cœur
nom, masculin · /kœʁ/
Définitions
Organe musculaire qui propulse le sang dans le corps.
Son cœur s'est mis à battre plus vite après la course.
« Plus les chênes croissent vite, plus ils forment de cœur, et meilleurs ils sont pour le service »Buffon (1707-1788)
Siège symbolique des sentiments : avoir bon cœur.
Elle a bon cœur : elle n'a jamais refusé d'aider un voisin.
« Il avait encore sur le cœur la perfidie du Suisse »Antoine Hamilton (1646-1720)
« Avez-vous un secret important, versez-le hardiment dans ce noble cœur »Bossuet (1627-1704)
Définitions Francorium (CC BY-SA 4.0) · méthode.
Expressions : à cœur vaillant rien d'impossible · apprendre par cœur · avoir du cœur à l'ouvrage · avoir gros sur le cœur · avoir le cœur léger · avoir le cœur lourd · avoir le cœur serré · avoir un cœur de lion · bourreau des cœurs · conquérir le cœur de quelqu'un · courrier du cœur · cri du cœur · de gaieté de cœur · déchirer le cœur de quelqu'un · en avoir le cœur net · faire contre mauvaise fortune bon cœur · fendre le cœur · haut les cœurs · presse du cœur · réchauffer le cœur · sonder les reins et les cœurs · soulever le cœur
Grammaire et formes (2)
- cœurs : pluriel · /kœʁ/
- cœur : singulier · /kœʁ/
Témoignages historiques
Littré (1873) · 22 sens
s. m.
Terme d'anatomie. Organe conoïde, creux et musculaire qui, renfermé dans la poitrine, est le principal agent de la circulation du sang. Les battements du cœur. Tant que le cœur me battra, me battra au ventre, dans le ventre, c'est-à-dire tant que je vivrai. Fig. Le cœur me bat, je suis très inquiet. Faire la bouche en cœur, donner aux lèvres la forme d'un cœur, les resserrer d'une façon mignarde ; et fig. S'efforcer de paraître gracieux. Fig. Il voudrait lui manger le cœur, lui arracher le cœur, il le hait mortellement. Se ronger le cœur, se consumer d'un chagrin secret. Le cœur me saigne, je suis pénétré d'une vive douleur. Le cœur saigne en lisant le récit de ces cruautés. Avoir le cœur gros, éprouver le besoin de pleurer, de soupirer, de sangloter, ressentir un chagrin profond. Le cœur gros de soupirs. Je veux en avoir le cœur net, je veux savoir ce qui en est. Sacré-Cœur, dévotion au cœur de Notre Seigneur Jésus-Christ, qui s'est développée au commencement du XVIIIe siècle Congrégation de religieuses consacrées à l'adoration du cœur de Jésus-Christ et qui se dévouent aussi à l'éducation des jeunes filles.
Grande reine, je satisfais à vos plus tendres désirs, quand je célèbre ce monarque ; et ce cœur, qui n'a jamais vécu que pour lui, se réveille, tout poudre qu'il est, et devient sensible, même sous ce drap mortuaire, au nom d'un époux si cherBossuet (1627-1704)
Il ne se forma plus de nouveau sang au cœur ; Chaque membre en souffrit ; les forces se perdirentLa Fontaine (1621-1695)
Par extension, la poitrine. Il le pressa tendrement contre son cœur.
Jamais sans défiance avez-vous pu d'un frère Presser le sein sur votre cœur ?Nicolas Gilbert (1750-1780)
Riant et m'asseyant sur lui, près de son cœurAndré Chénier (1762-1794)
L'ensemble des facultés affectives et des sentiments moraux, par opposition à esprit, qui est l'ensemble des facultés intellectuelles ; cet emploi du mot cœur provient d'une opinion ancienne et erronée qui plaçait le siége des passions dans le cœur, parce que cet organe en ressentait immédiatement des effets manifestes. Attendrir, toucher le cœur de quelqu'un. Avoir le cœur navré, oppressé. Parler, aller au cœur, toucher vivement, intéresser. Le cœur me le disait bien, j'en avais le pressentiment. De cœur, par la disposition intérieure. De cœur, avec un sentiment sincère. Attaché de cœur à la famille de ses rois. Ami de cœur, ami dévoué, sincère. De gaieté de cœur, de propos délibéré, et sans sujet.
