. Numérisation XMLittré, François Gannaz (CC BY-SA 3.0).