s. m.
Ce qui est advenu ou peut advenir, circonstance, fait, histoire, hypothèse. Personne n'est responsable des cas fortuits. En cas de guerre. Au cas de mort. Le cas advenant qu'on soit dépossédé. Agir selon le cas. L'exigence du cas. Il pleut : en ce cas je prends un manteau. C'est le cas ou jamais. Cela change bien le cas. Dans le cas contraire. Le cas échéant. Cas fortuit, événement accidentel. En cas de, quant à. En cas de fruits, je n'en mange pas de crus. Cette tournure vieillit. Cas métaphysique, hypothèse par impossible. Vieilli.
Juge si sa colère implacable en ce cas.... — Pierre Corneille (1606-1684)
Vous auriez aperçu Jeannette sous vos pas, Dont l'oreille subtile a découvert le cas — Molière (1622-1673)
Terme de jurisprudence. L'espèce d'une loi, cause, délit, crime. Ce n'est pas là le cas de la loi que vous citez. Les cas que la loi n'a pas prévus. On lui soumet le cas suivant. Quand les deux parties eurent exposé leurs cas. Les cas royaux et prévôtaux étaient certains crimes dont connaissaient les juges royaux et prévôtaux à l'exclusion des subalternes. Cas privilégiés, royaux, crimes dont les juges royaux pouvaient seuls connaître, sans exception de condition. La fausse monnaie, le duel, étaient cas privilégiés. À l'égard des ecclésiastiques, le cas privilégié, cas où il s'agissait de prononcer une peine afflictive contre un ecclésiastique, malgré le privilége clérical. L'official jugeait le prêtre, mais le juge royal assistait pour le cas privilégié, attendu que l'église ne condamne pas à peine afflictive. On dit des affaires qui se font extraordinairement en considération du mérite de quelque personne ou de quelque circonstance importante, que c'est un cas privilégié, qu'il ne tire point à conséquence. Il a été condamné pour les cas résultant du procès, c'est-à-dire il a été condamné non pas pour le fait même du procès, mais pour plusieurs choses dont il y avait preuve au procès. Son cas va mal, n'est pas net, est véreux, sale, se dit d'un homme en danger pour un crime, une mauvaise affaire. Il sent son cas véreux, il a la conscience de son méfait, du danger qu'il court. Il est dans un vilain cas, il est dans une affaire vilaine, désagréable, honteuse. En général, espèce particulière de fait. Mon cas est embarrassant.
La polygamie est un cas pendable — Molière (1622-1673)
Et si, par un malheur, j'en avais fait autant, Je m'irais, de regret, pendre tout à l'instant. - Je ne vois pas pour moi que le cas soit pendable — Molière (1622-1673)
Cas de conscience, difficulté ou question sur un point de morale religieuse. Cas, absolument, pour cas de conscience. Par extension, scrupule. Je me ferais un cas de conscience de rien faire qui pût augmenter sa peine. C'est un cas de conscience de déranger un homme aussi occupé. Cas réservés, péchés dont on ne peut être absous que par l'évêque ou même le pape. Cas s'est dit autrefois familièrement pour confession, péché. Ce confesseur entend ordinairement mon cas.
Or, toi qui te connais au cas de conscience — Mathurin Régnier (1573-1613)
Mais, censeurs, ne vous tourmentez pas autour de ces cas de conscience — Diderot (1713-1784)
Chose qui convient, qui fait l'affaire. N'allez point chercher plus loin, c'est là votre cas. Familièrement. Dans le cas de, en état de, capable de. Ils ne seraient pas dans le cas de te secourir. Il n'était pas dans le cas de se tenir debout. Vous vous mettrez dans le cas de partir avec moi. C'est un grand cas, c'est chose importante, considérable, difficile. Cette tournure vieillit.
On dit qu'on vous marie ; Je sais bien votre cas, un homme grand, adroit.... — Mathurin Régnier (1573-1613)
Bertaut, c'est un grand cas [c'est malaisé], quoique l'on puisse faire.... — Mathurin Régnier (1573-1613)
Faire cas de.... Estimer, tenir compte de.
Comment faites-vous cas de chose si petite ? — Malherbe (1555-1628)
Je ne peux pas faire cas de cette règle — Pascal (1623-1662)
Terme de grammaire. Désinence variable des mots qui se déclinent. La déclinaison latine a six cas.
Nous n'avons point de cas en français ; nous nommons l'objet de notre pensée ; et les rapports sont marqués par des prépositions ou par la place du mot — Charles Pinot Duclos (1704-1772)
En langage de médecine, maladie considérée dans le sujet particulier qui en est affecté. Il y a eu dans la ville des cas nombreux de choléra. Le cas est grave. Un cas très digne d'être observé attentivement. Cas rare, en anatomie, physiologie et pathologie, ce qui présente quelque chose d'extraordinaire.
Terme d'algèbre. Cas irréductible, celui où les racines d'une équation du 3e degré sont réelles et inégales.
Familièrement, excrément, ordure, obscénité. Il a fait son cas au pied d'un mur. Fig. Il montre son cas, il se découvre d'une manière déshonnête.
En tout cas, loc. adverb. Quoi qu'il arrive, à tout événement. Vous n'avez plus rien à craindre ; cependant en tout cas soyez prudent. En tout cas comptez sur moi.
Au cas que, loc. conj. qui veut le subjonctif. Supposé que. En cas que, loc. conjonct. qui veut le subjonctif. Même sens. En cas qu'il vienne.
Je ne donnerai ici que les règles de la première méthode, et encore au cas qu'on ait accordé les principes — Pascal (1623-1662)
Il n'est hérétique qu'au cas qu'il soit conforme à ces erreurs condamnées — Pascal (1623-1662)
En cas, pris substantivement, chose préparée en cas de besoin chez les princes. Une volaille froide pour l'en cas de nuit. Dans une promenade, un en cas, une voiture en cas de pluie. Dans le langage familier, un en cas est tout ce qui peut servir en un cas imprévu. S'il nous vient du monde, nous avons un en cas. Un en-cas, un parapluie ; un en-tout-cas, un petit parapluie, qui peut servir aussi d'ombrelle, ou plutôt une grande ombrelle qui au besoin sert de parapluie.
De ce lourd carrosse on fait un en cas — Béranger (1780-1857)
Émile Littré, Dictionnaire de la langue française — domaine public. Numérisation XMLittré, François Gannaz (CC BY-SA 3.0).