chère

chère

nom, féminin, /ʃɛʁə/

Témoignages historiques

Frise des témoins : Littré 1873 (3 sens) — Académie 1935 (3 sens)

Littré (1873)

s. f.

  1. Visage. Ce sens a vieilli.

  2. Bon accueil, réception caressante. Chez les cabaretiers, tant pour la bonne chère, tant pour le couvert et les autres menus frais. Ce sens a vieilli.

    Voulant cacher ma honte et sa colère, Elle couvrit son front d'une meilleure chère — Mathurin Régnier (1573-1613)

    Ne sachant quelle chère me faire — Mme de Sévigné (1626-1696)

  3. Par extension, faire bonne chère a passé du sens de faire bon accueil à faire un bon repas, parce qu'un bon repas est une partie d'un bon accueil. Dans ce sens chère comprend tout ce qui regarde la quantité, la qualité et la préparation des mets. Aimer la bonne chère. Faire petite chère, maigre chère, avoir un repas insuffisant en quantité ou en qualité. Homme de bonne chère, celui qui aime la table et s'y connaît. Chère entière, grand repas suivi de plusieurs divertissements. Chère de commissaire, un repas où l'on sert viande et poisson, locution qui vient du temps où il y avait des chambres mi-parties de catholiques et de protestants, les commissaires faisant les uns maigre les autres gras. Faire grande chère et beau feu, faire une très grande dépense. Faire chère lie, faire bonne chère et vie joyeuse.

    Le lieu de la ville où l'on faisait la chère la plus délicate — Antoine Hamilton (1646-1720)

    Faisant chère et vivant sur la bourse publique — La Fontaine (1621-1695)

Étymologie : Norm. chère, visage ; wallon, caire, mine, air ; provenç. et espagn. cara ; du latin cara, face, qui se trouve pour la première fois dans Corippus, poëte du VIe siècle, et qui est le grec ϰάρα, tête. On voit la série des sens : visage, puis bon accueil, c'est-à-dire bon visage, et enfin bon repas, qui est une des manières du bon accueil.

Historique : XIe s. [Il] plore des oilz, toute sa chere embronche XIIe s. Li cons [comte] Rollant o [à] la chiere hardie Le nez [il] ot beau et chiere de baron XIIIe s. À moi pert [paraît] bien au vis et à la chiere, Que vostre amor m'est trop estrange et fiere À tant es vous la vieille qui fait mout lie chiere Sa fille [elle] a embracée, si la baise en la chiere [Elle] Mout faisoit laide chiere, et mout ert [était] emplorée Ysengrin n'iert pas endormiz, Saut sus, ne fist pas chiere morte Car l'en a la chose moult chiere Qui est donnée à bele chiere À regarder lores me pris Les cors, les façons et les chie…

Émile Littré, Dictionnaire de la langue française — domaine public. Numérisation XMLittré, François Gannaz (CC BY-SA 3.0).

Académie française, 8e édition (1935)

n. f.

  1. Tout ce qui regarde la quantité, la qualité, la délicatesse des mets et la manière de les apprêter. Maigre chère. Grande chère. Nous avons fait bonne chère chez lui. Aimer la bonne chère.

  2. Prov., Il n’est chère que de vilain, Lorsqu’un avare se résout à donner un repas, il y met plus de profusion qu’un autre.

  3. Il signifiait aussi autrefois Visage et par suite Accueil, réception. Il ne sait quelle chère lui faire, Il ne sait comment il doit le recevoir. En ce sens, il n’est plus guère usité.

Dictionnaire de l'Académie française, huitième édition (1932-1935) — domaine public. Numérisation ATILF/Chicago, conversion communautaire.

Grammaire et formes (2)
  • chères — pluriel — /ʃɛʁə/
  • chère — singulier — /ʃɛʁə/

Source de l'entrée : Morphalou 3.1, licence LGPL-LR — entrée chère#15311.

Entrée morphologique (v0.1). Données JSON : lemme.