s. m.
Meuble en forme de caisse, dans lequel on serre toute sorte de choses. Un coffre plein. Le coffre au linge, à l'avoine. Piquer le coffre, attendre longtemps dans l'antichambre du roi, d'un grand seigneur, parce qu'à la cour il y avait des salles où l'on ne trouvait à s'asseoir que sur des coffres. Locution aujourd'hui inusitée. Il s'y entend comme à faire un coffre, se dit d'une personne qui fait mal quelque chose. Rire comme un coffre, rire à gorge déployée, par assimilation plaisante de la bouche qui rit à un coffre qui s'ouvre. Familièrement, raisonner, chanter comme un coffre, raisonner, chanter très mal ; par un assez mauvais jeu de mots entre raisonner et résonner.
Caisse où l'on serre l'argent, et l'argent même qui est ainsi serré, les fonds, la fortune. Elle est belle au coffre, se dit d'une fille laide, mais riche. Cela sera sur ses coffres, se dit des pertes qui retombent sur quelqu'un. Les coffres du roi, les coffres de l'État, le trésor public. Coffre-fort, coffre de fer ou de bois fort épais, dans lequel on serre l'argent et les objets précieux. Ces coffres-forts qui défient les voleurs. Coffre-fort se dit aussi de l'argent, de la fortune.
À force de faire de nouveaux contrats ou de sentir son argent grossir dans ses coffres, on se croit enfin une bonne tête et presque capable de gouverner — La Bruyère (1645-1696)
Une pareille somme est comptée dans ses coffres pour chacun de ses autres enfants qu'il doit pourvoir — La Bruyère (1645-1696)
Par extension. Le coffre d'un carrosse, la partie d'un carrosse sur laquelle on met les coussins pour s'asseoir, et dont le haut se lève en couvercle comme celui d'un coffre. Le coffre d'un autel, la table d'un autel avec l'armoire qui est dessous. L'assemblage et le corps d'un clavecin, d'un forte-piano.
La partie du corps que renferment les côtes. Avoir le coffre bon, être bien constitué quant aux fonctions de la respiration et de la digestion. Terme de chasse. Corps d'une bête fauve dont on a fait la curée. En termes d'hippiatrique, cette jument a un grand coffre, un beau coffre, elle a les flancs fort larges. Des coffres à avoine, se dit de grands chevaux auxquels il faut beaucoup d'avoine.
Il était temps, l'abcès gagnait le coffre, et se manifestait par de grands frissons — Saint-Simon (1675-1755)
Pourquoi il a fallu faire ce coffre de la poitrine de plusieurs pièces qu'on appelle côtes — Bossuet (1627-1704)
Terme de jardinage. Carré long formé de planches posées de champ pour recevoir des châssis ou panneaux. On dit aussi caisse. Terme de marine. Coffre d'amarrage, corps flottant muni de deux organeaux. Terme d'art militaire. Charpente qui soutient les terres dans une mine de guerre. Logement creusé dans un fossé sec, peu différent de la caponière, qui sert aux assiégés pour empêcher qu'on ne passe le fossé. Terme de ponts et chaussées. Caisse sans fond, formée de pièces de bois et de madriers. Terme de maçonnerie. Faux tuyau dans une souche de cheminée. Tuyau que l'on enfonce dans un trou de sonde. Terme d'hydraulique. Synonyme de chambre d'écluse.
Émile Littré, Dictionnaire de la langue française — domaine public. Numérisation XMLittré, François Gannaz (CC BY-SA 3.0).