L'homme croit souvent se conduire lorsqu'il est conduit ; et, pendant que par son esprit il tend à un but, son cœur l'entraîne insensiblement à un autreLa Rochefoucauld (1613-1680)
L'esprit est toujours la dupe du cœurLa Rochefoucauld (1613-1680)
Le cœur considéré comme mémoire des sentiments. Vos bienfaits sont gravés dans mon cœur. Avoir quelque chose sur le cœur, garder, entretenir un ressentiment. Décharger son cœur, dire sans réticence ce qui préoccupe. Par cœur, de mémoire. Locution qui vient d'une extension de la mémoire du cœur à la mémoire de l'esprit. Fig. Savoir un homme par cœur, connaître parfaitement son caractère et sa vie. Familièrement. Dîner par cœur, se passer involontairement de dîner. Cette locution paraît s'être dite d'abord de celui qui, au lieu de dîner, parlait, racontait, récitait, et de la sorte se passait de manger.
Il faut ne rien garder sur votre cœurMme de Sévigné (1626-1696)
J'aurai toujours ce coup-là sur le cœurMolière (1622-1673)
Sens moral, conscience. Sans cœur, sans sentiment moral. Par extension. Familièrement. Un sans cœur, un homme dépourvu de sentiment moral et d'énergie. C'est un grand sans cœur.
Et renverser soudain la paix de votre cœur, Comme un enfant renverse un verreVictor Hugo (1802-1885)
Pour juge il a son cœur, pour amis ses égauxST-LAMBERT
Tempérament moral. Avoir bon cœur. Avoir un mauvais cœur. Cœur égoïste. Il a le cœur gâté, corrompu. Cœur de vipère, caractère plein de méchanceté et de perfidie. Cœur d'airain, caractère impitoyable. On dit dans un sens analogue, cœur de marbre, de pierre, de diamant, cœur de tigre. Avoir, porter un cœur d'homme, être sensible, avoir des sentiments humains. C'est un cœur d'or, c'est un excellent cœur. Il a le cœur haut et la fortune basse, se dit d'un homme qui est glorieux et pauvre. Prendre son cœur par autrui, se mettre en la place d'un autre. Le bon cœur, l'ensemble des sentiments qui constituent la bienveillance pour autrui. Mauvaise tête et bon cœur, personne vive et emportée, mais dont, au fond, les sentiments sont pleins de bienveillance. Un bon cœur, un mauvais cœur, une personne qui a un bon, un mauvais cœur. De bon cœur, loc. adv. Volontiers, sincèrement. De grand cœur, très volontiers. Être tout cœur, être vif à obliger. Il est tout cœur pour ses amis, il est pour eux plein d'attachement et de désir de les servir. De tout son cœur, avec une pleine affection. De tout cœur, avec la meilleure volonté du monde. Absolument, cœur dans le sens de bon cœur, de cœur bien doué.
Plus on vieillit, dit-on, plus on a le cœur durVoltaire (1694-1778)
C'est l'affaire dont vous avez parlé à Mme la duchesse de la Rochefoucauld, qui occupe actuellement ma vieille tête et mon jeune cœurVoltaire (1694-1778)
La pensée intime, les dispositions secrètes. Selon le cœur de Dieu, pieux, aimé de Dieu. Dans le langage général, selon le cœur de, agréable à. Dans le langage de l'Écriture, les cœurs des rois sont dans la main de Dieu. À cœur ouvert, avec franchise, sincérité, effusion. Parler à cœur ouvert. Avoir le cœur sur les lèvres, avoir le cœur sur la main, ne pas déguiser sa pensée, ses sentiments. Parler d'abondance de cœur, parler du cœur, parler avec épanchement. Se parler cœur à cœur, se parler avec franchise.
Montrant que dans le cœur ce voyage le fâcheMalherbe (1555-1628)
On s'est plus appliqué aux vices de l'esprit, aux replis du cœur et à tout l'intérieur de l'hommeLa Bruyère (1645-1696)
L'affection, la tendresse, l'amour. Se concilier tous les cœurs. Régner sur les cœurs. Ces deux personnes ne font qu'un cœur et une âme, elles sont liées par la plus étroite affection. Son cœur commence à parler, son cœur a parlé, se dit d'une jeune personne qui éprouve les premiers sentiments de l'amour. Affaire de cœur, commerce de galanterie.
