cent
numéral
Entrée attestée par un témoin historique — absente de la nomenclature contemporaine (Morphalou).
Témoignages historiques
Frise des témoins : Littré 1873 (8 sens) — Académie 1935 (7 sens)
Littré (1873)
adj. numéral ou nom de nombre
Dix fois dix. Cent ans. Cent livres pesant. Deux cents hommes. Cent un, cent deux, cent trois, etc. Dans cent un ans. Entre mille et deux mille on énonce souvent les centaines, c'est-à-dire qu'on prononce onze cents, au lieu de mille cent, treize cents au lieu de mille trois cents, et ainsi de suite jusqu'à dix-neuf cents ; mais on ne dit point dix cents pour mille, ni vingt cents, trente cents, pour deux mille, trois mille, etc. Parier cent contre un, donner quelque chose comme tellement certain qu'on offre de parier cent contre un. Le conseil des Cinq Cents, une des deux assemblées législatives dans la constitution directoriale de la république française. Les Cent-Jours, règne de Napoléon 1er après son retour de l'île d'Elbe ; il dura cent jours, du 20 mars 1815 au 28 juin de la même année.
Nous partîmes cinq cents ; mais, par un prompt renfort, Nous nous vîmes trois mille en arrivant au port — Pierre Corneille (1606-1684)
Sait-il bien ce que c'est que cinq cents écus ? - Oui, monsieur, il sait que c'est mille cinq cents livres — Molière (1622-1673)
D'une manière indéterminée, un grand nombre. Faut-il vous le dire cent fois ? Il a cent moyens de se tirer d'affaire. Il y en a plus de cent dans le même cas. C'est cent fois pire. En un mot comme en cent, c'est-à-dire quoi qu'on dise, bref. Locution familière. Je vous le donne en cent, essayez tant que vous voudrez. Locution familière. Faire quelque chose de cent en quatre, se dit d'une action qui ne se répète que de loin en loin. Locution obscure et que Génin explique conjecturalement par : faire quelque chose de cent tanz quatre, c'est-à-dire quatre fois sur cent ; tanz dans l'ancien français signifiant fois.
Ni sur l'éclat d'un nom cent et cent fois vainqueur — Pierre Corneille (1606-1684)
Après avoir tourné le cas En cent et cent mille manières — La Fontaine (1621-1695)
Terme de finance et de commerce. Cinq, dix, cent pour cent, etc. c'est-à-dire intérêt, gain, produit qui est de cinq francs, dix francs, cent francs, pour cent francs. Prêter à cinq pour cent d'intérêt, ou simplement, à cinq pour cent, ou, plus simplement encore, à cinq. Rente à cinq pour cent. Rente cinq pour cent. Il y a cent pour cent à gagner dans cette affaire, c'est-à-dire on doublera sa mise de fonds, on fera un gain très considérable. Substantivement, le trois pour cent, le quatre et demi pour cent, nom des rentes françaises inscrites sur le grand livre. Le cinq pour cent a été converti en quatre et demi il y a quelques années.
Centième. Page cent. Numéro cent.
S. m. Le nombre cent. Le produit de cent multiplié par cent.
Centaine. Un cent de marrons. Deux cents d'œufs, de fagots. Trois cents de paille, de foin. Vendre, acheter un cent de, etc. Un cent pesant, un poids de cent livres, un quintal. Un cent de piquet, un cent de dominos, une partie en cent points. Familièrement. Il a des mille et des cents, il est fort riche. Il ne parle jamais que par mille et par cents, il joue le gros capitaliste ; et, quelquefois, il est exagéré dans tous ses propos.
Joie à brûler un cent de lampions — Béranger (1780-1857)
Oh ! nous ne gagnons pas des mille et des cents ; mais, pourvu que j'aie le nécessaire, çà me suffit — CLAIRVILLE et THIBOUST
Terme de commerce. Le grand cent, se dit pour les marchandises vendues à la pièce ou au poids, et dont le vendeur cède quelques pièces ou quelques kilogrammes au-dessus du cent sans les faire entrer en compte.
Monnaie. Un cent, la centième partie du dollar. Monnaie de cuivre du royaume des Pays-Bas, qui était la centième partie du florin.
Étymologie : Wallon, sain ; picard chint ; provenç. cent, cen ; espagn. cien, ciento ; portug. cem, cento ; ital. cento ; du latin centum ; bas-breton, kant ; zend et sanscrit, çata.
Historique : XIe s. Set cenz chamels e mil autours muez Puis icel jour en fut cent ans deserte Meurent paien à miller et à cent XIIe s. Un petitz biens vaut mieux, si Diex me voie, Qu'on fait courtoisement, Que cent greignor fait envieusement Ja n'en reviendra pieds [homme], se nous estiens cent XIIIe s. Li cens d'aloses doit seize deniers Il me convient servir mon mestre Qui moult plus riche me fera Cent mile tans quant li plaira Le cent de pieces pesant de suif XIVe s. En tel doleur sont cil qui sont jalous, Qu'il vauroit [vaudrait] miex, cent contre un, estre cous XVe s. Nous ne savons que nos gens rapp…
Émile Littré, Dictionnaire de la langue française — domaine public. Numérisation XMLittré, François Gannaz (CC BY-SA 3.0).
Académie française, 8e édition (1935)
adj. et nom numéral cardinal des deux genres
Qui contient dix fois dix. Il reste invariable quand il n’est pas multiplié par un autre adjectif de nombre ou quand il est suivi d’un autre nombre. Cent ans. Cent hommes. Cent francs. Deux cents hommes. Deux cent trente hommes. Deux cent mille hommes. Dans cent un ans. Il vivait deux cents ans avant l’ère chrétienne. Le produit de cent multiplié par dix. Le nombre cent.
Il se dit particulièrement pour Centaine. Un cent, deux cents, trois cents d’oeufs, de paille, de foin. Vendre, acheter au cent. Combien vaut le cent de ces marrons? Combien le cent?
Jouer, faire un cent de piquet, Jouer une partie de cent points au piquet.
Il se dit par extension, dans un sens indéterminé, pour exprimer un Grand nombre. Vous trouverez cent occasions plus favorables. Il y a été cent fois. Cent et cent fois. En eût-il cent fois autant. Il y en a plus de cent à qui cela est arrivé avant nous, Cela est arrivé à beaucoup de personnes avant nous. Je vous le donne en cent, Il vous sera fort difficile et peut-être impossible de deviner la chose dont il s’agit.
Il peut remplacer aussi l’adjectif numéral Centième, et alors il reste invariable. Page cent. Chant premier, vers deux cent.
Elliptiquement, en termes de Commerce et de Finance, Cinq pour cent, dix pour cent, cent pour cent, etc., se dit d’un Profit, d’un intérêt, d’un escompte qui est, avec la somme avancée ou le capital prêté, dans la proportion de cinq francs, de dix francs, de cent francs pour cent francs, etc. Prêter son argent à cinq pour cent d’intérêt, ou simplement à cinq pour cent. Gagner six pour cent, dix pour cent, cent pour cent dans une affaire.
Trois pour cent, Quatre pour cent, etc., s’emploient aussi comme noms pour désigner les Rentes inscrites sur le Grand Livre de la Dette publique. Acheter du cinq pour cent.
Dictionnaire de l'Académie française, huitième édition (1932-1935) — domaine public. Numérisation ATILF/Chicago, conversion communautaire.
Source de l'entrée : Dictionnaire de la langue française (Littré), 1863-1873, licence CC-BY-SA-3.0 — entrée CENT.