autre
adjectif, /otʁə/
Définitions
Qui est distinct de la personne ou de la chose déjà mentionnée.
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Qui présente un caractère différent de ce qu'il était ou de ce qui est attendu.
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Se dit d'un élément supplémentaire ou différent au sein d'un même ensemble, par opposition à ceux déjà mentionnés.
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Témoignages historiques
Frise des témoins : Littré 1873 (10 sens) — Académie 1935 (24 sens)
Littré (1873)
adj. et pron.
Adj. Qui n'est pas la même personne ou la même chose. D'autres causes. D'autre part. D'un autre côté. Il pense une chose, il en dit une autre. Parler d'autre chose. Se retirer dans quelque autre pays. On ne fit autre chose cette nuit-là que de veiller. Il n'avait d'autre titre à régner que la force. Nul autre que vous ne m'a parlé de cette affaire. C'est tout un ou tout autre ; il n'y a pas de milieu. Fig. et familièrement. C'est une autre paire de manches, c'est une affaire toute différente.
Sans autre rempart que d'un bois fragile — Bossuet (1627-1704)
On se voit d'un autre œil qu'on ne voit son prochain — La Fontaine (1621-1695)
Le second par une certaine similitude. Il le regarde comme un autre lui-même.
Il fallut réveiller d'un profond sommeil cet autre Alexandre — Bossuet (1627-1704)
Il parle comme un autre Élie Devant cette autre Jézabel — Jean Racine (1639-1699)
Différent, mais supérieur d'une façon quelconque. C'est bien un autre homme. Ce vin-ci est bien un autre vin que celui d'hier. On lui offrait dix mille francs ; mais aujourd'hui on lui fait de bien autres propositions.
De temps à autre, par fois. D'année à autre, d'année en année ; de jour à autre, de jour en jour.
Il augmente d'année à autre sa réputation — La Bruyère (1645-1696)
Pron. indéfini. J'aime mieux que vous l'appreniez d'un autre que de moi. Populairement. Ah ! cet autre ! Écoutez ce que vous dit cet autre ! Cette locution s'emploie pour faire entendre que l'on ne croit pas aux paroles de quelqu'un. Autre part, ailleurs. C'est un livre que j'ai cherché partout, mais je ne l'ai pu trouver autre part que là. Vous ne le trouverez point autre part. Prendre quelqu'un pour un autre, le juger autrement qu'il ne faut. Vous voulez me faire votre dupe : vous me prenez pour un autre. Fig. Il n'en fait pas d'autres, c'est-à-dire il fait toujours les mêmes sottises. En voici bien d'une autre, voici quelque chose de plus étonnant.
Je suis père, seigneur, et faible comme un autre — Jean Racine (1639-1699)
Une autre de César a surpris la tendresse — Jean Racine (1639-1699)
Autre forme un gallicisme, uni aux pronoms nous, vous.
Nous autres bénissons notre heureuse aventure — Pierre Corneille (1606-1684)
Vous autres, suivez-moi — Pierre Corneille (1606-1684)
Autre avec ne ou avec sans. Autre avec que et ne.
Autre n'a mieux que toi soutenu cette guerre ; Autre de plus de morts n'a couvert notre terre — Pierre Corneille (1606-1684)
Sans qu'autres que les deux qui vous parlaient là-bas De tout ce qu'elle a fait sachent plus que Phocas — Pierre Corneille (1606-1684)
L'autre, les autres, servant de complément à l'un, les uns. Ils s'aiment l'un l'autre. Ils se poursuivaient les uns les autres. Ces dames sont aimables les unes pour les autres. Les uns et les autres sont venus vous voir. Qui voit l'un voit l'autre, il n'y a pas de différence entre eux. Il y en a d'uns et d'autres, c'est-à-dire il y en a de bons et de mauvais. L'un vaut l'autre, c'est-à-dire l'un n'est pas meilleur que l'autre. L'un portant l'autre, c'est-à-dire en compensant l'un par l'autre. L'autre jour, un jour indéterminé, mais peu éloigné. J'ai rencontré votre frère l'autre jour. Populairement. Comme dit l'autre, c'est-à-dire comme on dit.
Au plur. masc. Les autres, autrui. Il se méfie toujours des autres. D'autres, des personnes différentes de celle ou de celles dont il s'agit. D'autres vous diront. Ne parlez pas de cela à d'autres que vos amis.