L'extrême joie qu'on m'a donnée en me mandant que j'étais tout entier dans le cœur de cet homme que vous savez qui est si fort selon le mienVoiture (1597-1648)
Hyménée et l'Amour, par des désirs constants, Avaient uni leurs cœurs dès leur plus doux printempsLa Fontaine (1621-1695)
La personne elle-même qui éprouve ces divers sentiments. Familièrement. Un joli cœur, un jeune homme qui prend un soin particulier de sa toilette. Faire le joli cœur, se donner des grâces.
Je me tiens très heureux d'avoir une si grande place dans le meilleur cœur de FranceVoiture (1597-1648)
Deux démons à leur gré partagent notre vie ; Je ne vois point de cœur qui ne leur sacrifieLa Fontaine (1621-1695)
Ardeur, vif intérêt. Il a le cœur à l'étude. Avoir à cœur quelque chose, y prendre un vif intérêt. Tenir au cœur, être l'objet d'un attachement, d'un désir, d'un intérêt. Tenir au cœur, être l'objet d'une inquiétude, d'un tourment.
Amour enfin qui prit à cœur l'affaireLa Fontaine (1621-1695)
Il s'agit d'une affaire que j'ai fort à cœurBossuet (1627-1704)
Courage, fermeté. Homme de cœur, homme plein de courage. Familièrement. Prendre son cœur à deux mains, faire tous ses efforts, ou prendre son grand courage. Familièrement. Avoir le cœur de, pousser la dureté, l'indifférence jusqu'à. Un cœur de lion, un homme d'un extrême courage. Un cœur de poule, un poltron. Mettre, remettre le cœur au ventre à quelqu'un, lui rendre le courage. Cette locution vient du langage du moyen âge, où le cœur est joint souvent à ventre, pris en un sens très général de tronc du corps ; locution qui provient elle-même de ce qu'on se sent plus de force et de courage après avoir bien mangé. Faire contre mauvaise fortune, ou, absolument, contre fortune bon cœur, ne pas se laisser abattre et aussi ne pas laisser paraître sur son visage le désappointement, la peine qu'on éprouve.
La rigueur de ses lois, après tant de licence, Redonnera le cœur à la faible innocenceMalherbe (1555-1628)
... Vous vous troublez beaucoup ; Mon cœur n'est point du tout ébranlé de ce coupMolière (1622-1673)
Générosité. Être plein de cœur. Grand cœur, magnanimité. Un grand cœur, une personne magnanime. Homme de cœur, homme qui a de la générosité, de la sensibilité. N'avoir point de cœur, être dépourvu de toute sensibilité, de toute noblesse d'âme.
Seigneur, vous devez tout au grand cœur d'ExupèrePierre Corneille (1606-1684)
Henriette d'un si grand cœur est contrainte de demander du secours ; Anne d'un si grand cœur ne peut en donner assezBossuet (1627-1704)
Le principal agent, le principal intérêt.
Le parti du duc et de mon frère Dont l'un est votre cœur, si l'autre est votre brasRotrou (1609-1650)
Quand à ton père usé je rendis la vigueur, J'avais encor tes vœux, j'étais encor ton cœurPierre Corneille (1606-1684)
Par extension, l'estomac : dénomination qui vient de ce que, dans l'ancienne anatomie grecque, on donnait le nom de cœur à l'orifice cardiaque ou supérieur de l'estomac, et le nom de douleur de cœur aux douleurs de l'estomac. Des soulèvements de cœur. J'ai encore mon dîner sur le cœur. Avoir le cœur noyé, noyé d'eau, être incommodé pour avoir bu trop d'eau. Fig. Cela lui pèse sur le cœur, c'est quelque chose qui lui cause du chagrin, de la rancune. Ce vin va au cœur, il fait plaisir. Avoir mal au cœur, être pris de nausées. Sur mer j'ai mal au cœur. Mal de cœur, envie de vomir. Fig. Cela fait mal au cœur, fait soulever le cœur se dit d'une chose qui excite le dégoût, l'aversion, le chagrin. Si le cœur vous en dit, si vous avez envie d'en manger ; et fig. Si vous êtes disposé à cela. Avoir le cœur bon, avoir l'appétit bon, se dit d'un malade qui conserve de l'appétit. Cet homme a bon cœur, il ne rend rien, se dit d'un homme dont l'estomac ne rejette pas ce qu'il mange ; et, figurément, de celui qui ne rend pas ce qu'on lui prête. Avoir le cœur sur le bord des lèvres, et, simplement, sur les lèvres, être prêt à vomir. Avoir le cœur mort, se sentir très faible. Populairement. N'être pas malade de cœur, conserver un bon appétit. S'en donner au cœur joie, à cœur joie, jouir pleinement, se rassasier d'une chose. À cœur jeun, sans avoir mangé de la journée. Locution qui vieillit.
