bien
adverbe · /bjɛ̃/
Usage : parmi les mots les plus fréquents du français (3374 occurrences par million, Lexique 3.83).
Définitions
D'une manière satisfaisante, conforme à ce qui est attendu ou souhaité : il a bien travaillé.
Elle chante bien depuis qu'elle prend des cours.
« Ceux qui font bien mériteraient seuls d'être enviés, s'il n'y avait encore un meilleur parti à prendre, qui est de faire mieux »La Bruyère (1645-1696)
Marque l'insistance, le renforcement d'une affirmation : c'est bien lui ; il est bien tard.
C'est bien lui qui a téléphoné hier soir.
« Je démêlai d'abord la tromperie, Et me tins coi ; je jurai bien et beau De m'en venger avant Pâques fleurie »Chaulieu (1639-1720)
« Aussi bien, que ferais-je en ce commun naufrage ? »Jean Racine (1639-1699)
Un grand nombre, une grande quantité de : bien des gens l'ignorent.
Bien des gens ont déjà signé la pétition.
« Nous pouvons nous flatter avec bien de l'apparence »Fléchier (1632-1710)
Définitions Francorium (CC BY-SA 4.0) · méthode.
Expressions : bien entendu · comme de bien entendu · être bien dans sa peau · le hasard fait bien les choses · mener à bien · présenter bien · s'annoncer bien · tout bien considéré · tout bien pesé
Grammaire et formes (1)
- bien : forme de base · /bjɛ̃/
Témoignages historiques
Littré (1873), entrée 2 · 16 sens
adv.
De la bonne manière. Très bien, bien, à merveille ! Très bien, pour encourager. Voyageur bien vêtu. Il a bien employé son temps. Vous ferez bien de venir. En cela, je crois avoir bien vu. Vivre bien. Cet habit lui va bien. Champ bien cultivé. Bien écrire. Statue fort bien faite. Homme bien né. Cet acteur dit fort bien. Il ne discerne pas bien la vérité. Bien agir avec quelqu'un. Se bien conduire. Une chose bien ou mal faite. C'est bien fait, c'est-à-dire il a eu ce qu'il méritait. On l'a puni, c'est bien fait. Aller bien, se bien porter. Le malade ne va pas bien. Aller bien, prospérer, réussir. Le commencement va bien pour vous. Les affaires vont fort bien. Tout va-t-il bien ? Tourner bien, réussir. Suivant que cela tourne bien ou mal. Venir bien, en parlant des plantes, croître et se développer. La vigne viendra bien à cette exposition.
Surtout il est instruit en l'art de bien régnerPierre Corneille (1606-1684)
S'il est si bien instruit en l'art de commanderPierre Corneille (1606-1684)
Beaucoup, fort, très , entièrement, tout à fait. Une lettre bien longue. Encore bien jeune. Cela est bien désirable pour nous. Chemin bien meilleur. Je suis bien malheureux. Il a parlé bien sévèrement. Ceux qui m'aiment bien. Connaître bien quelqu'un. Ce qu'il veut, il le veut bien. J'ai bien peur que.... Ils payeraient bien pour obtenir cela. Bien vendre, vendre à prix élevé. C'est bien lui, c'est lui en effet, véritablement. Vous voilà bien, le voilà bien, on vous reconnaît, on le reconnaît à cela. Il a donné son argent à ce pauvre ; le voilà bien ; c'est un si bon cœur. Il a cru ce que lui disait un charlatan ; le voilà bien ; il est si crédule.
Parmi les choses que j'ai à vous dire, vous saurez bien démêler ce qui vous est propreBossuet (1627-1704)
Rappelez bien plutôt ce cœur qui tant de fois M'a fait de mon devoir reconnaître la voixJean Racine (1639-1699)
Environ, à peu près. On marcha bien quinze jours. Ces places étaient bien au nombre de trente. Étant bien âgé de vingt ans.
À la vérité, en effet, formule de concession ; quelquefois dans un sens ironique, et quelquefois rédondant. Ce sont bien là de bons philosophes, mais.... J'avais bien entendu dire.... J'ai bien dit que.... Je voudrais bien être clément, mais.... Je voudrais bien que.... Je sais fort bien que.... Je ne sais pas bien si.... Je vois bien que.... Je comprends bien cela. Le ciel a bien ce souci ! Le peuple s'inquiète bien de cela ! C'était bien à moi de venir les trouver ! C'était bien la peine de.... Je le veux bien. Dites bien à votre roi.... As-tu bien pu craindre que... ? Quand bien même il l'avouerait.
