Littré (1873) — entrée 1
v. a.
Appliquer sa bouche sur le visage, la main ou un objet quelconque. Son père le baisa et le congédia. Il portait un reliquaire qu'il baisait avec effusion. Fig. Baiser la main, porter sa main par respect près de sa bouche, quand on veut présenter ou recevoir quelque chose, ou quand on veut saluer quelqu'un. Anciennement, baiser dans le sens de rendre ou de recevoir visite, parce qu'on se baisait à chaque visite. Familièrement. Baiser les mains à quelqu'un, lui faire ses compliments. Ironiquement. Je vous baise les mains, je ne suis pas de cet avis, je ne ferai pas ce que vous voulez. Fig. Vous devriez baiser la trace de ses pas, c'est-à-dire vous devriez à chaque instant lui prouver votre reconnaissance, votre respect. Populairement, à certains jeux, baiser le cul de la vieille, perdre sans prendre un point, sans gagner un coup. Terme de féodalité. Baiser le verrou, la serrure, espèce d'hommage du vassal, le seigneur étant absent.
Viens baiser cette joue et reconnais la place Où fut jadis l'affront que ton courage efface — Pierre Corneille (1606-1684)
Et baiser une main qui nous perce le cœur — Pierre Corneille (1606-1684)
Par extension. Toucher légèrement. Ancien terme de mathématiques. Avoir une osculation ou un contact de second ordre.
Ces flots qui baisent sans murmure Les flancs de ce rocher.... — Victor Hugo (1802-1885)
L'onde qui baise ce rivage, De quoi se plaint-elle à ses bords ? — Lamartine (1790-1869)
Fig. Arriver jusqu'à.
Ceux du conseil des finances y entrèrent ce jour-là sans en savoir davantage que le public, ni même si l'affaire baiserait ou non le bureau de ce conseil — Saint-Simon (1675-1755)
Se baiser, v. réfl.
Il est constant qu'elles se baisent de meilleur cœur devant les hommes — Jean-Jacques Rousseau (1712-1778)
Étymologie : Bourguig. boisé ; picard, boisier, bager ; wallon, bâhi ; namurois, bauji ; rouchi, basier ; provenç. baisar ; espagn. bezar ; portug. beijar ; ital. baciare ; du latin, basiare.
Historique : XIe s. Quand l'ot [ouit] Marsile, si l'ad baiset al col XIIe s. Au departir de li [elle] [il] l'a doucement baisie Fait dunc li arcevesques, cui Deus esteit mult près : Sire, à l'onur de Deu e la vostre vus bes Si vint devant le rei, si aürad à terre, puis sil baisad li reis XIIIe s. En larmes et en pleurs souvent le baiserai La terre mout souvent par humbleté [elle] baisoit Il deviennent si homme, chascun en foy [il] baisa Grant joie fait à sa mesnie, Qui devant li est esmaïe, Celui bese et cestui enbrace Et, par behordeïs [combat] de vens, Les undes de mer eslevans, Font les flots as nues ba…
Émile Littré, Dictionnaire de la langue française — domaine public. Numérisation XMLittré, François Gannaz (CC BY-SA 3.0).