Celles qui ont dîné ont mal au cœurMme de Sévigné (1626-1696)
À moitié chemin, j'eus un grand mal de cœurMme de Sévigné (1626-1696)
Par analogie, la partie centrale de quelque chose. Il est logé au cœur de la ville. Le cœur d'un fruit, d'un chou. Fig. Au cœur de l'été, de l'hiver, pendant les plus grandes chaleurs, les plus grands froids. Cœur de cheminée, le milieu de la cheminée, où est ordinairement une plaque. Il est noir comme le cœur de la cheminée. À cœur de journée, sans relâche. Locution qui paraît venir de ce que le cœur de la journée est pris pour le fort du travail.
Je veux qu'elle me voie au cœur de ses États Soutenir ma fureur d'un million de brasPierre Corneille (1606-1684)
Dans le cœur de son empireBossuet (1627-1704)
Ce qui a la forme d'un cœur. Une croix d'or surmontée d'un cœur. Le cœur, une des couleurs du jeu de cartes. Le cœur est atout. J'ai tous les cœurs. Nom vulgaire d'un grand nombre de coquilles bivalves.
Terme de manége et de fauconnerie. Être en cœur, se dit d'un cheval, d'un oiseau qui se montrent pleins d'ardeur. Un cheval de deux cœurs, est celui qui répond mal aux aides et qui ne manie pas volontiers.
Terme de blason. Le milieu de l'écu, dit aussi abîme.
Terme d'astronomie. Cœur du Lion, étoile de première grandeur qui fait partie de la constellation du Lion, dite aussi Régulus. Cœur de Charles, petite constellation entre la Grande Ourse et le Lion. Cœur de l'Hydre, étoile de la constellation de l'Hydre. Cœur du Scorpion ou Antarès.
Terme d'horticulture. Cœur de pigeon, espèce de prune et espèce de pomme. Cœur de bœuf, espèce de prune. Cœur de Saint-Thomas, nom vulgaire d'un fruit d'Amérique ou mieux d'une graine, dite aussi châtaigne de mer (entade gigalobion). Nom d'une espèce de bigarreau.
Étymologie : Bourguig. coeu ; picard (environs d'Amiens), tcheur ; provenç. cor ; ital. cuore ; du latin cor, cordis ; allem. Herz ; angl. heart ; goth. hairtô ; gaél. chridhe ; sanscrit, hrid. Cœur a pris le sens de mémoire, parce qu'il s'est étendu à l'âme tout entière ; et l'on voit nettement comment il l'a pris, dans cette phrase provençale : En vostre cor devetz saber que tuit li adjectiu.... [en votre cœur devez savoir que tous les adjectifs....], Gramm. provençales, publiées par GUESSARD, p. 78. Dans l'ancien français, au nominatif singulier li cuers, au régime le cuer ; au nominatif pluriel li cuer
Historique : XIe s. Se [il] son queur li purportast e soun conseil li donast Charles respont : trop avez tendre coer Mal seit du coer qui au piz [poitrine] se couarde Franc ont feru de coer et de vigur Si esclargiez vos talenz [satisfaites vos désirs] et vos coers XIIe s. Dit à son oncle son cuer et sa pensée Li emperere ot mout le cuer iré L'aigue [eau] du cuer lui est es els [yeux] montée [à] Vos compaignons [ils] feront les cuers partir Mout [il] ot le cuer dolent et irascu Du sanc qu'il laisse lui va li cuer faillant [Il] Fit sa priere de cuer, fort en pleurant Plus [j'] en auroie le cuer du ventre cla…
Émile Littré, Dictionnaire de la langue française, domaine public. Numérisation XMLittré, François Gannaz (CC BY-SA 3.0). Tout ce témoin.
Source de l'entrée : Morphalou 3.1, licence LGPL-LR, entrée cœur#16160.