assez
adverbe, /ase/
Témoignages historiques
Frise des témoins : Littré 1873 (7 sens) — Académie 1935 (4 sens)
Littré (1873)
adv.
Autant qu'il en faut. L'avare n'a jamais assez. La ville ne lui parut pas assez grande. Assez longtemps. Ce n'est pas assez pour eux de donner des préceptes. C'est assez parler de nos affaires. Bien assez. Il a été bien assez humble. J'ai bien assez vécu. C'est assez, c'en est assez, en voilà assez, et, elliptiquement, assez ; n'en parlons plus, n'en disons pas davantage. Assez de. Il est tombé assez de pluie. Avoir assez d'une chose, en avoir suffisamment, et, quelquefois, en être fatigué, rassasié.
Autrement, un philosophe vous dira en vain que vous devez être rassasié d'années et de jours, et que vous avez assez vu les saisons se renouveler et le monde rouler autour de vous, ou plutôt que vous vous êtes assez vu rouler vous-même et passer avec le monde — Bossuet (1627-1704)
Quoi donc ! n'est-ce pas assez que nous soyons attaqués au dedans et au dehors ? — Bossuet (1627-1704)
Assez d'autres, un nombre bien suffisant, autant que j'en voudrai.
Assez d'autres États lui prêteront asile — Pierre Corneille (1606-1684)
Assez d'autres sans vous n'ont pas mis en oubli ... — Pierre Corneille (1606-1684)
Quelque peu, dans un sens qui est ou diminutif ou augmentatif suivant les mots : elle est assez jolie, c'est-à-dire elle n'est qu'un peu jolie ; une lettre assez longue, c'est-à-dire qui dépasse la longueur ordinaire. Assez petit. Il est assez mal traité par la critique. Nous louons parfois des gens assez médiocres. Elle s'approcha du bûcher, en s'exposant assez. Il fit assez de chemin. Il est assez étonnant que....
Ma présence est assez inutile en ce lieu — Regnard (1655-1709)
Nous pouvons nous y faire un assez beau destin — Pierre Corneille (1606-1684)
Assez et trop longtemps, locution poétique signifiant pendant trop longtemps.
Assez et trop longtemps ma lâche complaisance De vos jeux criminels a nourri l'insolence — Boileau (1636-1711)
Assez et trop longtemps mon amitié t'accable — Jean Racine (1639-1699)
Assez peu, assez souvent, assez rarement ; dans ces locutions, assez est explétif. C'est un homme d'assez peu d'esprit. Assez peu éloquent. Il venait assez rarement au sénat.
Assez pour.... devant un infinitif. Il est assez riche pour acheter ce domaine. Était-il assez sot pour croire... ? Personne n'est assez méchant pour vouloir le paraître. Il n'y eut personne d'assez dur pour ne pas pleurer. On a dit, dans le même sens, assez de.... On a dit aussi : assez.... que de. C'est une tournure très fréquente dans Massillon.
Les Athéniens ordonnèrent une punition de mort contre le premier qui serait assez hardi de proposer la guerre — Fénelon (1651-1715)
Nous avons été assez ingrats que de faire servir les créatures contre le Seigneur même, à qui elles appartiennent — Massillon (1663-1742)
S. m.
Séparer le peu d'avec le beaucoup, l'assez d'avec le trop — Pierre Bayle (1647-1706)
Étymologie : Bourguig, aissez ; provenç. assatz ; anc. espagn. asaz ; portug. assaz, assas ; ital. assai ; de ad, à, et satis, suffisamment (voy. SATIÉTÉ). Dans l'ancien français, assez, comme aujourd'hui encore assai en italien, voulait dire beaucoup.
Historique : XIe s. En ceste terre ad assez osteiet [fait la guerre] Assez est mieuz qu'il i perdent les chefs [têtes] Dient paien : de ce avom asez Neymes li dux et des autres asez Or endreit sei at il asez que faire Asez i meurent et des uns et des autres Baptizét sont asez plus de cent mille XIIe s. Asez oez que Guenes va disant Mieux vaut Mahons que St Pieres assez Assez savez quex est li cuens Rolanz Ains que tu l'aies, auras assez à faire Se je vous aim, j'i assez ai raison Assez aim [j'aime] mieux mourir en bon desir, Que vivre irez et m'amie haïr Ainçois me dout [je crains] qu'en trestout mon aage …
Émile Littré, Dictionnaire de la langue française — domaine public. Numérisation XMLittré, François Gannaz (CC BY-SA 3.0).
Académie française, 8e édition (1935)
adv. de quantité
Suffisamment, autant qu’il faut. Assez bon. Assez grand. Assez long. Il n’a pas assez de vivres pour un mois. Assez d’argent. Assez d’amis. Assez et plus qu’il ne faut. Il est assez fort pour vous tenir tête. Il a assez de courage. Il fut assez hardi pour y aller. Vous êtes venu assez à temps. Il y a assez de temps. Assez et trop longtemps. C’est assez parlé, assez disputé. C’est assez parler, assez disputer. J’en ai assez, je m’en contente. Vous avez assez fait, vous avez fait assez pour la gloire. C’est assez, c’en est assez ou simplement Assez. C’est assez que vous soyez averti.
Il sert aussi à affaiblir plus ou moins la signification des mots auxquels on le joint. Cela est assez bien. Cela paraît assez vraisemblable. Cette femme est assez jolie. C’est assez l’usage. Cet ouvrage est fait avec assez de goût. On remarque assez ordinairement que...
Il peut servir, au contraire, à renforcer le sens. Il est assez étrange que vous refusiez. Voilà qui est assez plaisant. Cela fait assez voir quelle estime il a pour vous. C’est dans un sens analogue qu’on dit Suis-je assez malheureux? Etc.
Il sert encore à préciser l’incertitude d’adverbes exprimant des appréciations très générales et des évaluations très relatives, tels que Peu, souvent. A-t-il du bien? Assez peu. C’est un homme d’assez peu de sens, d’assez peu d’esprit. Il va assez souvent dans cette maison. On se trouve assez souvent embarrassé pour choisir.
Dictionnaire de l'Académie française, huitième édition (1932-1935) — domaine public. Numérisation ATILF/Chicago, conversion communautaire.
Grammaire et formes (1)
- assez — forme de base — /ase/
Source de l'entrée : Morphalou 3.1, licence LGPL-LR — entrée assez#6457.