aigreur
nom, féminin, /ɛɡʁœʁ/
Témoignages historiques
Frise des témoins : Littré 1873 (6 sens) — Académie 1935 (5 sens)
Littré (1873)
s. f.
Qualité de ce qui est aigre. Ce vin, ce lait a de l'aigreur.
Le goût ne nous dit rien des sucs exprimés sur notre langue, ni comment ils doivent être faits pour nous causer du plaisir ou de la douleur, de la douceur ou de l'aigreur ou de l'amertume — Bossuet (1627-1704)
Rapports que causent certains aliments ou des aliments mal digérés. Je suis sujet à des aigreurs d'estomac.
Fig. Disposition d'esprit qui se traduit en paroles piquantes. L'aigreur de la discussion. Plaisanteries pleines d'aigreur. Cela leur donne de l'aigreur.
Dans toute la maison Il règne un air d'aigreur et de division — Gresset (1709-1777)
Conservant toute l'aigreur qu'ils ont l'un pour l'autre — Mme de Sévigné (1626-1696)
Sentiment pénible. Il y a de l'aigreur entre eux, il y a un commencement de brouillerie. Voltaire a reproché à Corneille l'emploi d'aigreur dans ces vers, disant qu'il fallait amertume. Mais aigreur peut très bien avoir le sens donné par Corneille, et on le trouvera à l'historique, employé dans Montaigne de la même façon : les aigreurs du mariage.
Mon épargne depuis en sa faveur ouverte, Doit avoir adouci l'aigreur de cette perte — Pierre Corneille (1606-1684)
Mais comme il est, seigneur, de la fatalité, Que l'aigreur soit mêlée à la félicité.... — Pierre Corneille (1606-1684)
Qualité aigre, en parlant d'un métal.
Le fer même s'adoucit dans le feu et sous le marteau, et corrige son aigreur naturelle — Bossuet (1627-1704)
Au plur. En termes de graveur, tailles trop profondes.
Étymologie : Aigre ; provenç. et catal. agror.
Historique : XVIe s. Rondeau où toute aigreur abonde, Va veoir la douceur de ce monde. Telle douceur t'adoucira, Et ton aigreur ne l'aigrira Les cavitez qui sont entre lesdits grains, causent une aigreur et rudesse à la meule d'où vient sa puissance et action d'aiguiser les outils Aussi la peur surmonte elle en aigreur [force, vivacité] touts aultres accidents Les aigreurs comme les doulceurs du mariage se tiennent secrettes par les sages Son stile sent un beuveur d'eau, un grand travail, et ensemble une aigreur et austerité de nature
Émile Littré, Dictionnaire de la langue française — domaine public. Numérisation XMLittré, François Gannaz (CC BY-SA 3.0).
Académie française, 8e édition (1935)
n. f.
Qualité de ce qui est aigre. Des fruits qui ont de l’aigreur, qui ont une petite aigreur. Ce vin a de l’aigreur.
Il se dit aussi des Renvois que causent quelquefois les aliments mal digérés, et, dans ce sens, on l’emploie plus ordinairement au pluriel qu’au singulier. Cela donne des aigreurs, cause des aigreurs.
Il se dit figurément d’une Certaine disposition d’esprit et d’humeur qui porte à offenser les autres par des paroles piquantes C’est un homme qui a beaucoup d’aigreur dans l’esprit, dans l’humeur. Parler avec aigreur. Répondre avec aigreur. Il y a toujours de l’aigreur dans ses discours.
Il y a de l’aigreur, quelque aigreur, un peu d’aigreur entre ces deux personnes, Il y a entre elles un commencement de brouille.
En termes de Gravure, il se dit des Tailles où l’eau-forte a trop mordu.
Dictionnaire de l'Académie française, huitième édition (1932-1935) — domaine public. Numérisation ATILF/Chicago, conversion communautaire.
Grammaire et formes (2)
- aigreurs — pluriel — /ɛɡʁœʁ/
- aigreur — singulier — /ɛɡʁœʁ/
Source de l'entrée : Morphalou 3.1, licence LGPL-LR — entrée aigreur#2546.