Le dieu qu'il [Moïse] vous a montré a bien une autre puissanceBossuet (1627-1704)
Ne voyais-tu pas bien, quand je l'allais trouver Que j'allais avec lui me perdre ou me sauver ?Jean Racine (1639-1699)
Cas où bien peut précéder son verbe. Comme bien vous savez. Bien lui a pris de s'être retiré en toute hâte, heureusement pour lui il a eu l'idée de se retirer. Cette tournure a cela de particulier qu'elle est obligatoire et qu'on ne peut dire : il lui prit bien de son indifférence.
Bien lui prit de son indifférenceAntoine Hamilton (1646-1720)
Bien, dans le style élevé, se met parfois en tête de la phrase, et alors le sujet se place après le verbe. Cette tournure a un peu vieilli ; cependant elle est encore usitée, et, quand on l'emploie bien, elle fait bon effet.
Bien sais-je que.... Bien semble être la mer une barre assez forte....Malherbe (1555-1628)
Bien est-elle un soleil, et ses yeux adorables....Malherbe (1555-1628)
Dans le bien, conformément au bien. Ici bien a un emploi mixte, moitié substantif, moitié adverbe, emploi résultant de son origine commune avec bien substantif. Cela est bien. Croyez-vous que cela soit bien, ou croyez-vous cela bien ? Ah ! cela n'est pas bien ! On trouve ceci bien et cela mal. C'est bien, c'est fort bien, exprime l'adhésion, le consentement. C'est bien, je n'en veux pas savoir davantage. C'est bien, on fera ce que vous désirez. On s'en sert aussi ironiquement et par reproche : c'est bien, ne vous gênez pas. C'est bien à vous de parler ainsi, à parler ainsi, il vous convient bien de.... Se dit par ironie et par reproche. Impersonnellement, il est bien de ou que, il est juste, il est bienséant. Il est bien de garder le silence. Il n'est pas bien que cette jeune fille sorte seule. Tout est bien, les choses du monde sont ordonnées parfaitement. Cette personne est bien, elle est distinguée, d'une figure agréable. Il est bien, il est en bonne santé. Depuis son séjour à la campagne, il est bien, il est très bien. Il est bien dans ses affaires, ou, simplement, il est bien, il a de la fortune. Ironiquement. Nous voilà bien, le voilà bien, c'est-à-dire nous sommes, il est dans une situation embarrassante, fâcheuse. Se trouver bien, être dans un bon état. Il s'est trouvé très bien chez moi. Se trouver bien, être dans un bon état de santé. Se trouver bien de.... avoir à se louer, gagner à.... Être bien, vivre bien avec quelqu'un, en bonne intelligence, en faveur. Être bien avec soi-même, avoir la conscience tranquille. Être bien ensemble, se dit, en un sens particulier, de deux personnes de sexe différent qui ont un commerce de galanterie. Substantivement.
Ô malheureux mortels ! ô terre déplorable ! Philosophes trompés qui criez : tout est bien !Voltaire (1694-1778)
Le vautour acharné sur sa timide proie De ses membres sanglants se repaît avec joie ; Tout semble bien pour lui....Voltaire (1694-1778)
Bien de avec l'article le, la, les, beaucoup de. Bien des gens. Avec bien du travail. Avec bien de l'esprit. Achever quelque chose avec bien de la peine. Bien, en ce sens, suivi de la préposition de et d'un adjectif, avec un substantif exprimé ou sous-entendu, rejette l'article défini. Bien d'autres périls l'ont assailli. Vous verrez dans ce voyage bien de riches campagnes. Bien d'autres vous diront....
On mande à votre mari qu'il ait bien du soin de moi et qu'il m'enveloppe dans de la soie et du cotonVoiture (1597-1648)
On hasarde de perdre en voulant trop gagner, Bien des gens y sont pris....La Fontaine (1621-1695)
Bien et beau, loc. adv. Proprement, dans l'état où la chose se trouve, et, par une extension facile à comprendre, aussitôt, sur-le-champ.