Je me suis fait une petite destinée à part, avec laquelle je ne puis regretter aucune des folies des autres, attendu que je suis trop occupé des miennes — Voltaire (1694-1778)
À d'autres ! expression elliptique signifiant : contez cela à de plus crédules. Parler de choses et d'autres, parler de diverses choses. Il en sait bien d'autres, il a bien d'autres moyens d'agir, de faire. J'en ai vu bien d'autres, j'ai vu des choses bien plus extraordinaires ou plus périlleuses. Autres temps, autres mœurs, les mœurs changent avec le temps.
Non ; à d'autres, dit-il ; on connaît votre style — Boileau (1636-1711)
À d'autres, je vous prie — Molière (1622-1673)
Étymologie : Picard et bourguig. aute ; provenç. altre et autre ; espagn. otro ; portug. outro ; ital. altro ; de alter. Alter a le même radical que le sanscrit anyas, autre, qui a donné alius, et qui, prenant un suffixe comparatif, est devenu alter en latin et ander en allemand. D'après Palsgrave, p. 62, aultre se prononçait outre.
Historique : XIe s. Forfait [condamné] fust il u [au] duble de ce que altre fust forfait Là où cist furent, des autres i ot bien. L'uns fut Basan et li altres Basile XIIe s. Et tant des autres que nus nel puet esmer Sur toutes autres cremue [crainte] et redoutée D'un chief en autre [de bout en bout] [il] lui a fraite [la targe] et croissie La teste [il] i pert, n'i laissa autre gage S'autre le dist, mensonge fust prouvée D'heures en autres [il] va sa coupe [coulpe] battant Et tuit li autre sont remès en estant Et j'ai plus haute pensée Que tuit li autre ameor [amant] Toute beautez qui sur autre resplent Es…
Émile Littré, Dictionnaire de la langue française — domaine public. Numérisation XMLittré, François Gannaz (CC BY-SA 3.0).
Académie française, 8e édition (1935)
Adjectif et pronom des deux genres
Il marque que les personnes ou les choses dont on parle sont différentes de celles dont on vient de parler. Connaissez-vous mon autre soeur? Il amena son frère et deux autres personnes. Appeler un autre médecin. Quelle autre chose voulez-vous de moi? C’est autre chose que j’exige. Entre autres choses. Revenez une autre fois. Nous nous reverrons autre part. Voyez PART. N’avez-vous que ces deux enfants? J’en ai encore un autre, deux autres. On ne peut comparer cet animal à aucun autre. Votre habit est usé, il faut en acheter un autre. Ce que vous ne ferez pas dans un temps, vous le ferez dans un autre. Autre est promettre, autre est donner.
C’est un autre homme, tout un autre homme, ou mieux un tout autre homme. Il est devenu tout autre, se dit d’un Homme qui a changé en bien ou en mal.
Prov., Autres temps, autres soins, D’autres circonstances demandent une conduite différente. Autres temps, autres moeurs, Les moeurs, les usages changent avec le temps.
Fam., Il n’en fait pas d’autres, se dit d’un Homme qui fait quelque sottise ou commet quelque étourderie et signifie qu’Il lui arrive souvent d’en faire de pareilles.
Fam., Il en sait bien d’autres, Il est capable de bien d’autres tours.
Fam., J’en ai vu bien d’autres, J’ai vu des choses bien plus extraordinaires que celle-là. J’ai passé par des épreuves bien plus pénibles.
Fam., En voici bien d’un autre ou d’une autre, Voici une chose encore plus surprenante, voici une chose à laquelle on ne s’attendait pas.
Fig. et fam., C’est une autre paire de manches, Voici bien une autre paire de manches, C’est une autre affaire, voici bien une autre affaire.
AUTRE, avec l’article défini, s’emploie aussi en opposition avec L’UN, LES UNS ou un terme analogue, pour distinguer deux êtres ou deux choses ou bien encore deux groupes d’êtres ou de choses déterminés ou indéterminés. Souvent il est gai, d’autres fois il est morne et sombre. Autre chose est une simple affirmation, autre chose est une affirmation avec serment. L’une et l’autre saison est favorable. J’ai parcouru l’une et l’autre région. Des clameurs s’élevèrent dans l’une et dans l’autre armée. D’une et d’autre manière. Tel homme recherche ce que tel autre méprise. Il paya deux de ses créanciers et ne donna rien aux autres. Je garde ce cheval et je vous cède l’autre. Aller de côté et d’autre. Des deux livres que vous me demandez, voici l’un, voilà l’autre. Des deux frères, l’un a pris le parti de l’église et l’autre le parti de l’épée. Ils sont morts l’un et l’autre. Ils ne sont morts ni l’un ni l’autre. L’un et l’autre y a manqué. L’un et l’autre sont venus. Ni l’un ni l’autre ne viendra. Les uns et les autres. Je veux l’un et l’autre, les uns et les autres. Prenez ceux-ci et laissez-moi les autres. Je prends les miens et je laisse tous les autres. Il est chez l’un ou chez l’autre. Il y a une grande différence entre l’un et l’autre. Il en veut à l’un et à l’autre. Ils étaient les uns noirs, les autres blancs. Les uns allaient à droite, d’autres à gauche, d’autres dans tous les sens. Se louer l’un l’autre. Ils se haïssent l’un l’autre. à l’envi l’un de l’autre. Elles médisent l’une de l’autre. Ils étaient aigris l’un contre l’autre. Ils paraissent faits, ils sont nés l’un pour l’autre. Il ne faut pas prendre l’un pour l’autre, confondre l’un avec l’autre. Ils se succédaient les uns aux autres. S’unir l’un à l’autre, l’un avec l’autre. Ils sont dupes les uns des autres. Il est autre que je croyais, que je ne croyais, que je ne le croyais.
Fam., être toujours chez l’un ou chez l’autre, être souvent en visite chez les diverses personnes que l’on connaît.
Fam., Parler de choses et d’autres, S’entretenir, parler de diverses choses. Nous parlâmes de choses et d’autres, mais il ne fut nullement question de vous.
Il dit d’une façon et il fait d’une autre, Ses discours et ses actions ne s’accordent pas.
Fam., L’autre jour désigne indéterminément Un des derniers jours qui ont précédé celui où l’on parle. J’ai rencontré, l’autre jour, votre frère.
Fam., Nous autres, vous autres, se dit au lieu de Nous, Vous, quand, à propos de tel ou tel fait, on veut distinguer plus précisément ceux qui parlent ou ceux à qui l’on s’adresse de ceux qui sont présents ou absents et marquer une opposition entre eux.
Fam., L’un vaut l’autre, Ils sont aussi bons, aussi mauvais l’un que l’autre. Qui voit l’un voit l’autre, Il n’y a pas de différence de l’un à l’autre.
Fam., C’est tout un ou tout autre, C’est tout l’un ou tout l’autre. Il n’y a point de milieu, il n’y a point à choisir entre les deux propositions qui sont faites.
L’un dans l’autre, l’un portant l’autre, En compensant l’un avec l’autre. Ces objets coûtent tant, l’un dans l’autre, l’un portant l’autre. Ces deux fermes rapportent, l’une dans l’autre, tant par an.
Il signifie aussi Supérieur en mérite, plus important, de plus grande conséquence. L’homme que vous me citez est habile, mais celui dont je vous parle est bien un autre homme. Ce vin de Mâcon est bon, mais celui dont je vous parle est bien d’autre vin, est tout un autre vin. Vous loger, passe; mais vous nourrir, c’est une autre affaire.
Il se dit aussi dans le sens de Second, pour exprimer la ressemblance, l’égalité, la conformité qu’il y a entre deux personnes ou entre deux choses. C’est un autre Alexandre, un autre César. Il le regarde comme un autre lui-même. Cette ville est un autre Paris.
Il s’emploie quelquefois absolument pour dire Une autre personne, en général, sans en désigner aucune en particulier. J’aime mieux que vous l’appreniez d’un autre que de moi. Quelque autre vous le dira mieux que moi. Quel autre s’en serait avisé? à votre place, un autre se serait empressé de venir. Tout autre que lui ne s’en serait pas si bien tiré. C’est à lui que je veux avoir affaire et non à d’autres. D’autres sauraient vous flatter; moi, je vous dis la vérité.
Dictionnaire de l'Académie française, huitième édition (1932-1935) — domaine public. Numérisation ATILF/Chicago, conversion communautaire.
Grammaire et formes (2)
- autres — pluriel — /otʁə/
- autre — singulier — /otʁə/
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