Un dogue de qui l'ordinaire Était un pain entier ; il fallait bien et beau Donner cet animal au seigneur du villageLa Fontaine (1621-1695)
Le lacs était tout prêt ; il n'y manquait qu'un homme ; Celui-ci se l'attache et se pend bien et beauLa Fontaine (1621-1695)
Hé bien, loc. interjective, qui exprime l'exhortation ou l'interrogation. Hé bien, que vous en semble ? Hé bien, qu'y a-t-il ? que dites-vous ? Hé bien, travaillez donc ! Eh bien, s'emploie dans les mêmes circonstances. Eh bien, qu'en ditesvous ? Eh bien, que faites-vous ?
Bien que, loc. conj. gouvernant toujours le subjonctif. Quoique. On peut sous-entendre le verbe. Bien que renversé à terre, il se défendait encore.
Bien qu'à ses déplaisirs mon âme compatissePierre Corneille (1606-1684)
Bien que l'occasion moins haute ou moins brillante....Pierre Corneille (1606-1684)
Bien plus, loc. adv. En outre.
Bien plus ce même jour je te donne ÉmiliePierre Corneille (1606-1684)
Bien plus, on ne vous souffre ici que ce seul jourPierre Corneille (1606-1684)
Si bien que, loc. conjonct. gouvernant l'indicatif lorsque l'action est présente ou passée. De sorte que, au point que. Si bien que gouverne le subjonctif lorsque l'action est future. Faites si bien que vous réussissiez. Si bien que, avec quelque force que ; on met le subjonctif.
Si bien qu'enfin, outré de tant d'indignités Je m'allais emporter dans les extrémitésPierre Corneille (1606-1684)
Si bien qu'Antiochus, percé de mille coups, Lui voulut dérober les restes de sa vie....Pierre Corneille (1606-1684)
Aussi bien, en tout état de cause....
Et finir lui-même sa misère, Puisqu'aussi bien sans lui la faim le viendrait faireLa Fontaine (1621-1695)
Aussi bien, que ferais-je en ce commun naufrage ?Jean Racine (1639-1699)
Aussi bien que, autant que, comme. L'or aussi bien que le cuivre. Faire périr les bons aussi bien que les méchants. Le vin aussi bien que le blé est cher cette année. Avec aussi bien que, le verbe, quoique se rapportant à un seul nom singulier, peut s'accorder avec les deux et se mettre au pluriel : le vin aussi bien que le blé sont chers cette année.
Un peu bien, ironiquement, beaucoup trop. Cette locution a vieilli.
Vous montrez cependant un peu bien du méprisPierre Corneille (1606-1684)
J'y trouverai comme elle un joug un peu bien rudePierre Corneille (1606-1684)
Étymologie : Bressan, bin ; Berry, bin ; picard, ben, prononcé bin ; bourguig. bé, ben ; normand, bé ; provenç. et catal. ben, be ; anc. espagn. ben ; espagn. mod. bien ; portug. bem ; ital. bene, be ; du lat. bene. Marg. Buffet (Observ. p. 54, 1668) dit que bien que pour quoique est une vieille façon de parler qu'on doit éviter, spécialement en écrivant. Cependant bien que était dès lors employé par les meilleurs auteurs, et il est resté en bon usage. D'après l'historique ci-dessus, cette locution ne paraît s'être établie qu'à partir du XVIe siècle.
Historique : XIe s. Bien [il] en pourrat louer ses soudoiers Là où cist furent, des autres i ot bien Li archevesque est bien bon chevalier XIIe s. Ben a set ans Poez bien retorner Bien le savez Bien est de France [il est réellement de France] Bien l'avez fait, mout [je] vous en doi amer Bien [il] semble prince de bataille aduré Mais d'une chose soiez vous ben certis [certains] Et sont o lui bien cent mil conquirant Baron, dist Charles, ben devons Deu servir Par foi, bele Aude, bien est que je'l vous die Dex, je croi bien que fustes fils Marie Vous poez bien savoir par ma chanson Bien [je] cuidai vivre sans…
Émile Littré, Dictionnaire de la langue française, domaine public. Numérisation XMLittré, François Gannaz (CC BY-SA 3.0). Tout ce témoin.
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